mardi 19 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2106710 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | POULARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 16 juin 2021 et 7 avril 2022, Mme F G, représentée par Me Poulard, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 14 juin 2021 par lequel le préfet de la Mayenne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office et lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée de trente-six mois ;
2°) d'annuler l'arrêté du 14 juin 2021 portant assignation à résidence pour six mois ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Mayenne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, et à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;
- elle méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;
- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire pour une durée de trente-six mois :
- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;
- elle n'est pas suffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des articles L. 612-6, L. 612-7, et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
S'agissant de la décision l'assignant à résidence :
- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;
- elle n'est pas suffisamment motivée ;
- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;
- elle méconnaît les articles L. 731-1, 731-3 et L. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les articles L. 612-1 à L. 612-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 octobre 2021, le préfet de la Mayenne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.
Mme G a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 décembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Degommier, président-rapporteur,
- et les observations de Me Poulard, avocate de Mme G.
Considérant ce qui suit :
1. Mme F G, ressortissante albanaise née le 12 août 1989 à Berat (Albanie), déclare être entrée irrégulièrement en France le 27 juillet 2013. Sa demande de reconnaissance du statut de réfugiée a été rejetée par une décision du 29 avril 2014 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 18 septembre 2014. Sa demande de réexamen a également été rejetée. Elle a sollicité du préfet de la Loire-Atlantique la délivrance d'un titre de séjour. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 17 novembre 2014 portant en outre obligation de quitter le territoire français. Par la suite, elle a de nouveau sollicité un titre de séjour. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 17 juillet 2015, portant en outre obligation de quitter le territoire français. A la suite d'une nouvelle demande, sur le fondement des dispositions alors en vigueur de l'article L. 313-11, 11° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, un titre de séjour lui a été délivré et a été renouvelé de juillet 2018 à septembre 2019. Elle a sollicité le renouvellement de ce titre de séjour. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 14 juin 2021 portant en outre obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office, lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de trente-six mois et l'assignant à résidence pour une durée de six mois. Mme G demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur le moyen commun aux décisions attaquées :
2. Par un arrêté du 8 mars 2021 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Mayenne a donné délégation à M. B E, directeur de la citoyenneté, signataire de l'arrêté litigieux, à l'effet de signer, notamment, les décisions portant obligation de quitter le territoire français, les décisions fixant le pays de destination et les décisions portant assignation à résidence. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de ce signataire doit être écarté.
Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. (). La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée (). ".
4. Il résulte des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance du titre de séjour qu'elles prévoient, de vérifier, au vu de l'avis émis par le collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), que cette décision ne peut avoir de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'étranger, et en particulier d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale dans le pays dont l'étranger est originaire. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'étranger, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans son pays d'origine. Si de telles possibilités existent mais que l'étranger fait valoir qu'il ne peut en bénéficier, soit parce qu'elles ne sont pas accessibles à la généralité de la population, eu égard notamment aux coûts du traitement ou à l'absence de modes de prise en charge adaptées, soit parce qu'en dépit de leur accessibilité, des circonstances exceptionnelles tirées des particularités de sa situation personnelle l'empêcheraient d'y accéder effectivement, il appartient à cette même autorité, au vu de l'ensemble des informations dont elle dispose, d'apprécier si cet étranger peut ou non bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine.
5. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'OFII venant au soutien de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tout élément permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
6. Pour refuser de renouveler le titre de séjour demandé par Mme G, le préfet de la Mayenne s'est en particulier fondé, comme il lui était loisible de le faire sans méconnaître sa compétence d'appréciation, sur l'avis du collège de médecins de l'OFII du 25 mars 2020 selon lequel, si l'état de santé de la requérante nécessite une prise en charge médicale, le défaut d'une telle prise en charge ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, et qu'elle peut voyager sans risque vers son pays d'origine. La requérante ne verse aux débats aucune pièce de nature à établir qu'elle souffre effectivement d'une pathologie, ni qu'elle suivrait un traitement médical. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à soutenir que le préfet de la Mayenne aurait méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
7. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que Mme G n'est pas fondée à invoquer, par voie de conséquence, l'illégalité du refus de titre de séjour qui lui a été opposé, au soutien de ses conclusions dirigées contre la décision l'obligeant à quitter le territoire français.
8. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui () ".
9. Il ressort des pièces du dossier que Mme G, née en 1989, ne justifie pas d'une entrée régulière sur le territoire français, ni de la date de son entrée en France, qu'elle déclare être le 27 juillet 2013. Mariée à un ressortissant albanais, M. H G, elle est mère de trois enfants, A, née en 2007, C, née en 2013 à Laval, et Léo, né en 2018 à Laval. Il ressort toutefois des termes de la décision attaquée que la requérante s'est maintenue sur le territoire de manière irrégulière, en dépit de précédents refus de titre de séjour assortis d'obligations de quitter le territoire français, auxquelles elle n'a pas déféré. Mme G ne démontre pas être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine, dans lequel elle a vécu la majeure partie de sa vie et où elle a nécessairement conservé des liens familiaux, culturels et linguistiques. Si la requérante se prévaut de la scolarisation en France de ses deux filles A et C, au collège Sévigné et à l'école primaire Paul Eluard à Mayenne (Mayenne), et de leurs bons résultats scolaires, aucun obstacle ne s'oppose à ce que ces dernières soient scolarisées en Albanie. En outre, M. G faisant également l'objet d'un refus de titre de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français, la cellule familiale peut se reconstituer dans ce pays, où elle s'est constituée par le mariage de la requérante avec son époux et la naissance d'Ina. Si la requérante se prévaut du suivi d'une formation de sept cent heures organisée par Pôle Emploi, la région des Pays de la Loire et le centre " Agitato " de Mayenne, et de la circonstance que M. G a travaillé de janvier à août 2019 à temps partiel en qualité de carrossier au sein de l'association " Copainville " à Mayenne, puis a été embauché par l'agence " Actual " en qualité d'intérimaire dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée à partir du 29 août 2019, ces éléments ne permettent pas, à eux seuls, de démontrer une insertion professionnelle particulière. Enfin, si M. G soutient être bénévole au sein de l'association " France Terre d'Asile " en tant qu'interprète franco-albanais, et au sein du centre social " Les Possibles " pour des activités de réparation et bricolage, et si Mme G produit une pétition de soutien signée par plus de cinq cent personnes, ainsi qu'une attestation de prêt bancaire, ces éléments ne permettent pas davantage de démontrer que le préfet aurait méconnu les stipulations précitées ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dernières.
Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :
10. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
11. Si Mme G fait état de ce qu'elle encourt des risques de traitement inhumains et dégradants en cas de retour en Albanie, il est constant que sa demande tendant à la reconnaissance du statut de réfugiée a été au demeurant rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 29 avril 2014, ainsi que par la Cour nationale du droit d'asile le 18 septembre 2014. Si la requérante produit un rapport médico-légal du 4 mai 2017 attestant de plusieurs blessures ouvertes reçues au bas ventre et à la main par son mari, M. G, subies le 2 mai 2017 à Tirana (Albanie), et une attestation établie le 23 juillet 2013 par le comité de conciliation internationale de la République d'Albanie, attestant qu'une vendetta le visant est en cours, lancée par la famille D, à la suite de son mariage avec la requérante, qui était promise à un membre de ladite famille, ces éléments ne sont pas nouveaux et ne permettent pas d'établir la réalité et l'actualité des risques graves qu'elle encourrait personnellement en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le préfet n'a pas méconnu les stipulations précitées en fixant le pays de destination.
Sur la légalité de l'interdiction de retour sur le territoire pour une durée de trente-six mois :
12. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Et aux termes de l'article L. 612-7 du même code : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
13. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.
14. Il ressort des termes des arrêtés attaqués que le préfet de la Mayenne a fixé à trois ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français aux motifs que l'intéressée est entrée de manière irrégulière en juillet 2013 sur le territoire français, qu'elle ne présente pas de liens particulièrement intenses, stables et anciens noués en France, que son époux, en situation irrégulière et ses enfants ont vocation à retourner en Albanie avec elle, et qu'elle a fait l'objet de précédentes mesures d'éloignement auxquelles elle n'a pas déféré. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'interdiction de retour faite à Mme G ne peut, dans ces conditions, qu'être écarté comme manquant en fait.
15. En second lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut prolonger l'interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans dans les cas suivants : / 1° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il était obligé de le quitter sans délai ; / 2° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français au-delà du délai de départ volontaire qui lui avait été accordé ; / 3° L'étranger est revenu sur le territoire français après avoir déféré à l'obligation de quitter le territoire français, alors que l'interdiction de retour poursuivait ses effets. / Compte tenu des prolongations éventuellement décidées, la durée totale de l'interdiction de retour ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, sauf menace grave pour l'ordre public ".
16. Il ressort des pièces du dossier que Mme G est entrée en France en 2013 et y résidait depuis près de huit ans à la date de la décision attaquée, vit en France avec son conjoint et trois enfants, dont deux nés en France. Il n'est pas allégué par le préfet et ne ressort pas des pièces du dossier que la présence de Mme G constituerait une menace pour l'ordre public. Dès lors, et en dépit de ce qui a été dit au point 14, le préfet de la Mayenne, en fixant à trente-six mois la durée de l'interdiction de retour prononcée à l'égard de Mme G, a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
17. Il résulte de ce qui précède que la décision portant interdiction de retour litigieuse doit être annulée en tant qu'elle fixe une durée de trente-six mois d'interdiction.
Sur la légalité de la décision l'assignant à résidence :
18. En premier lieu, la décision portant assignation à résidence vise les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application et fait état d'éléments concernant le parcours et la situation personnelle de Mme G. Par suite, cette décision est suffisamment motivée tant en droit qu'en fait.
19. En deuxième lieu, eu égard à ce qui a été dit ci-dessus, Mme G n'est pas fondée à invoquer par voie d'exception, l'illégalité de la décision portant assignation à résidence, de sorte que ce moyen ne peut qu'être écarté.
20. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". L'article R. 733-1 du même code dispose en outre que : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside. ". Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; / 2° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une interdiction de retour sur le territoire français prise en application des articles L. 612-6, L. 612-7 et L. 612-8 ; / 3° L'étranger doit être éloigné pour la mise en œuvre d'une décision prise par un autre État, en application de l'article L. 615-1 ; / 4° L'étranger doit être remis aux autorités d'un autre Etat en application de l'article L. 621-1 ; / 5° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une interdiction de circulation sur le territoire français prise en application de l'article L. 622-1 ; / 6° L'étranger fait l'objet d'une décision d'expulsion ; / 7° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une peine d'interdiction judiciaire du territoire prononcée en application du deuxième alinéa de l'article 131-30 du code pénal ; / 8° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une interdiction administrative du territoire français. / L'étranger qui, ayant été assigné à résidence en application du présent article, ou placé en rétention administrative en application des articles L. 741-1 ou L. 741-2, n'a pas déféré à la décision dont il fait l'objet ou, y ayant déféré, est revenu en France alors que cette décision est toujours exécutoire, peut être assigné à résidence sur le fondement du présent article ".
21. L'assignation à résidence, qui est une mesure alternative au placement en rétention dans des locaux administratifs ne relevant pas de l'administration pénitentiaire, a pour but de permettre à l'administration de s'assurer de la personne obligée de quitter le territoire français, de vérifier qu'elle prend des dispositions en vue de son départ, de prévenir le risque de fuite, comme de permettre, le cas échéant, l'exécution forcée de cette mesure d'éloignement. Mesure par nature restrictive de la liberté d'aller et de venir, cette restriction formant son objet même, les modalités contraignantes dont elle est assortie doivent être nécessaires, adaptées et proportionnées aux objectifs ainsi poursuivis.
22. Mme G, qui ne conteste pas entrer dans le champ du 1° de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, cité au point 17, se borne à faire valoir, pour contester l'assignation à résidence prononcée par le préfet sur le fondement des dispositions de cet article, que le préfet n'a pas démontré le risque de fuite, sans faire état d'aucune contrainte particulière l'empêchant de satisfaire à cette obligation, dont les modalités n'apparaissent pas disproportionnées à sa situation, le temps nécessaire à la mise à exécution de la mesure d'éloignement. Elle n'est, par suite, pas fondée à soutenir que les dispositions des articles L. 731-1 et L. 731-3 de ce code ont été méconnues.
23. En dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 612-1 à L. 612-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui sont relatifs au délai de départ volontaire, est inopérant à l'encontre de la décision portant assignation à résidence.
24. Il résulte de tout ce qui précède que Mme G est seulement fondée à demander l'annulation de la décision portant interdiction de retour en tant qu'elle fixe une durée de trente-six mois et que le surplus de ses conclusions à fin d'annulation doit être rejeté.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
25. L'exécution du présent jugement, compte tenu de ce qui est indiqué au point 24, implique uniquement que le préfet réexamine la situation de Mme G en ce qui concerne la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Mayenne de procéder à ce réexamen dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
26. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, soit condamné à verser la somme que Me Poulard demande au titre des frais liés au litige.
D É C I D E :
Article 1er : La décision portant interdiction de retour de Mme G, contenue dans l'arrêté du 14 juin 2021 du préfet de la Mayenne, est annulée en tant qu'elle fixe une durée de trente-six mois d'interdiction de retour.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Mayenne de réexaminer la situation de Mme G en ce qui concerne la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme G est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme F G, au préfet de la Mayenne et à Me Emmanuelle Poulard.
Délibéré après l'audience du 5 juillet 2022, à laquelle siégeaient :
M. Degommier, président,
Mme Frelaut, première conseillère,
Mme Martel, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2022.
Le président-rapporteur,
S. DEGOMMIERL'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
L. FRELAUT
La greffière,
F. ARLAIS
La République mande et ordonne au préfet de la Mayenne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
ah
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026