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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2106756

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2106756

mercredi 13 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2106756
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantRODRIGUES DEVESAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 juin 2021, M. B C A, représenté par Me Rodrigues-Devesas, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 septembre 2020 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 75 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 313-11, 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juin 2022, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Par une décision du 20 août 2021 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nantes (section administrative), M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, au cours de laquelle le rapport de Mme Specht, présidente-rapporteure, a été entendu.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né le 1er septembre 1999, déclare être entré irrégulièrement en France le 2 février 2017. Sa demande de reconnaissance du statut de réfugié a été rejetée par une décision du 7 juin 2019 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 3 octobre 2019. Sa demande de réexamen a également été rejetée. Il a sollicité du préfet de la Loire-Atlantique la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et son admission exceptionnelle au séjour. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 21 septembre 2020 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré. Par sa requête, M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme Chantal Viguié, conseillère d'administration de l'intérieur et de l'outre-mer, directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture de la Loire-Atlantique, qui disposait par un arrêté du 24 août 2020 du préfet de ce département, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Loire-Atlantique n° 100 du 24 août 2020, d'une délégation à l'effet de signer tous arrêtés et décisions individuelles relevant des attributions de la direction des migrations et de l'intégration notamment les décisions portant refus de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision portant obligation de quitter le territoire français manque en fait.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée vise les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application ainsi que les dispositions applicables de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle fait également état d'éléments concernant la biographie et la situation personnelle de M. A de nature à justifier le sens des mesures prises à l'encontre de l'intéressé, le préfet n'étant pas tenu d'exposer l'ensemble des circonstances de fait propres à la situation de M. A mais seulement celles qui fondent la décision portant refus de titre de séjour en cause. Par suite, la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour est suffisamment motivée tant en droit qu'en fait.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont les dispositions sont reprises, depuis le 1er mai 2021, à l'article L. 423-23 : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : / () 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Pour l'application de ces dispositions et stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

5. M. A soutient qu'il est entré en France en 2017 alors qu'il était mineur. Il n'a pas demandé sa prise en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance. Il ressort des pièces du dossier que M. A a suivi depuis son arrivée en France une première année de formation, au titre de l'année scolaire 2017-2018, au sein d'une école associative à Nantes, puis a ensuite obtenu un certificat d'aptitude professionnelle (CAP) Horticole au terme de l'année scolaire 2018-2019 et a poursuivi sa formation en classe de seconde professionnelle " Conduite et gestion des exploitations agricoles " au sein de la maison familiale rurale de Carquefou, au titre de l'année scolaire 2019-2020. Il a également participé à des ateliers d'informatique et effectué en 2019 un stage dans une exploitation agricole. M. A a fait l'objet d'appréciations élogieuses de la part de ses professeurs et de son maitre de stage et a obtenu de bonnes notes en classe de seconde. Toutefois, ces éléments sont insuffisants pour justifier d'une insertion suffisante dans la société française. Par ailleurs, M. A verse au dossier des attestations de soutien de la personne qui l'a pris en charge lors de son arrivée en France à Montpellier et avec laquelle il continue d'entretenir des liens, notamment pendant les vacances scolaires, et d'une autre personne qui l'héberge à Nantes depuis près de deux ans à la date de la décision attaquée, ainsi que de l'association gestionnaire d'un centre d'accueil d'hébergement d'urgence à Nantes. Toutefois, si le requérant démontre une volonté d'insertion en France et a bénéficié de soutien, il n'établit pas avoir fixé le centre de ses attaches personnelles en France, ni qu'il se retrouverait isolé en cas de retour dans le pays dont il a la nationalité. Dans ces conditions, le préfet n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A une atteinte disproportionnée. Par suite, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction applicable à la date de l'arrêté attaqué, dont les dispositions ont été reprises, à compter du 1er mai 2021, à l'article L. 435-1 : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2. ".

7. M. A se prévaut des mêmes éléments que ceux énoncés au point 5. Toutefois, les circonstances invoquées ne caractérisent pas des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile justifiant une admission exceptionnelle au séjour, ni au titre de la vie privée et familiale du requérant, ni au regard de l'insertion professionnelle. Ainsi, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. L'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas établie, eu égard à ce qui vient d'être dit, le moyen tiré par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision, invoqué à l'encontre de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du 21 septembre 2020 du préfet de la Loire-Atlantique doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C A, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Rodrigues-Devesas.

Délibéré après l'audience du 22 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Specht, présidente,

Mme Baufumé, première conseillère,

Mme Dubus, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.

La présidente-rapporteure,

F. SPECHTL'assesseure la plus ancienne dans l'ordre du tableau,

A. BAUFUME

La greffière,

Y. BOUBEKEUR

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Y. BOUBEKEUR

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