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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2106761

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2106761

mardi 25 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2106761
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantLAUNAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 juin 2021 et 25 avril 2023, M. B C, représenté par Me Launay, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 avril 2021 par laquelle le recteur de l'académie de Nantes lui a refusé le bénéfice de la protection fonctionnelle ;

2°) d'enjoindre au recteur de l'académie de Nantes de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle dans un délai de quinze jours suivant le jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée ne précise pas la qualité de son auteur, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur de fait , s'agissant, d'une part, des accusations de diffusion d'une vidéo pornographique à ses élèves et des accusations d'attouchement, le rectorat ayant reconnu lui-même le caractère infondé de telles accusations et, d'autre part, des accusations de corruption de mineur et d'attouchement, qui sont fausses, ses accusatrices n'ayant d'ailleurs jamais déposé plainte à son encontre ;

- en refusant de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle, dans le cadre des démarches entamées pour obtenir la réparation du préjudice subi du fait des dénonciations calomnieuses dont il a fait l'objet, le rectorat a méconnu l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 ;

- le classement sans suite d'une plainte simple, enregistrée auprès d'un service de police ou de gendarmerie, ne signifie pas que l'action répressive est définitivement close ;

- les allégations du recteur sur la nécessité de démontrer préalablement le caractère calomnieux des accusations dont il fait l'objet, sont infondées ;

- aucune procédure disciplinaire n'a été officiellement ouverte à son encontre ;

- il fait l'objet d'une cabale initiée par quelques-uns de ses élèves à laquelle le recteur a partiellement cru sans analyse objective des témoignages recueillis.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 mai 2022, le recteur de l'académie de Nantes conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pons,

- et les conclusions de M. Vauterin, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par un courrier du 18 février 2021, M. C, enseignant au lycée Grand Air de La Baule, a sollicité la mise en œuvre de la protection fonctionnelle à la suite des accusations dont il a fait l'objet, concernant des comportements et propos inappropriés et des faits de projection à ses élèves d'une vidéo à caractère pornographique. L'intéressé a fait l'objet d'une mesure de suspension et une enquête administrative a été diligentée. Par une décision du 16 avril 2021, le recteur de l'académie de Nantes lui a refusé le bénéfice de cette protection. Par un courrier du 31 mai 2021, l'intéressé a formé un recours gracieux contre cette décision. Par une décision du 22 juin 2021, le recteur a rejeté ce recours administratif. M. C doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler les deux décisions précitées.

2. En premier lieu, la décision du 16 avril 2021 est signée par M. B A, recteur de l'académie de Nantes. Elle comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté.

3. En second lieu, aux termes des dispositions de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, en vigueur à la date des décisions attaquées : " I.- A raison de ses fonctions et indépendamment des règles fixées par le code pénal et par les lois spéciales, le fonctionnaire ou, le cas échéant, l'ancien fonctionnaire bénéficie, dans les conditions prévues au présent article, d'une protection organisée par la collectivité publique qui l'emploie à la date des faits en cause ou des faits ayant été imputés de façon diffamatoire. II.- Sauf en cas de faute personnelle détachable de l'exercice de ses fonctions, la responsabilité civile du fonctionnaire ne peut être engagée par un tiers devant les juridictions judiciaires pour une faute commise dans l'exercice de ses fonctions. Lorsque le fonctionnaire a été poursuivi par un tiers pour faute de service et que le conflit d'attribution n'a pas été élevé, la collectivité publique doit, dans la mesure où une faute personnelle détachable de l'exercice de ses fonctions n'est pas imputable au fonctionnaire, le couvrir des condamnations civiles prononcées contre lui. III.-Lorsque le fonctionnaire fait l'objet de poursuites pénales à raison de faits qui n'ont pas le caractère d'une faute personnelle détachable de l'exercice de ses fonctions, la collectivité publique doit lui accorder sa protection. Le fonctionnaire entendu en qualité de témoin assisté pour de tels faits bénéficie de cette protection. La collectivité publique est également tenue de protéger le fonctionnaire qui, à raison de tels faits, est placé en garde à vue ou se voit proposer une mesure de composition pénale. IV.-La collectivité publique est tenue de protéger le fonctionnaire contre les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté. () ".

4. D'une part, il résulte d'un principe général du droit que, lorsqu'un agent public est mis en cause par un tiers à raison de ses fonctions, il incombe à la collectivité dont il dépend de le couvrir des condamnations civiles prononcées contre lui, dans la mesure où une faute personnelle détachable du service ne lui est pas imputable, de lui accorder sa protection dans le cas où il fait l'objet de poursuites pénales, sauf s'il a commis une faute personnelle, et, à moins qu'un motif d'intérêt général ne s'y oppose, de le protéger contre les menaces, violences, voies de fait, injures, diffamations ou outrages dont il est l'objet.

5. D'autre part, au vu des éléments dont elle dispose au moment de la demande de l'intéressé, l'administration peut toujours pour des motifs d'intérêt général ou une faute personnelle détachable du service, refuser d'accorder la protection fonctionnelle à un de ses agents.

6. Il ressort des pièces du dossier que, dans le courant du mois d'avril 2020, en période de confinement, deux élèves se sont plaint auprès de l'infirmière scolaire de l'établissement de faits graves dont se serait rendu coupable M. C, à savoir des attouchements sur des élèves et la diffusion d'images pornographiques pendant les cours. Ces accusations ont été rapportées par cette infirmière scolaire au directeur d'établissement. Le rapport d'enquête administrative du 3 février 2021 relève notamment que : " d'autres élèves sont choqués lorsque M. C évoque sa vie privée sans rapport avec le sujet du cours ou des problèmes physiques notamment sur ses parties génitales ". Les témoignages de deux infirmières de l'établissement décrivent des propos inappropriés de l'intéressé envers les élèves, en particulier des propos tenus par le requérant en lien avec le thème de la masturbation au sein d'une classe de première générale. Trois auditions d'élèves sur seize entretiens de la classe de M. C relatent des propos à caractère sexuel tenus par l'intéressé, avant et pendant le confinement, notamment des " simulations de situations de jouissance ". Enfin, une élève confirme dans ce rapport d'enquête avoir été, par deux fois, dans une situation de malaise lorsque M. C " a relevé mon chouchou depuis le poignet et sur le long du bras " et " a appuyé son doigt sur mes côtes ", dans un contexte relationnel particulier dans lequel l'intéressé est décrit comme un enseignant " tactile " " avec ses élèves. Compte tenu de l'ensemble de ces témoignages et alors même que l'enquête administrative n'a pas établi la réalité des faits de diffusion de vidéos à caractère pornographique en classe et d'attouchements, l'administration a pu, eu égard aux éléments dont elle disposait au moment de la demande de protection fonctionnelle de l'intéressé, estimer que l'intéressé avait commis une faute personnelle détachable du service contraire à la déontologie et refuser pour ce motif de lui accorder la protection fonctionnelle, sans commettre d'erreur de droit, d'erreur de fait, ni d'erreur d'appréciation. La circonstance que la plainte de l'intéressé aurait fait l'objet d'un classement sans suite est sans incidence sur la légalité de la décision portant refus de la protection fonctionnelle.

7. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions qu'il conteste. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie en sera adressée à la rectrice de l'académie de Nantes.

Délibéré après l'audience du 4 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cantié, président,

M. Pons, premier conseiller,

Mme Martel, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juin 2024.

Le rapporteur,

F. PONS

Le président,

C. CANTIÉLa greffière,

C. DUMONTEIL

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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