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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2106762

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2106762

jeudi 7 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2106762
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantSCP MOTEMPS & TRIBOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 18 juin 2021, le président de la cour administrative d'appel de Nantes a renvoyé au tribunal administratif de Nantes la requête de M. B A, laquelle a été enregistrée sous le numéro 2106762.

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 10 juin 2021 et le 18 mai 2023, M. B A, représenté par Me Tribot, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 10 avril 2021 du silence gardé par le ministre de l'intérieur sur son recours dirigé contre la décision du 26 novembre 2020 par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône avait ajourné à deux ans sa demande de naturalisation, ensemble ladite décision préfectorale ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui octroyer la nationalité française et, subsidiairement, de réexaminer sa demande de naturalisation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application de l'article L.'761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2, L. 211-5, L. 412-8 du code des relations entre le public et l'administration et 27 du code civil ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; il est actionnaire d'une société constituée avec son père et ses frères, et a ainsi perçu, à titre de dividendes, la somme de 3 609 euros nets en 2020 ; il est également salarié de cette société depuis le 16 octobre 2017, en tant que chargé de la relation commerciale, et percevait une rémunération de 888,63 euros brut par mois jusqu'au 31 mai 2021, puis de 1 591,01 euros brut ; en deux ans, depuis juin 2021, sa rémunération a évolué jusqu'à se stabiliser à un niveau supérieur au SMIC ;

- il est inséré socialement et justifie d'un niveau suffisant en langue française ;

- son frère jumeau a été naturalisé par une décision du 3 janvier 2022.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er août 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Hannoyer, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant libanais né en 1995, demande au tribunal d'annuler la décision implicite née le 10 avril 2021 du silence gardé par le ministre de l'intérieur sur son recours dirigé contre la décision du 26 novembre 2020 par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône avait ajourné à deux ans sa demande de naturalisation, ensemble ladite décision préfectorale.

Sur l'étendue du litige :

2. D'une part, par décision en date du 30 avril 2021, produite par le ministre, celui-ci a explicitement maintenu l'ajournement à deux ans de la demande à compter du 26 novembre 2020. M. A doit dès lors être regardé comme demandant l'annulation de cette décision du 30 avril 2021 qui s'est substituée à la décision implicite de rejet.

3. D'autre part, en application des dispositions de l'article 45 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française, les décisions par lesquelles le ministre statue sur les recours préalables obligatoires se substituent à celles des autorités préfectorales qui lui sont déférées et dont les conclusions à fin d'annulation deviennent dès lors irrecevables. Ainsi les conclusions dirigées contre la décision préfectorale sont irrecevables et la requête doit être regardée comme exclusivement dirigée contre la décision ministérielle.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision ministérielle du 30 avril 2021 :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 49 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " Toute décision déclarant irrecevable, ajournant ou rejetant une demande de naturalisation ou de réintégration dans la nationalité française prise en application du présent décret est motivée conformément à l'article 27 " du code civil. La décision attaquée vise les articles 45 et 48 du décret du 30 décembre 1993 et mentionne les circonstances de faits propres à la situation du postulant. Ainsi cette décision comporte, avec suffisamment de précision, l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle est fondée. Par suite, elle est suffisamment motivée et satisfait aux exigences de l'article 27 du code civil.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". En vertu des dispositions de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française, si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. Une fois ce délai expiré ou ces conditions réalisées, il appartient au postulant, s'il le juge opportun, de formuler une nouvelle demande. Il appartient ainsi au ministre de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la naturalisation au ressortissant étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte le degré d'insertion professionnelle et d'autonomie matérielle du postulant.

6. Pour confirmer l'ajournement de la demande d'acquisition de la nationalité française de M. A, le ministre s'est fondé sur le motif tiré de ce que l'insertion professionnelle de l'intéressé ne pouvait être considérée comme pleinement réalisée en l'absence de ressources suffisantes.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A n'a perçu aucun revenu en 2016 et a perçu 6 919 euros en 2017. En se bornant à soutenir qu'il est actionnaire d'une société constituée avec son père et ses frères, et qu'il a perçu en cette qualité, à titre de dividendes, la somme de 3 609 euros net en 2020, qu'il est également salarié de cette société depuis le 16 octobre 2017 et qu'il percevait une rémunération de 888,63 euros brut par mois jusqu'au 31 mai 2021, M. A ne contredit pas sérieusement le motif de la décision attaquée. Il résulte ainsi des pièces produites par le requérant qu'au titre de l'année 2020, son revenu fiscal de référence ne s'est élevé qu'à la somme de 13 206 euros. Par ailleurs, la légalité d'une décision s'appréciant à la date à laquelle elle a été prise, M. A ne peut utilement se prévaloir de ce qu'après le 31 mai 2021, soit postérieurement à la date de la décision attaquée, il percevait 1 591,01 euros brut par mois et que sa rémunération s'est ensuite progressivement stabilisée au cours des deux années suivantes jusqu'à atteindre un niveau supérieur au SMIC. Dans ces conditions, le ministre a pu, eu égard au large pouvoir d'appréciation dont il dispose pour apprécier l'opportunité d'accorder la nationalité française au ressortissant étranger qui la sollicite, ajourner la demande de naturalisation de M. A pour le motif mentionné ci-dessus sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation.

8. En troisième lieu, les circonstances selon lesquelles M. A serait inséré socialement et justifierait d'un niveau suffisant en langue française sont sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, eu égard au motif sur lequel elle se fonde.

9. En quatrième et dernier lieu, l'accès à la nationalité française ne constituant pas un droit pour l'étranger qui la sollicite, l'ajournement de la demande de naturalisation de M. A n'est pas constitutif d'une rupture d'égalité, alors même que son frère jumeau, dont il n'est d'ailleurs pas établi qu'il se serait trouvé dans une situation identique, aurait obtenu la naturalisation par décret. Par suite, le requérant n'est pas fondé à se prévaloir d'une méconnaissance du principe d'égalité, à supposer ce moyen soulevé.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A ne peut qu'être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2': Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 10 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

M. Hannoyer, premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2024.

Le rapporteur,

R. HANNOYERLa présidente,

M. BÉRIA-GUILLAUMIE

La greffière,

B. GAUTIER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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