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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2106816

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2106816

jeudi 2 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2106816
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSCHAUTEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 18 juin et 14 juillet 2021, Mme C B, représentée par Me Schauten, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 avril 2021 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de renouveler son titre de séjour en qualité d'étudiante, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir, et subsidiairement de réexaminer sa situation dans le même délai et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans l'attente de ce réexamen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 313-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'illégalité en raison de l'illégalité de la décision sur le fondement de laquelle elle a été prise ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est entachée d'illégalité en raison de l'illégalité des décisions de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 décembre 2021, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par Mme B ne sont pas fondés.

Par une décision du 28 juillet 2021, le bureau de l'aide juridictionnelle du Tribunal judiciaire de Nantes (section administrative) a admis Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu :

- l'ordonnance du juge des référés du Tribunal, n°2107926 du 3 août 2021 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les observations de Me Schauten, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B, ressortissante marocaine née le 14 avril 1989, à Bab Marzouka (Maroc), est entrée en France le 8 octobre 2011, sous-couvert d'un visa C valable du 18 avril 2011 au 14 octobre 2011. Le 30 novembre 2011, la requérante a sollicité la délivrance d'un titre de séjour temporaire " étudiant " sur le fondement de l'article L. 313-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Une carte de séjour temporaire valable du 30 novembre 2011 au 29 novembre 2012, lui a été délivrée et a été régulièrement renouvelée jusqu'au 8 janvier 2021. Le 17 janvier 2021, la requérante a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le même fondement juridique. Par un arrêté du 30 avril 2021, le préfet de Maine-et-Loire a rejeté cette demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour :

2. En premier lieu, il ressort de la lecture de la décision contestée que le préfet de Maine-et-Loire a visé l'article L. 313-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indiqué notamment, qu'en raison de ses multiples redoublements et de la stagnation de son parcours universitaire, la requérante ne justifie pas du caractère réel et sérieux des études suivies. Ainsi, la décision portant refus de titre de séjour énonce les considérations de droit et de fait qui la fondent. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué, en tant qu'il porte refus de séjour, doit être écarté.

3. . En deuxième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de la décision attaquée que le préfet se serait abstenu de procéder à un examen particulier de la situation personnelle de Mme B avant de prendre la décision litigieuse. Par suite, le moyen tiré d'un défaut d'examen sérieux de la situation personnelle de la requérante ne peut qu'être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 313-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " I. - La carte de séjour temporaire accordée à l'étranger qui établit qu'il suit en France un enseignement ou qu'il y fait des études et qui justifie qu'il dispose de moyens d'existence suffisants porte la mention " étudiant " () ". Il résulte de ces dispositions que le renouvellement de la carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " est subordonné, notamment, à la justification par son titulaire de la réalité et du sérieux des études qu'il a déclaré accomplir.

5. Il ressort des pièces du dossier qu'arrivée en France en 2011, Mme B s'est inscrite au titre de l'année 2011/2012 à l'école supérieure des beaux-arts d'Angers en 1ère année, en vue de l'obtention du diplôme national d'arts plastiques, et qu'elle a validé cette 1ère année. Puis en 2012/2013, la requérante s'est inscrite en art-médias où elle a validé, ses 2ème, 3ème, 4ème et 5ème années, après avoir redoublé sa 3ème année. Toutefois, la requérante s'est réorientée en 2017/2018 en troisième année de licence arts plastiques photos à l'université de Paris 8, qu'elle n'a pas validée malgré quatre inscriptions consécutives. Si Mme B invoque, pour expliquer ses multiples redoublements et la durée de son cursus universitaire de dix ans, des difficultés personnelles liées à son éloignement géographique de l'université, dès lors qu'elle réside à Angers, et l'assistance administrative portée à sa mère qui est arrivée en France en 2018, les éléments versés au dossier ne permettent pas d'établir qu'ils seraient à l'origine de l'absence de progression de la requérante dans ses études de 2017 à 2021. Mme B soutient également que ses problèmes de santé, liés à des migraines et une dépression, l'ont empêchée de suivre avec assiduité ses études universitaires. Toutefois, elle ne justifie pas de ses allégations par les documents médicaux qu'elle produit, notamment les ordonnances de 2019 ne mentionnent aucun traitement pour ces pathologies, le certificat médical du 11 juillet 2019 prescrit des séances de rééducation lombaire, ceux du 29 octobre 2019 et du 14 février 2020 font état d'obstruction nasale et ne démontrent pas que l'état de santé de la requérante explique son manque d'assiduité et ses résultats universitaires pendant quatre années consécutives. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 313-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté. De même, le préfet de Maine-et-Loire a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, refuser de renouveler le titre de séjour de la requérante en estimant que ses études n'étaient ni réelles ni sérieuses.

6. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme B, est entrée en France en 2011, munie d'un visa de court séjour en 2011, pour y suivre ses études. Etant célibataire et sans enfant, elle ne fait état d'aucun lien familial en France. Si l'intéressée se prévaut de la durée de son séjour en France, les titres de séjour dont elle était titulaire ne lui donnaient pas vocation à s'installer durablement sur le territoire national. Mme B fait également valoir que sa mère ainsi que l'un de ses frères résident régulièrement en France et que les autres membres de sa fratrie ne résident plus dans son pays d'origine, mais à l'étranger. Toutefois, la requérante n'établit pas l'ancienneté, la stabilité et l'intensité des relations qu'elle prétend entretenir avec ses parents et ses proches. Sa mère n'est arrivée sur le territoire qu'en 2018, alors que la requérante, âgée de 32 ans, réside en France depuis 2011. En outre, le titre de séjour de sa mère, qui porte la mention " vie privée et familiale ", versé au dossier, n'est valable que jusqu'au 4 avril 2019. De même, les relations amicales invoquées, dont le caractère stable et intense n'est pas démontré, ne sauraient à elles seules ouvrir à la requérante un droit au séjour. Par ailleurs, comme indiqué au point précédent, elle ne justifie pas du caractère sérieux de ses études. Dans ces conditions, la décision attaquée ne peut être regardée comme ayant porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise, au sens de l'article 8 de convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés. Pour les mêmes motifs, le préfet de Maine-et-Loire n'a pas davantage commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " I. ' L'autorité administrative peut obliger à quitter le territoire français un étranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse et qui n'est pas membre de la famille d'un tel ressortissant au sens des 4° et 5° de l'article L. 121-1, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : () 3° Si la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour a été refusé à l'étranger ou si le titre de séjour qui lui avait été délivré lui a été retiré ; () La décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour dans les cas prévus aux 3° et 5° du présent I, sans préjudice, le cas échéant, de l'indication des motifs pour lesquels il est fait application des II et III ".

8. Ainsi qu'il l'a été dit au point 2, la décision portant refus de séjour est suffisamment motivée. La décision portant obligation de quitter le territoire français, fondée sur les dispositions de l'article L. 511-1 I 3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet vise, n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte, en vertu de ces dispositions.

9. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs qu'exposés précédemment, il n'est pas établi que la décision de refus de séjour serait illégale. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de séjour.

10. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés au point 6 du présent jugement, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision contestée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni que le préfet de Maine-et-Loire aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

11. Pour les mêmes motifs qu'exposés précédemment, il n'est pas établi que la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français seraient illégales. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision fixant le pays à destination duquel elle pourra être renvoyée serait illégale en raison de l'illégalité de ces deux décisions.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de Mme B doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions de sa requête à fin d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Schauten.

Délibéré après l'audience du 26 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Martin, président,

M. Labouysse, premier conseiller,

Mme Caro, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mars 2023.

La rapporteure,

N. A

Le président,

L. MARTINLa greffière,

V. MALINGRE

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

V. Malingre

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