jeudi 1 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2106818 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | LAPLANE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 18 juin et 7 décembre 2021, M. C B, représenté par Me Laplane, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 29 septembre 2020 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer un titre de séjour et, dans l'attente de ce titre, une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.
Il soutient que :
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
- elle n'est pas suffisamment motivée ;
- sa situation n'a fait l'objet d'aucun examen préalable, ainsi qu'il ressort d'un courrier de la préfecture du 15 mars 2021 lui demandant de compléter sa demande de titre de séjour ;
- le préfet a méconnu l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il justifie en effet avoir exercé des emplois dans la durée ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle n'est pas suffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen préalable ;
- son annulation est impliquée par celle de la décision portant refus de titre de séjour ;
- le préfet a méconnu son droit d'être entendu garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- elle n'est pas suffisamment motivée et n'a pas été précédée d'un examen préalable ;
- son annulation est impliquée par celle des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 novembre 2021, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
Par une décision du 21 mai 2021 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nantes (section administrative), M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique du 31 mars 2022.
Considérant ce qui suit :
1. M. C B, ressortissant guinéen né le 1er juillet 1988, déclare être entré irrégulièrement en France le 10 novembre 2015. Sa demande de reconnaissance du statut de réfugié a été rejetée par une décision du 15 mars 2017 du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Ce refus a été confirmé par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 18 septembre 2017. M. B a alors sollicité du préfet de la Loire-Atlantique la délivrance d'un titre de séjour pour raisons de santé et pour pouvoir exercer une activité professionnelle. Par un arrêté du 27 janvier 2019, le préfet a rejeté sa demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. M. B n'a pas déféré à cette mesure d'éloignement et a déposé une nouvelle demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 29 septembre 2020, le préfet a rejeté sa demande, prononcé à l'encontre de l'intéressé une nouvelle obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et désigné la Guinée comme pays de destination. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, M. B ne peut utilement invoquer une méconnaissance par le préfet de la loi du 11 juillet 1979 relative à la motivation des actes administratifs et à l'amélioration des relations entre l'administration et le public, les dispositions de cette loi ayant été abrogées depuis le 1er janvier 2016. En tout état de cause, la décision portant refus de titre de séjour vise les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application, ainsi que la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et retrace la biographie ainsi que le parcours personnel du requérant depuis son arrivée en France. Si le requérant soutient que la décision ne mentionne pas le type d'emplois qu'il exerce, son ancienneté dans l'exercice de ces emplois et l'existence d'un contrat de travail, il ne démontre pas, en tout état de cause, avoir porté ces éléments à la connaissance du préfet antérieurement à la prise de l'arrêté attaqué. Par suite, cette décision est suffisamment motivée tant en droit qu'en fait.
3. En deuxième lieu, M. B produit une lettre de la préfecture de la Loire-Atlantique du 15 mars 2021 lui demandant de produire sous un mois différentes pièces afin de compléter sa demande d'admission exceptionnelle au séjour. L'intéressé en déduit que le préfet, lorsqu'il a pris, le 29 septembre 2020, la décision attaquée, ne disposait pas de toutes les informations utiles sur sa situation particulière. Toutefois, il n'établit pas que ce courrier du préfet du 15 mars 2021 se rattacherait à la demande de titre de séjour rejetée par l'arrêté attaqué du 29 septembre 2020 et non, comme c'est le plus probable, à une troisième demande d'admission exceptionnelle au séjour qu'il aurait présentée postérieurement audit arrêté. Le moyen tiré par le requérant du défaut d'examen préalable de sa situation doit, par suite, être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 313-14 alors en vigueur du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2. / () ".
5. En présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement de l'article L. 313-14, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Il résulte de ces dispositions que le législateur a entendu laisser à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels que celui-ci fait valoir. Il appartient seulement au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation qu'elle a portée sur l'un ou l'autre de ces points.
6. M. B ne soutient ni même n'allègue avoir tissé en France des liens familiaux ou amicaux d'une particulière intensité. La circonstance que l'intéressé soit présent sur le territoire français depuis le 10 novembre 2015, soit depuis près de 5 ans à la date de la décision attaquée, ne saurait, à elle seule, être regardée comme une considération humanitaire ou un motif exceptionnel de nature à justifier la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. B a, en outre, comme il a été dit, fait l'objet le 27 janvier 2019 d'un arrêté du préfet de la Loire-Atlantique portant refus de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire dans le délai d'un mois, confirmé par un jugement du tribunal du 30 septembre 2019, qu'il ne justifie pas avoir exécuté. La durée de présence en France de l'intéressé est essentiellement liée à la durée d'instruction de sa demande d'asile et à son maintien en situation irrégulière sur le territoire français. Si M. B justifie avoir exercé des activités professionnelles ponctuelles dans le secteur agricole de juillet 2017 à août 2020, cette activité professionnelle est récente et ne suffit pas à établir une situation professionnelle et financière stable. S'il produit également un contrat de travail à durée déterminée portant sur la période allant du 1er décembre 2020 au 31 août 2021, cette circonstance, postérieure à la décision attaquée, est sans incidence sur sa légalité. Par suite, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Loire-Atlantique aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant à M. B un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
7. En premier lieu, aux termes du I de l'article L. 511-1 alors en vigueur du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () La décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour dans les cas prévus aux 3° et 5° du présent I () ". Le 3° du I de l'article précité est relatif à l'hypothèse où, comme c'est le cas en l'espèce de M. B, l'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour. Ainsi qu'il a été dit précédemment, la décision portant refus de titre de séjour est suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
8. En deuxième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ".
9. Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne s'adresse uniquement aux institutions et organes de l'Union. Il suit de là que le moyen tiré de sa violation par une autorité d'un Etat membre est inopérant. Toutefois, il résulte également de cette jurisprudence que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente serait tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter son point de vue de manière utile et effective. En particulier, il n'implique pas l'obligation, pour le préfet, d'entendre l'étranger spécifiquement au sujet de l'obligation de quitter le territoire français qu'il envisage de prendre après avoir statué sur le droit au séjour à l'issue d'une procédure ayant respecté son droit d'être entendu.
10. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que, dans le cadre de l'instruction de sa demande de titre de séjour, le requérant aurait été privé de la possibilité de présenter des observations, écrites ou orales, en complément de sa demande, ou qu'il aurait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux. D'ailleurs, il précise que la préfecture a accusé réception de plusieurs courriers dans lesquels il faisait état d'éléments concernant sa situation personnelle. Dans ces conditions, le moyen tiré par M. B de la méconnaissance de son droit d'être entendu doit être écarté.
11. En troisième lieu, la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour à M. B n'étant pas annulée, l'intéressé n'est pas fondé à demander l'annulation par voie de conséquence de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
12. En premier lieu, la décision attaquée vise les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle relève que M. B ne démontre pas qu'il serait exposé, en cas de retour dans son pays d'origine, à des traitements contraires aux stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales précitées. Dès lors, cette décision, qui comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée.
13. En second lieu, les décisions refusant la délivrance d'un titre de séjour à M. B et lui faisant obligation de quitter le territoire français n'étant pas annulées, l'intéressé n'est pas fondé à demander l'annulation par voie de conséquence de la décision désignant le pays de renvoi.
14. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du 29 septembre 2020.
Sur les conclusions à fin d'injonction et tendant à l'application de l'article L 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
15. D'une part, le rejet des conclusions à fin d'annulation présentées par M. B entraine, par voie de conséquence, celui de ses conclusions à fin d'injonction.
16. D'autre part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que la somme demandée au profit de son conseil par M. B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Laplane.
Délibéré après l'audience du 31 mars 2022, à laquelle siégeaient :
M. Luc Martin, président,
M. David Labouysse, premier conseiller,
Mme Nathalie Caro, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er septembre 2022.
Le président-rapporteur,
L. AL'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,
D. LABOUYSSELa greffière,
V. MALINGRE
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
V. Malingre
em
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026