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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2106879

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2106879

jeudi 28 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2106879
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation12eme chambre
Avocat requérantMARQUES - MELCHY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 juin 2021, M. E A, représenté par Me Marques-Melchy, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 25 mars 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours contre la décision du 28 août 2020 par laquelle le préfet des Deux-Sèvres a ajourné à trois ans sa demande de naturalisation, ainsi que cette dernière décision ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui octroyer la nationalité française dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle méconnait les dispositions des articles 21-23 et 21-27 du code civil dès lors qu'il n'a fait l'objet d'aucune condamnation pénale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 avril 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées le 6 mars 2024, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation de la décision du préfet des Deux-Sèvres du 28 août 2020, à laquelle s'est substituée la décision du ministre de l'intérieur du 25 mars 2021 par l'effet des dispositions de l'article 45 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Cordrie a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A demande au tribunal d'annuler la décision par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours contre la décision du 28 août 2020 par laquelle le préfet des Deux-Sèvres a ajourné à trois ans sa demande de naturalisation, ainsi que cette dernière décision.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 45 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " Dans les deux mois suivant leur notification, les décisions prises en application des articles 43 et 44 peuvent faire l'objet d'un recours auprès du ministre chargé des naturalisations, à l'exclusion de tout autre recours administratif. / Ce recours, pour lequel le demandeur peut se faire assister ou être représenté par toute personne de son choix, doit exposer les raisons pour lesquelles le réexamen de la demande est sollicité. Il constitue un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux, à peine d'irrecevabilité de ce dernier. / Le silence gardé par le ministre chargé des naturalisations sur ce recours pendant plus de quatre mois vaut décision de rejet du recours. " La décision par laquelle le ministre de l'intérieur statue sur le recours préalable obligatoire prévu par ces dispositions se substitue à la décision initiale prise par l'autorité préfectorale. Dès lors, les conclusions de M. A tendant à l'annulation de la décision du préfet des Deux-Sèvres du 28 août 2020 sont irrecevables et doivent être rejetées.

3. En deuxième lieu, conformément aux dispositions de l'article 1er du décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du gouvernement, le directeur de l'accueil, de l'accompagnement des étrangers et de la nationalité dispose d'une délégation à l'effet de signer, au nom du ministre chargé des naturalisations, l'ensemble des actes relatifs aux affaires des services placés sous son autorité, à l'exception des décrets. Par un décret du 28 septembre 2016, publié au Journal officiel de la République française du 29 septembre 2016, Mme B a été nommée directrice de l'accueil, de l'accompagnement des étrangers et de la nationalité. Par une décision du 30 août 2018, régulièrement publiée au Journal officiel de la République française du 2 septembre 2018, Mme B a accordé à Mme C D, adjointe à la cheffe du bureau des affaires juridiques, du précontentieux et du contentieux et signataire de la décision attaquée, une délégation de signature à cet effet. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée ne peut dès lors qu'être écarté.

4. En troisième lieu, la décision attaquée mentionne les articles 45 et 48 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 dont le ministre a fait application, ainsi que les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. A sur lesquelles il s'est fondé, tenant aux procédures dont il a fait l'objet en 2010, 2013 et 2019. La décision expose ainsi avec une précision suffisante les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par ailleurs, le ministre n'est pas tenu de faire état dans sa décision de l'ensemble des éléments de fait dont l'intéressé s'est prévalu devant lui, mais uniquement de ceux qui fondent utilement le sens de sa décision. Par suite, le moyen tiré de ce qu'elle serait insuffisamment motivée doit être écarté.

5. En quatrième lieu, si M. A soutient que, dès lors qu'il n'a fait l'objet d'aucune condamnation pénale, la décision attaquée méconnaitrait les dispositions des articles 21-23 et 21-27 du code civil qui font obstacle à l'octroi de la nationalité française aux personnes ayant fait l'objet de condamnations pénales d'une certaine gravité, il ressort des pièces du dossier que le ministre n'a pas rejeté la demande de naturalisation de M. A sur le fondement de ces articles du code civil mais au terme de l'examen de l'opportunité d'accorder la nationalité française auquel il peut procéder en application des dispositions de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 précité, qui est visé par la décision attaquée. Le moyen doit, par suite, être écarté.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Aux termes de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 précité : " Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions () ". En vertu de ces dispositions, il appartient au ministre chargé des naturalisations de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la naturalisation ou la réintégration dans la nationalité française au ressortissant étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut notamment prendre en compte, sous le contrôle du juge, les renseignements défavorables recueillis sur le comportement du postulant.

7. Pour confirmer l'ajournement à trois ans de la demande de naturalisation présentée par M. A, le ministre s'est fondé sur les procédures dont l'intéressé a fait l'objet, en 2010 pour aide à l'entrée, à la circulation et au séjour des étrangers, en 2013 pour violences sur un mineur de quinze ans par un ascendant et en 2019 pour violences avec usage ou menace d'une arme,

8. Si M. A fait valoir que les faits ayant donné lieu à ces procédures ne lui ont valu que de simples rappels à la loi, il n'en conteste pas la matérialité. Par ailleurs, à supposer qu'il soit avéré qu'ainsi qu'il le soutient, les violences avec arme de 2019 aient été commises pour se défendre de personnes qui occupaient irrégulièrement des terrains dont il avait l'usage et que les violences par ascendant de 2013 aient résulté de la nécessité de procéder à un " recadrage " de son fils, ces circonstances ne sont en tout état de cause pas de nature à ôter à ces faits leur caractère grave. Dès lors, eu égard au large pouvoir d'appréciation dont il dispose pour accorder la nationalité française à l'étranger qui la sollicite, le ministre a pu, sans entacher sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation, confirmer l'ajournement à trois ans de la demande de naturalisation de M. A, sans qu'y fasse obstacle l'intensité des éléments d'intégration familiale, sociale et professionnelle dont celui-ci se prévaut en France.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 14 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Gourmelon, présidente,

Mme Milin, première conseillère,

M. Cordrie, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2024.

Le rapporteur,

A. CORDRIE

La présidente,

V. GOURMELONLa greffière,

F. ARLAIS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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