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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2106942

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2106942

mercredi 5 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2106942
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat : M. CATROUX - R. 222-13
Avocat requérantSERARL SIRET & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 21 juin 2021 et 17 mai 2024, M. B A, représenté par Me Siret, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 2 avril 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a prononcé l'invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de lui restituer les points retirés à la suite des infractions des 14 juillet 2014, 12 août 2014 et 24 juillet 2019 et de reconstituer le capital de points de son permis de conduire ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'administration n'apporte pas la preuve de la délivrance, pour l'ensemble des infractions en cause, de l'information préalable prévue par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;

- la décision prononçant l'invalidité de son permis de conduire méconnaît l'article L. 223-6 du code de la route, dès lors plus de trois années se sont écoulées entre les infractions commises les 12 août 2014 et 29 août 2017 et que capital de points de son permis aurait dû être reconstitué.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 mars 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Catroux, premier conseiller, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Catroux a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision référencée " 48 SI " du 2 avril 2021, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a constaté la perte de validité du permis de conduire de M. A à la suite des infractions au code de la route commises les 14 juillet 2014, 12 août 2014 et 24 juillet 2019 et lui a enjoint de restituer son titre de conduite. M. A demande au tribunal l'annulation de cette décision " 48 SI " et des décisions de retrait de points correspondant à ces infractions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'information préalable :

2. La délivrance au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223- 3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Son accomplissement conditionne dès lors la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé. Cette information doit porter, d'une part, sur l'existence d'un traitement automatisé des points et la possibilité d'exercer le droit d'accès et, d'autre part, sur le fait que le paiement de l'amende établit la réalité de l'infraction dont la qualification est précisée et entraîne un retrait de points correspondant à cette infraction. Ni l'article L. 223-3, ni l'article R. 223-3 du code de la route n'exigent que le conducteur soit informé du nombre exact de points susceptibles de lui être retirés, dès lors que la qualification de l'infraction qui lui est reprochée est dûment portée à sa connaissance.

S'agissant des infractions des 14 juillet 2014 et 24 juillet 2019 :

3. Le ministre produit l'attestation du comptable public responsable de la trésorerie du contrôle automatisé indiquant que l'intéressé a réglé le montant de l'amende forfaitaire majorées émise à la suite de l'infraction du 14 juillet 2014. Il produit, de plus, le bordereau de situation, établi par le comptable public compétent, dont il résulte que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire majorée émise à la suite de l'infraction du 24 juillet 2019.

4. Le paiement par le contrevenant de l'amende forfaitaire majorée suffit à établir que l'administration s'est acquittée envers le titulaire du permis de son obligation d'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, démontre que cet avis était inexact ou incomplet. Lorsque le contrevenant soutient que le paiement est intervenu par la voie du recouvrement forcé et n'est, par suite, pas de nature à apporter la preuve de la réception des avis, il lui appartient d'apporter la preuve, devant le juge du fond, de ce que l'amende a effectivement fait l'objet d'un recouvrement forcé.

5. Au cas présent, le requérant ne rapporte pas la preuve, dont la charge lui incombe, que ces paiements seraient intervenus de manière forcée.

6. L'intéressé doit ainsi être regardé comme ayant nécessairement reçu les avis de contravention se rapportant aux infractions en cause. Par suite, M. A n'apportant aucun élément de nature à établir qu'il aurait été destinataire d'avis de contravention inexacts ou incomplets, le ministre doit être regardé comme établissant la preuve de délivrance de l'information préalable prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

7. S'agissant, en revanche, de l'infraction du 12 août 2014, qui a été constatée par radar automatique et a donné lieu à l'émission d'une amende forfaitaire majorée, le ministre ne rapporte pas la preuve, dont la charge lui incombe, de la délivrance de l'information préalable prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Contrairement à ce que le requérant soutient, il s'était vu délivrer, préalablement, à la suite de l'infraction du 14 juillet 2014, les informations tenant à l'existence d'un traitement automatisé des points, à la possibilité d'exercer le droit d'accès et au fait que le paiement de l'amende établit la réalité de l'infraction et entraîne un retrait de points. Mais cette infraction était d'une autre nature que l'infraction du 12 août 2014. La délivrance de l'information en cause à l'occasion de l'infraction du 14 juillet 2014 ne suffit donc pas à établir qu'il s'était vu délivrer l'ensemble de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route s'agissant du retrait de point à la suite de l'infraction du 12 août 2014. Par suite, dans les circonstances de l'espèce, M. A a été privé de la garantie tenant à la délivrance de l'ensemble des informations en cause. La décision de retrait de quatre points du permis de l'intéressé prise à la suite de l'infraction du 12 août 2014 est, dès lors, entachée d'illégalité.

En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 223-6 du code de la route :

8. Aux termes de l'article L. 223-6 du code de la route: " Si le titulaire du permis de conduire n'a pas commis, dans le délai de deux ans à compter de la date du paiement de la dernière amende forfaitaire, de l'émission du titre exécutoire de la dernière amende forfaitaire majorée, de l'exécution de la dernière composition pénale ou de la dernière condamnation définitive, une nouvelle infraction ayant donné lieu au retrait de points, son permis est affecté du nombre maximal de points. Le délai de deux ans mentionné au premier alinéa est porté à trois ans si l'une des infractions ayant entraîné un retrait de points est un délit ou une contravention de la quatrième ou de la cinquième classe. ".

9. M. A fait valoir qu'il s'est écoulé plus de trois ans entre l'infraction du 12 août 2014, qui entraînait la suppression de 5 points, et celle du 29 août 2017 et qu'il aurait dû, bénéficier d'une reconstitution de points dès le 12 août 2017. Toutefois, il résulte de l'instruction que l'infraction commise le 12 août 2014 a donné lieu le 29 octobre 2014 au paiement de l'amende forfaitaire correspondante, soit moins de trois ans avant l'infraction du 29 août 2017. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point précédent doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que la décision de retrait de points du permis de conduire de M. A à la suite de l'infraction du 12 août 2014 doit être annulée. Il en va de même, par voie de conséquence, pour la décision du 2 avril 2021.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. L'exécution du présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de rétablir le bénéfice des points retirés à la suite de l'infraction du 12 août 2014 en en tirant toutes les conséquences à la date de sa nouvelle décision sur le droit à conduire de l'intéressé. Il y a lieu, par suite, de lui enjoindre de procéder à ce rétablissement dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 600 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décisions de retrait de points attachés au permis de conduire de M. A à la suite de l'infraction du 12 août 2014 et la décision 48SI du 2 avril 2021 du ministre de l'intérieur et des outre-mer constatant la perte de validité du permis de conduire de l'intéressé sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de rétablir le capital de points du permis de conduire de M. A, en tenant compte de l'annulation de la décision de retrait de points prononcée à l'article 1er du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. A la somme de 600 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juin 2024.

Le magistrat désigné,

X. CATROUX

La greffière,

V. MALINGRELa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

V. MALINGRE,

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