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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2106970

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2106970

jeudi 7 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2106970
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantSELARL LEVY AVOCAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 23 juin 2021 et le 29 juillet 2022, M. A B, représenté par Me Levy, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née du silence gardé par le ministre de l'intérieur sur son recours dirigé contre la décision du 23 décembre 2020 par laquelle le Préfet de police de Paris avait rejeté sa demande de naturalisation, ensemble ladite décision préfectorale ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application de l'article L.'761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- la décision ministérielle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; premièrement, il bénéficie d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " entrepreneur / profession libérale " et démontre ainsi disposer de ressources françaises suffisantes ; deuxièmement, il a déclaré aux services fiscaux l'ensemble de ses revenus perçus en France et justifie être à jour de ses impôts locaux et impôt sur le revenu au titre des années 2017 à 2020 ; troisièmement, il justifie de ressources amplement suffisantes pour subvenir à ses besoins sur le territoire français, et la seule origine de ses revenus lui permettant de subvenir à ses besoins n'est pas à elle seule de nature à faire obstacle à ce qu'il ait fixé en France de manière durable le centre de ses intérêts ;

- elle méconnaît l'article 21-21 du code civil dès lors qu'il justifie contribuer au rayonnement de la France et à la prospérité de ses relations économiques internationales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juillet 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête sont non fondés ou inopérants.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Hannoyer, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant brésilien né en 1957, demande au tribunal d'annuler la décision implicite née du silence gardé par le ministre de l'intérieur sur son recours dirigé contre la décision du 23 décembre 2020 par laquelle le Préfet de police de Paris avait rejeté sa demande de naturalisation, ensemble ladite décision préfectorale.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision préfectorale :

2. En application des dispositions de l'article 45 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française, les décisions par lesquelles le ministre statue sur les recours préalables obligatoires se substituent à celles des autorités préfectorales qui lui sont déférées et dont les conclusions à fin d'annulation deviennent dès lors irrecevables. Ainsi les conclusions dirigées contre la décision préfectorale sont irrecevables et la requête doit être regardée comme exclusivement dirigée contre la décision ministérielle.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision ministérielle :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ". M. B n'établit ni n'allègue avoir sollicité la communication des motifs de la décision implicite du ministre. Dès lors, il n'est pas fondé à soutenir que cette décision est entachée d'un défaut de motivation.

4. Aux termes de l'article 48 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 : " Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation () sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions () ". Ces dispositions confèrent au ministre de l'intérieur un large pouvoir d'appréciation sur l'intérêt d'accorder la nationalité française à la personne qui la sollicite. Il lui appartient, lorsqu'il exerce ce pouvoir, de tenir compte de tous les éléments de la situation de cette personne, y compris de ceux qui ont été examinés pour statuer sur la recevabilité de la demande. Au nombre de ces éléments figure, comme cela résulte de l'article 21-16 du code civil, la fixation en France du centre des intérêts de l'intéressé.

5. Il ressort des écritures du ministre en défense que, pour confirmer le rejet de la demande d'acquisition de la nationalité française de M. B, le ministre s'est fondé sur le motif tiré de ce que l'intéressé ne pouvait être regardé comme ayant transféré en France le centre de ses intérêts matériels, dès lors que ses ressources provenaient, pour l'essentiel, de l'étranger, et qu'il ne disposait pas de revenus de source française suffisants pour assurer, à eux seuls, sa subsistance.

6. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B, qui réside en France depuis 2002 avec son épouse et sa fille, a depuis cette date toujours exercé son activité professionnelle essentiellement à l'étranger, notamment au Brésil, son pays d'origine, et aux Etats-Unis, et qu'il n'a perçu en France que 1 100 euros de revenus en 2019, 1 400 euros en 2018 et 1 300 euros en 2017. Aucune des pièces produites ne permet de considérer que ces revenus lui permettraient de subvenir à l'essentiel de ses besoins. S'il soutient déclarer ses revenus en France, à hauteur, pour l'ensemble de son foyer fiscal, de 65 759 euros en 2019, 60 135 euros en 2018 et 67 925 euros en 2017, il est toutefois constant qu'il n'y paye pas son impôt sur les revenus, tel que cela ressort notamment de ses avis d'imposition sur les revenus de 2019, 2018 et 2017. Il est également constant que l'épouse et la fille de M. B exercent elles aussi leur activité professionnelle essentiellement à l'étranger. Dans ces conditions, et nonobstant les mérites professionnels de M. B, lesquels ne sont pas contestés, et la circonstance qu'il bénéficie d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " entrepreneur / profession libérale ", le ministre a pu, eu égard au large pouvoir d'appréciation dont il dispose pour apprécier l'opportunité d'accorder la nationalité française au ressortissant étranger qui la sollicite, rejeter la demande de naturalisation de l'intéressé pour le motif mentionné ci-dessus sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation.

7. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 21-21 du code civil : " La nationalité française peut être conférée par naturalisation sur proposition du ministre des affaires étrangères à tout étranger francophone qui en fait la demande et qui contribue par son action émérite au rayonnement de la France et à la prospérité de ses relations économiques internationales ". En l'absence de proposition du ministre des affaires étrangères tendant à ce que la naturalisation lui soit accordée, M. B ne peut utilement se prévaloir de ces dispositions pour contester la décision attaquée.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B ne peut qu'être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2': Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 10 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

M. Hannoyer, premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2024.

Le rapporteur,

R. HANNOYERLa présidente,

M. BÉRIA-GUILLAUMIE

La greffière,

B. GAUTIER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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