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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2106984

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2106984

mercredi 9 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2106984
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantPOULARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 juin 2021, M. B A, représenté par

Me Poulard, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 7 aout 2020 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile ;

2°) de mettre à la charge de l'OFII, les dépens ainsi que la somme de 1 200 euros qui devra être versée à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

M. A soutient que la décision attaquée :

- est entachée d'un vice d'incompétence ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnait les dispositions des articles L. 744-7 et L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 octobre 2023, l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.

Par décision du 11'mai 2021, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nantes a admis M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Jégard a été entendu au cours de l'audience publique du 18 septembre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant nigérian né en 1997, a accepté le 14 décembre 2018 l'offre de prise en charge proposée par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Il a fait l'objet le 14 janvier 2019 d'un arrêté du préfet de Maine-et-Loire prononçant son transfert aux autorités allemandes, responsables de l'examen de sa demande d'asile et a été assigné à résidence par une décision du même jour. Par une décision du 7 aout 2020, dont M. A demande l'annulation, la directrice territoriale de l'OFII lui a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile au motif qu'il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti lors de l'acceptation de l'offre de prise en charge.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. La directive du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale vise à harmoniser les conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile en leur garantissant un niveau de vie digne et des conditions de vie comparables dans l'ensemble des États membres de l'Union européenne. Aux termes, toutefois, de l'article 20 de cette directive : " 1. Les États membres peuvent limiter ou, dans des cas exceptionnels et dûment justifiés, retirer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lorsqu'un demandeur : () b) ne respecte pas l'obligation de se présenter aux autorités, ne répond pas aux demandes d'information ou ne se rend pas aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile dans un délai raisonnable fixé par le droit national () ". Aux termes de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction en vigueur à la date de l'acceptation de l'offre de prise en charge : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues à l'article L. 744-1 est subordonné : / () 2° Au respect des exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. / Le demandeur est préalablement informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le fait de refuser ou de quitter le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation mentionnés au 1° du présent article ainsi que le non-respect des exigences des autorités chargées de l'asile prévues au 2° entraîne de plein droit le refus ou, le cas échéant, le retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. / () ".

3. La décision de suspension contestée est fondée sur le fait que M. A n'aurait pas respecté les obligations de pointage qui lui étaient imposées par l'arrêté d'assignation à résidence du 14 janvier 2019. Or, alors qu'il est constant que cet arrêté a été contesté devant le tribunal le 16'janvier 2019, il ressort d'un courriel adressé par France Terre d'Asile le 22 mars 2019 aux services de la préfecture de Maine-et-Loire que M. A s'est présenté plusieurs fois au commissariat de police central de Nantes où il lui a été signalé qu'il n'apparaissait pas sur les listes pour pointage. Les services de la préfecture ont répondu à ce courriel le 27 mars suivant en soulignant que M. A était dispensé de l'obligation de pointage jusqu'au 21 janvier en raison du recours devant le tribunal administratif, mais sans expliquer ni vérifier l'absence du nom de l'intéressé sur les listes. Le procès-verbal de police du 24 janvier 2019 indiquant que M. A n'a pas pointé depuis le 15 janvier n'apporte aucun élément d'information quant à la présence de l'intéressé sur lesdites listes de pointage. Enfin, il ressort du courriel de la préfecture du 27'mars'2019 que M. A a pointé le 28 janvier 2019, ce qui témoigne de sa bonne foi quant à son intention de respecter les obligations de pointage imposées. Dès lors, dans les circonstances de l'espèce, M. A est fondé à soutenir que la décision contestée est entachée d'erreur d'appréciation au regard des dispositions citées au point 2, et à en demander l'annulation, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.

Sur les frais liés au litige :

4. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État, qui est la partie perdante dans cette instance, la somme de 1 200 euros à verser à Me Poulard sur le fondement des articles

L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Conformément aux dispositions de ce dernier article, la perception de cette somme vaudra renonciation de cette avocate au versement de la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle qui a été accordée M. A.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 7 aout 2020 de la directrice territoriale de l'OFII prise à l'égard de M. A est annulée.

Article 2 : L'OFII versera à Me Poulard la somme de 1 200 euros en application des articles

L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Poulard et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 18 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Rimeu, présidente,

M. Jégard, premier conseiller,

Mme El Mouats-Saint-Dizier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2024.

Le rapporteur,

X. JÉGARDLa présidente,

S. RIMEU

La greffière,

A. GOUDOU

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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