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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2107150

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2107150

mercredi 10 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2107150
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSADEK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés le 29 juin 2021 et le 30 novembre 2022, Mme A B, représentée par Me Sadek, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 4 mai 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a ajourné à un an sa demande de naturalisation ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui délivrer la nationalité française, et ce, sous astreinte de 300 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision est signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 6 juillet et le 13 décembre 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que l'ensemble des moyens soulevés par la requérante n'est pas fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 13 mars 2024 à 9h45.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante algérienne, née le 25 février 1983, a sollicité l'acquisition de la nationalité française par la voie de la naturalisation auprès des services du préfet de la Haute-Garonne, lequel a rejeté sa demande par décision du 5 novembre 2020. Mme B a exercé auprès du ministre de l'intérieur, conformément à l'article 45 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993, un recours administratif préalable obligatoire le 14 janvier 2021, lequel a confirmé la demande d'ajournement de la demande de Mme B à un an par une décision du 4 mai 2021. Par la présente requête, Mme B doit être regardée comme demandant l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du ministre':

2. Aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Aux termes de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 précité : " Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions () ". En vertu de ces dispositions, il appartient au ministre chargé des naturalisations de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la naturalisation ou la réintégration dans la nationalité française au ressortissant étranger qui la sollicite. Aux termes de l'article 21-16 du code civil : " Nul ne peut être naturalisé s'il n'a en France sa résidence au moment de la signature du décret de naturalisation ". Ces dispositions imposent à tout candidat à l'acquisition de la nationalité française de résider en France et d'y avoir fixé durablement le centre de ses intérêts familiaux et matériels. Pour apprécier si cette dernière condition est remplie, l'administration peut notamment se fonder, sous le contrôle du juge, sur la durée comme sur les perspectives de présence du postulant sur le territoire français et sur sa situation familiale.

3. Pour ajourner la demande d'acquisition de la nationalité française de Mme B, le ministre a considéré qu'elle n'avait pas fixé le centre de ses attaches familiales en France puisque son époux, M. D, ne résidait pas en France à la date de la décision attaquée

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme B, mariée avec M. D depuis le 23 décembre 2018, a sollicité le 18 avril 2019 le bénéfice du regroupement familial en sa faveur, qu'elle a obtenu par une décision du 20 mai 2020. S'il est constant qu'à la date de la décision préfectorale du 5 novembre 2020, M. D résidait bien à l'étranger, il a fait une demande de visa de long séjour auprès des autorités consulaires le 16 mars 2021, et est entré en France le 4 mai 2021 tel que le mentionne le récépissé de demande de carte de séjour établi par les services de la préfecture de la Haute-Garonne le 10 mai 2021. Ainsi, contrairement à ce qu'affirme le ministre en défense, M. D était bien présent sur le territoire français à la date de la décision attaquée, et quand bien même la postulante n'aurait pas tenu le ministre informé des démarches récentes qui auraient été effectuées quant au séjour de son époux en France, ainsi qu'il le fait valoir, il ressort des termes du recours hiérarchique de Mme B du 14 janvier 2021 qu'elle y faisait bien état d'une décision lui octroyant le bénéfice du regroupement familial le 20 mai 2020, et de ce que M. D avait obtenu un rendez-vous au consulat général de France à Alger le 29 novembre 2020 pour sa prise d'empreintes, démarche préalable à la délivrance d'un visa de long séjour. Ainsi, en maintenant l'ajournement à un an de la demande de naturalisation de Mme B au motif que, son conjoint résidant à l'étranger, elle ne pouvait être regardée comme ayant fixé en France, de manière stable, le centre de ses attaches familiales au sens des dispositions précitées, le ministre a commis une erreur manifeste d'appréciation.

5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du ministre de l'intérieur du 4 mai 2021 doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique seulement que la demande de naturalisation de Mme B soit réexaminée. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au ministre de l'intérieur de procéder à ce réexamen dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du ministre de l'intérieur du 4 mai 2021 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de procéder au réexamen de la demande de naturalisation de Mme B dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Mme B une somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 13 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Luc Martin, président,

M. David Labouysse,premier conseiller,

Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 avril 2024.

La rapporteure,

J-K. C

Le président,

L. MARTIN

La greffière,

V. MALINGRE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

V. MALINGRE

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