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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2107252

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2107252

mercredi 11 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2107252
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantKADDOURI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 juin 2021, Mme A C, représentée par Me Kaddouri, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 27 mai 2021 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Nantes a mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil qui lui avaient été accordées ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai de 7 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation administrative dans un délai de 2 mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration de l'intégration la somme de 1 800 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure car elle a été prise en méconnaissance du principe du contradictoire ;

- elle méconnait l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'elle ne tient pas compte de sa vulnérabilité ;

- elle méconnait l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er mars 2024, l'Office français de l'immigration de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 juillet 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 13 novembre 2024 à 10h00.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C, ressortissante guinéenne née le 12 mars 1998, est entrée en France irrégulièrement le 20 février 2020. Elle a déposé une demande d'asile auprès des services de la préfecture de Loire-Atlantique le 10 septembre 2020, qui l'ont placée en " procédure Dublin " suite à la consultation du fichier " Eurodac ". Le 11 septembre 2020, elle a accepté l'offre de prise en charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et a bénéficié des conditions matérielles d'accueil. Le préfet de Maine-et-Loire a pris un arrêté de reconduite d'office de l'intéressée vers l'Espagne le 17 novembre 2020. Le 4 mai 2021, l'OFII a informé Mme C de son intention de mettre fin aux conditions matérielles d'accueil. Par une décision du 27 mai 2021 dont la requérante demande l'annulation, la directrice territoriale à Nantes de l'OFII a mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

2. Aux termes de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors en vigueur : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues à l'article L. 744-1 est subordonné : / () 2° Au respect des exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. () ".

3. Par sa décision n° 428530, 428564 du 31 juillet 2019, le Conseil d'Etat, statuant au contentieux, a estimé que ces dispositions, dans leur rédaction issue de la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018, étaient partiellement incompatibles avec les objectifs de l'article 20 de la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013. Il a prononcé en conséquence l'annulation des dispositions des 12° et 14° de l'article 1er du décret n° 2018-1359 du 28 décembre 2018, pris pour l'application des dispositions des articles L. 744-7 et R. 744-9 du code. Le Conseil d'Etat a cependant considéré que cette incompatibilité n'avait pas, par elle-même, pour effet de faire rétroactivement disparaître ces dispositions. Il a alors fixé le cadre juridique d'examen par les autorités compétentes de la situation des personnes ayant demandé l'asile et bénéficié des conditions matérielles d'accueil dans l'attente de la modification des dispositions devant résulter de l'annulation prononcée. Ainsi, par le point 18 de sa décision précitée, le Conseil d'Etat a précisé les conditions dans lesquelles les autorités compétentes peuvent tirer des conséquences, sur ce bénéfice, du comportement de personnes ayant sollicité l'asile qui, après l'avoir obtenu, ne respectent pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment celles de se rendre aux entretiens, de se présenter aux autorités et de fournir les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. Il a indiqué qu'il reste possible à l'OFII, après examen de la situation particulière de l'intéressé, de prononcer la suspension du bénéfice des conditions matérielles d'accueil, après l'avoir mis, sauf impossibilité, en mesure de présenter ses observations, au motif notamment qu'il n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment de se présenter aux autorités. Si le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu, l'intéressé peut en demander le rétablissement à l'OFII, qui devra apprécier sa situation particulière à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles les obligations auxquelles il avait été consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil n'ont pas été respectées.

4. Il ressort des pièces du dossier que l'OFII a informé Mme C de son intention de suspendre le bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil par un courrier daté du 4 mai 2021 et lui a indiqué qu'elle disposait d'un délai de quinze jours pour faire parvenir ses observations. Il ressort des pièces du dossier que la requérante a reçu ce courrier, adressé en recommandé, le 18 mai 2021. Or, la décision attaquée a été prise le 27 mai 2021, avant le terme du délai dont disposait Mme C pour présenter ses observations. Celles-ci, formulées par son avocat dans un courrier daté du 25 mai 2021, reçu par l'OFII le 2 juin suivant, ont ainsi été privées de portée utile. Dans ces conditions, Mme C est fondée à soutenir que la décision attaquée a été prise en méconnaissance du principe du contradictoire, ce qui a privé la requérante d'une garantie, et qu'elle doit, dès lors, être annulée.

5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 27 mai 2021 de mettre fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil octroyées à Mme C doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

6. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique que l'OFII réexamine la situation de Mme C. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre à l'OFII de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Mme C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, qui est la partie perdante dans cette instance, la somme de 1 200 euros à verser à Me Kaddouri sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Conformément aux dispositions de ce dernier article, la perception de cette somme vaudra renonciation de cet avocat au versement de la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle qui a été accordée à la requérante.

D E C I D E:

Article 1er : La décision de l'OFII du 27 mai 2021 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à l'OFII de réexaminer la situation de Mme C dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'OFII versera à Me Kaddouri une somme de 1200 euros (mille deux cents) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à Me Kaddouri et à l'Office français de l'immigration de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 13 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Luc Martin, président,

Mme Claire Martel, première conseillère,

Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 décembre 2024.

La rapporteure,

J-K. B

Le président,

L. MARTIN

La greffière,

S. BARBERA

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

1

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