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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2107295

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2107295

mercredi 6 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2107295
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantMINAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 juin 2021, Mme B E A, née C, représentée par Me Minaud, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 19 novembre 2020 par laquelle le préfet de la Sarthe a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a pas été précédée de la saisine de la commission de titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 septembre 2024, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 décembre 2021.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport F El Mouats-Saint-Dizier a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B E A, née C le 17 mai 1985, est entrée en France en 2013 et a sollicité, pour la première fois en 2015, la délivrance d'un titre de séjour en raison de sa vie privée et familiale. Par une décision du 29 février 2016, le préfet de Val-de-Marne a rejeté sa demande. En 2019, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour qui a été refusé par le préfet de la Sarthe le 11 février 2020. Mme C a présenté une nouvelle demande de titre de séjour, que le préfet de la Sarthe a rejetée par une décision du 19 novembre 2020. Par sa requête, Mme C demande l'annulation de cette dernière décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision attaquée vise les dispositions de l'article L. 313-11, 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique à l'intéressée qu'elle n'est pas dépourvue d'attaches personnelles en République du Congo où résident notamment ses parents et trois de ses enfants mineurs. La décision comporte ainsi les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et est, par suite, suffisamment motivée.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" est délivrée de plein droit : / () / 7° A l'étranger, ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus. / () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme C est entrée en France en 2013 et y a épousé M. A, ressortissant congolais, le 26 avril 2014. Le couple a eu deux enfants nés les 8 janvier 2015 et 18 juillet 2016. Il ressort d'une ordonnance de non-conciliation rendue le 29 mai 2019 par la juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire du Mans que Mme C et M. A sont séparés depuis le 29 octobre 2018, date à laquelle l'intéressée a déposé une demande de divorce. Il ressort des termes de cette ordonnance que, si les parents exercent conjointement l'autorité parentale, les enfants sont sous la garde exclusive F C, le père disposant d'un droit de visite à raison d'un week-end par mois. Toutefois, Mme C n'apporte aucun élément de nature à démontrer que M. A contribue à l'éducation et à l'entretien de ses enfants, alors que l'ordonnance de non-conciliation précise que le père n'avait, à cette date, aucun contact avec ses enfants depuis près d'un an et n'avait pas manifesté la volonté de remédier à cette situation. De plus, il ressort des pièces du dossier que les trois enfants aînés F Mme C, mineurs, résident au Congo, sans que la requérante indique les liens que ces enfants auraient maintenus avec leur père. Dans ces circonstances, alors que Mme C ne soutient pas avoir exercé une activité professionnelle depuis son entrée en France, la requérante ne peut être regardée comme ayant établi le centre de ses intérêts et de ses attaches familiales en France. Par suite, le préfet n'a ni commis d'erreur d'appréciation au regard des dispositions précitées de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en refusant de délivrer un titre de séjour à Mme C.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " La commission [du titre de séjour] est saisie par l'autorité administrative lorsque celle-ci envisage de refuser de délivrer ou de renouveler une carte de séjour temporaire à un étranger mentionné à l'article L. 313-11 ou de délivrer une carte de résident à un étranger mentionné aux articles L. 314-11 et L. 314-12, ainsi que dans le cas prévu à l'article L. 431-3 ()". Il résulte de ces dispositions que le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour, lorsqu'il envisage de refuser un titre mentionné à l'article

L. 312-2, que du cas des étrangers qui remplissent effectivement l'ensemble des conditions de procédure et de fond auxquelles est subordonnée la délivrance d'un tel titre, et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent des articles auxquels les dispositions de cet article renvoient.

6. Il résulte de ce qui a été dit au point 4 du présent jugement que Mme C n'est pas au nombre des personnes étrangères pouvant obtenir de plein droit un titre de séjour sur le fondement des articles L. 313-11 et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le préfet de la Sarthe n'était pas tenu, en application de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité, de soumettre son cas à la commission du titre de séjour. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

8. Il résulte de ce qui a été dit au point 4 du présent jugement que les enfants F C issus de son union avec son ancien époux, nés les 8 janvier 2015 et 18 juillet 2016, ne sont plus en relation avec leur père. En outre s'ils sont scolarisés en France, ils n'étaient âgés que de cinq et quatre ans à la date de la décision contestée et, à défaut de toute circonstance particulière, cette décision ne fait pas obstacle à la poursuite normale de leur scolarité. Dès lors, par les pièces qu'elle produit, Mme C n'établit pas que la décision de refus de titre, qui n'a pas pour objet de la séparer de ses enfants, porte atteinte à leur intérêt supérieur. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre des frais de l'instance doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête F C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B E C, à Me Minaud et au préfet de la Sarthe.

Délibéré après l'audience du 16 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Rimeu, présidente,

M. Jégard, premier conseiller,

Mme El Mouats-Saint-Dizier, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 novembre 2024.

La rapporteure,

M. D

SAINT-DIZIER

La présidente,

S. RIMEULa greffière,

A. GOUDOU

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun

contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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