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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2107297

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2107297

vendredi 19 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2107297
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSMATI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 juin 2021, M. A B, représenté par Me Smati, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 avril 2021 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article L. 313-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours :

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;

- elle méconnaît l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français la prive de base légale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mai 2022, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. B a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 juillet 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention du 1er août 1995 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Sénégal sur la circulation et le séjour des personnes ;

- l'accord du 23 septembre 2006 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Sénégal relatif à la gestion concertée des flux migratoires et l'avenant à cet accord signé le 25 février 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mlle Wunderlich, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique du 24 juin 2022.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant sénégalais né le 10 août 1990, est entré en France le 14 septembre 2017 muni d'un visa de long séjour en qualité d'étudiant valable jusqu'au 14 septembre 2018. Sa carte de séjour étudiant a été régulièrement renouvelée jusqu'au 14 septembre 2020. Le 24 août 2020, il a une nouvelle fois sollicité du préfet de Maine-et-Loire le renouvellement de son titre de séjour. Sa demande a été rejetée -au double motif que l'intéressé ne justifie ni du caractère réel et sérieux des études suivies ni de ce qu'il dispose de ressources suffisantes- par arrêté du 30 avril 2021 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel l'intéressé pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée vise les stipulations conventionnelles et les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application et comporte des éléments relatifs à la situation personnelle de M. B sur lesquels le préfet s'est fondé pour lui refuser le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étudiant. Elle est, par suite, suffisamment motivée tant en droit qu'en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 313-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les dispositions sont reprises, depuis le 1er mai 2021, à l'article L. 422-1 du même code : " I.- La carte de séjour temporaire accordée à l'étranger qui établit qu'il suit en France un enseignement ou qu'il y fait des études et qui justifie qu'il dispose de moyens d'existence suffisants porte la mention "étudiant". (..) ". Les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux différents titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers en général et aux conditions de leur délivrance s'appliquent, ainsi que le rappelle l'article L. 111-2, alors applicable, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les dispositions sont reprises, depuis le 1er mai 2021, à l'article L. 110-1 : " sous réserve des conventions internationales ". Aux termes de l'article 9 de la convention franco-sénégalaise du 1er août 1995 : " Les ressortissants de chacun des États contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l'autre État doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi, ou d'une attestation d'accueil de l'établissement où s'effectue le stage, ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants. Les intéressés reçoivent un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite effective des études ou du stage et de la possession de moyens d'existence suffisants. (). " Et aux termes de l'article 13 de cette convention : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle a` l'application de la législation respective des deux Etats sur l'entrée et le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord ".

4. Il ressort des pièces du dossier qu'au soutien de sa demande M. B a produit, après qu'il lui a été demandé par le service instructeur de la compléter, des documents attestant de sa prise en charge financière par un tiers, lui-même étudiant, dont le préfet a estimé qu'il ne disposait pas de " ressources suffisantes pour pouvoir aider un autre étudiant ". L'intéressé fait valoir qu'il est en effet pris en charge par son frère, M. C B, né le 17 octobre 1970, conducteur super poids lourd domicilié à Saint-Chéron (Essonne) dont les revenus mensuels lui permettent de subvenir à ses besoins et produit à cet égard les copies d'une " attestation de prise en charge rédigée le 20 avril 2021 par l'intéressé, de l'avis d'impôt établi en 2020 relatif à l'impôt sur les revenus de 2019 du foyer fiscal de M. C B, composé de cinq personnes, faisant état d'un revenu fiscal de référence de 19 900 euros et d'un montant d'impôt à payer nul ainsi que de bulletins de salaire de février, mars et avril 2021 d'un montant mensuel d'environ 2 500 euros. Ces éléments ne sont à l'évidence pas de nature à établir, en l'absence de tout justificatif de versement actuel ou passé au bénéfice du requérant, que M. B dispose effectivement pour subvenir à ses besoins pendant la durée de son séjour en France d'au moins 615 euros par mois. Le préfet n'a ainsi pas méconnu les dispositions et stipulations citées au point 3 en refusant à M. B, au motif de ce que l'intéressé ne justifie pas de moyens d'existence suffisants, le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étudiant. Il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision s'il s'était fondé seulement sur ce motif.

5. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

6. Les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales sont, par elles-mêmes, sans incidence sur l'appréciation par l'administration de la réalité et du sérieux des études poursuivies par un étranger lors de l'instruction d'une demande de titre de séjour en qualité d'étudiant. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations est inopérant à l'encontre de la décision de refus de titre de séjour en qualité d'étudiant. Le préfet de Maine-et-Loire a, toutefois, examiné la situation de M. B au regard de sa vie privée et familiale.

7. M. B se prévaut de l'ancienneté de sa présence régulière sur le territoire français, où il prétend avoir désormais le centre de ses intérêts privés et familiaux, de l'investissement et du sérieux avec lesquels il a suivi ses études, de son adhésion spontanée aux valeurs de la République comme au fait qu'il demeure inconnu des services de police et de justice et fait valoir que son frère qui le prend en charge et réside régulièrement en France depuis 2018 constitue un repère pour lui. Toutefois, célibataire et sans charge de famille, il ne réside pas dans le même département que son frère -lequel, né en 1970, de nationalité italienne, a fondé son propre foyer- et ne justifie pas être dépourvu d'attaches personnelles dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-sept ans et où il a nécessairement conservé des attaches culturelles et linguistiques. Dans ces conditions, et en dépit de la motivation et de l'implication de l'intéressé dans la poursuite de ses études, le refus de séjour ne porte en tout état de cause pas au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale, protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, aux termes du I de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction antérieure à l'entrée en vigueur de l'ordonnance n° 2020-1733 du 16 décembre 2020 : " () La décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour dans les cas prévus aux 3° et 5° du présent I (). ". Le 3° du I de l'article précité est relatif à l'hypothèse où l'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour. Ainsi qu'il a été dit précédemment, la décision portant refus de titre de séjour est suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

9. En deuxième lieu, M. B n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant refus de séjour, il n'est pas fondé à s'en prévaloir, par la voie de l'exception, à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français.

10. En troisième et dernier lieu, le moyen, tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motif que ceux énoncés au point 7.

Sur la légalité de la décision fixant le délai de départ volontaire :

11. En premier lieu, M. B n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, il n'est pas fondé à s'en prévaloir, par la voie de l'exception, à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le délai de départ volontaire.

12. En second lieu, aux termes du II de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction antérieure à l'entrée en vigueur de l'ordonnance n° 2020-1733 du 16 décembre 2020 : " L'étranger auquel il est fait obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de l'obligation de quitter le territoire français. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. ".

13. Si M. B invoque l'impossibilité dans laquelle le met la décision litigieuse de poursuivre ses études, valider son année de master 1 et obtenir son diplôme à l'issue d'un master 2, alors qu'il aurait toutes les chances d'y parvenir, il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier qu'en n'accordant pas à l'intéressé un délai supérieur à trente jours pour quitter le territoire, le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

14. M. B n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, il n'est pas fondé à s'en prévaloir, par la voie de l'exception, à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.

15. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Smati et au préfet de Maine-et-Loire.

Délibéré après l'audience du 24 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mlle Wunderlich, présidente,

Mme Diniz, première conseillère,

Mme Louazel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 août 2022.

La présidente-rapporteure,

A.-C. WUNDERLICHL'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

I. DINIZLe greffier,

E. LE LUDEC

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

bg/ell

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