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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2107470

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2107470

mercredi 9 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2107470
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantBOURGEOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 5 juillet 2021 et le 31 mai 2024, Mme B A, représentée par Me Bourgeois, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 mars 2021 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure au regard de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle n'a pas été précédée de la réunion de la commission du titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur de fait;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de la menace pour l'ordre public qu'elle représente ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article L. 313-11, 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 février 2024, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 novembre 2021.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme El Mouats-Saint-Dizier a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante nigériane née le 15 mai 1982, est entrée en France en janvier 2003. Elle a été condamnée à une peine de six ans d'emprisonnement par un jugement du tribunal correctionnel de Rennes du 29 janvier 2016 et a été incarcérée du

17 octobre 2014 au 31 juillet 2017. Par la suite, Mme A a sollicité la délivrance d'un titre de séjour au titre de sa vie privée et familiale. Par une décision du 2 mars 2021, dont elle demande l'annulation, le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision attaquée vise les articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ainsi que les articles L. 313-11, 7° et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La décision rappelle que l'intéressée a sollicité l'asile à trois reprises, que ses demandes d'asile et de réexamen ont été rejetées en 2005, 2007 et 2010 et qu'elle est défavorablement connue des services de police et de la justice, qu'elle a été condamnée le 29 janvier 2016 par le tribunal correctionnel de Rennes à une peine de six ans d'emprisonnement et à une interdiction de séjour pour une durée de cinq ans pour des faits d'association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un délit, traite d'être humain commise à l'égard de plusieurs personnes et proxénétisme aggravé. La décision mentionne que l'intéressée n'apporte aucun élément attestant de sa présence sur le territoire pour l'année 2012 et pour le deuxième semestre de l'année 2013, qu'elle ne justifie d'aucune insertion socio-professionnelle et que son comportement est manifestement incompatible avec le respect de l'ordre public. Enfin, la décision précise que l'intéressée ne peut se prévaloir de liens personnels et familiaux sur le territoire français. La décision attaquée comporte ainsi les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et est, par suite suffisamment motivée.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors en vigueur : " L'autorité administrative est tenue de soumettre pour avis à la commission mentionnée à l'article L. 312-1 la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par l'étranger qui justifie par tout moyen résider en France habituellement depuis plus de dix ans. () ".

4. Mme A se prévaut de sa présence en France depuis 2003. Toutefois, comme le relève le préfet de la Loire-Atlantique dans la décision attaquée, l'intéressée ne justifie pas de sa résidence habituelle en France en 2012 et au second semestre de l'année 2013. Au surplus, la période d'incarcération de Mme A entre le 17 octobre 2014 et le 31 juillet 2017 ne peut être prise en compte dans le calcul de sa résidence habituelle en France. Dès lors, Mme A ne justifie pas d'une présence habituelle et continue depuis plus de dix ans à la date de la décision attaquée. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que la commission du titre de séjour aurait dû être consultée.

5. En troisième lieu, il ressort de la motivation de la décision attaquée que le préfet a procédé à un examen sérieux de la situation de Mme A.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction alors en vigueur : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 311-7 soit exigée. () ". Aux termes de l'article L. 313-14 du même code : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2. ". Enfin, aux termes de l'article L. 313-3 de ce code : " La carte de séjour temporaire ou la carte de séjour pluriannuelle peut, par une décision motivée, être refusée ou retirée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ".

7. Mme A, qui soutient résider en France depuis 2003, a donné naissance à un fils né d'un père français le 1er avril 2013 et à un fils né d'un ressortissant nigérian le 3 juillet 2020. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a été condamnée le 29 janvier 2016 à une peine de six ans d'emprisonnement et à une interdiction de séjour pour une durée de cinq ans pour des faits d'association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un délit, traite d'être humain commise à l'égard de plusieurs personnes et proxénétisme aggravé et qu'elle a été incarcérée entre 2014 et 2017. Depuis sa sortie de maison d'arrêt, en dépit des formations en langue française suivies par Mme A et de son activité ponctuelle au sein d'associations, la requérante ne soutient pas avoir travaillé et ne justifie pas d'attaches familiales, amicales ou professionnelles stables et intenses. Enfin, si son premier enfant est né en 2013 d'un père français, il ressort d'un jugement en assistance éducative du tribunal de grande instance de Nantes rendu le 11 décembre 2017 que ce fils aîné avait été confié aux services de l'aide sociale à l'enfant pendant l'incarcération de

Mme A et n'a jamais été en relation avec son père. Concernant le deuxième enfant, s'il ressort des pièces du dossier que le père a déjà rendu visite à son fils et fait des achats très ponctuels destinés à son entretien, les liens entre le père et l'enfant ne sont pas suffisamment établis pour caractériser la contribution de ce dernier à l'entretien et à l'éducation de son fils. Dans ces conditions, et compte tenu de la menace pour l'ordre public qu'elle représente au regard de ses précédentes condamnations, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas porté une atteinte excessive à la vie privée et familiale de Mme A en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni méconnu les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

8. En cinquième lieu, en présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'un titre portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et, à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'un titre de séjour portant la mention " salariée " ou " travailleuse temporaire ".

9. Il ressort de ce qui a été dit au point 7 du présent jugement que Mme A ne justifie pas de l'intensité et de la stabilité de liens personnels et familiaux qu'elle aurait noués depuis son entrée en France. Elle ne justifie non plus d'aucune activité professionnelle antérieure ou actuelle à la date de la décision attaquée. Dès lors, Mme A ne justifie pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le préfet de la

Loire-Atlantique n'a pas méconnu ces dispositions ni commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour.

10. En sixième lieu, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas commis d'erreur de fait en estimant que les éléments apportés par Mme A ne suffisaient pas à caractériser les liens établis entre le jeune fils de la requérante et son père. Il n'a pas non plus commis d'erreur de fait en retenant que cet enfant n'était pas scolarisé.

11. En dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

12. Il résulte de ce qui a été dit au point 7 du présent jugement que les enfants de Mme A vivent avec elle et que leurs pères ne contribuent pas à leur entretien et leur éducation. Par suite, dès lors que la décision attaquée n'a pour effet ni de séparer Mme A de ses enfants mineurs, ni d'éloigner ces enfants du territoire national, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas méconnu leur intérêt supérieur.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais de l'instance doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Bourgeois et au préfet de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 18 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Rimeu, présidente,

M. Jégard, premier conseiller,

Mme El Mouats-Saint-Dizier, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2024.

La rapporteure,

M. C

SAINT-DIZIER

La présidente,

S. RIMEULa greffière,

A. GOUDOU

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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