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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2107614

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2107614

mardi 9 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2107614
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBIKINDOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 7 juillet 2021 et le 9 septembre 2021, M. E D B, représenté par Me Bikindou, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 20 avril 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours hiérarchique contre la décision du 16 décembre 2020 par laquelle le préfet de l'Essonne avait ajourné à deux ans sa demande de naturalisation ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui octroyer la nationalité française dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement ;

M. D B soutient que :

- la compétence du signataire de la décision attaquée n'est pas établie ;

- la décision n'est pas suffisamment motivée ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article 21-16 du code civil ;

- la décision est entachée d'une erreur de fait ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 septembre 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Brémond, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D B, ressortissant cap-verdien, demande au tribunal d'annuler la décision du 20 avril 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours hiérarchique formé contre la décision du 16 décembre 2020 par laquelle le préfet de l'Essonne avait ajourné à deux ans sa demande de naturalisation et, à cet ajournement, a substitué une décision de rejet.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision ministérielle :

2. En premier lieu, conformément aux dispositions de l'article 1er du décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du Gouvernement, les sous-directeurs disposent de la délégation pour signer, au nom du ministre chargé des naturalisations, l'ensemble des actes relatifs aux affaires des services placés sous son autorité, à l'exception des décrets. Par un arrêté du 8 octobre 2020, publié au Journal officiel de la République française du 10 octobre 2020, M. C A, signataire de la décision attaquée, a été nommé sous-directeur de l'accès à la nationalité français à la direction générale des étrangers en France pour une durée de trois ans à compter du 8 octobre 2020. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque ainsi en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 49 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " Toute décision déclarant irrecevable, ajournant ou

rejetant une demande de naturalisation ou de réintégration dans la nationalité française prise en application du présent décret est motivée conformément à l'article 27 " du code civil et aux termes de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration : "'La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision°". La décision attaquée vise les articles 45 et 48 du décret du 30 décembre 1993 et mentionne les circonstances de faits propres à la situation du postulant. Ainsi cette décision comporte-t-elle, avec suffisamment de précision, l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle est fondée. Par suite, elle est suffisamment motivée et satisfait aux exigences de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 21-16 du code civil : " Nul ne peut être naturalisé s'il n'a en France sa résidence au moment de la signature du décret de naturalisation ".

5. Monsieur D B soutient qu'il a établi en France le centre de ses intérêts professionnels et familiaux. Toutefois, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 21-16 du code civil est inopérant dès lors que la décision attaquée, qui ne déclare pas irrecevable la demande de naturalisation, se fonde sur les dispositions des articles 45 et 48 du décret du 30 décembre 1993.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Aux termes de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 : " () Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. Ce délai une fois expiré ou ces conditions réalisées, il appartient à l'intéressé, s'il le juge opportun, de déposer une nouvelle demande ". En vertu de ces dispositions, il appartient au ministre de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la nationalité française à l'étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte toutes les circonstances de l'affaire, y compris celles examinées pour statuer sur la recevabilité de la demande. Il peut également prendre en compte les renseignements défavorables recueillis sur le comportement du requérant.

7. Pour rejeter la demande d'acquisition de la nationalité française de M. D B, le ministre de l'intérieur s'est fondé sur les motifs tirés de ce que, d'une part, l'intéressé n'avait pas établi en France de manière pérenne l'ensemble de ses attaches familiales et, d'autre part, il a fait l'objet d'une procédure pour faux ou usage de faux document administratif le 13 septembre 2013 à Juvisy sur Orge ayant donné lieu à un classement sans suite après régularisation sur demande du parquet.

8. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. D B est père d'un enfant né en août 2020 au Cap Vert, postérieurement à la constitution de sa cellule familiale en France. M. D B n'a pas sollicité, à la date de la décision attaquée, de regroupement familial au profit de cet enfant, qui vivait alors dans son pays d'origine avec sa mère. Dans ces conditions, même s'il déclare disposer d'une situation professionnelle stable et maîtriser la langue et la culture française, il ne peut pas être regardé comme ayant fixé en France le centre de ses intérêts matériels et familiaux. Dès lors, eu égard au large pouvoir d'appréciation dont il dispose pour accorder la nationalité française à l'étranger qui la sollicite, le ministre a pu, sans entacher sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation, se fonder sur ce motif pour rejeter la demande de naturalisation.

9. D'autre part, il ressort aussi des pièces du dossier que la procédure dont a fait l'objet M. D B pour faux ou usage de faux documents administratifs a donné lieu à un classement sans suite au motif que la régularisation de la situation est intervenue à la demande du parquet. Ce motif indique qu'a été mise en œuvre une procédure alternative aux poursuites, prévue par les dispositions du 3° de l'article 41-1 du code de procédure pénale et permettant au procureur de la République de demander à l'auteur des faits de régulariser sa situation au regard de la loi ou des règlements. Dès lors, cet élément est suffisant pour établir les faits reprochés à M. D B, en l'absence d'élément contraire apporté par l'intéressée, qui se borne à soutenir qu'il n'a pu présenter le certificat d'immatriculation d'un véhicule lors d'un contrôle de police. En outre, ces faits n'étaient ni exagérément anciens à la date de la décision attaquée, ni dénués d'une certaine gravité. Il en résulte que le ministre de l'intérieur a pu, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation ni d'erreur de fait, rejeter la demande de naturalisation de l'intéressé également pour ce motif.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. D B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision ministérielle attaquée. Les conclusions à fin d'injonction ne peuvent, dans ces conditions, être accueillies.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E D B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 19 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Durup de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

M. Brémond, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 janvier 2024.

Le rapporteur,

E. BRÉMOND

Le président,

A. DURUP DE BALEINELa greffière,

J. DIONIS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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