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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2107645

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2107645

mercredi 11 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2107645
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantCABINET DGR AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de M. A B, ressortissant irakien, qui contestait l'arrêté du préfet de Maine-et-Loire fixant l'Irak comme pays de destination de son éloignement, consécutif à une interdiction judiciaire du territoire français. Le requérant invoquait une méconnaissance de l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme en raison des risques de persécution dans son pays d'origine. Le tribunal a jugé que l'autorité administrative était tenue d'exécuter la peine d'interdiction du territoire, sous réserve que la décision fixant le pays de renvoi n'expose pas l'intéressé à des traitements contraires à l'article 3 de la CESDH. La solution retenue est le rejet de la demande d'annulation, le moyen n'étant pas fondé.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 juillet 2021, M. C A B, représenté par Me Jeanneteau, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n°2021-1712 du 16 juin 2021 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a fixé le pays à destination duquel il serait éloigné en conséquence de la condamnation judiciaire d'interdiction pour une durée de dix ans du territoire français dont il a fait l'objet ;

2°) d'enjoindre au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que l'arrêté a été pris en méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales compte tenu des risques de persécution.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 mai 2022, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que le moyen soulevé par M. A B n'est pas fondé.

Par une ordonnance du 3 octobre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 21 octobre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 13 novembre 2024 à 10h00.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A B, ressortissant irakien, né le 1er octobre 1984, déclare être entré irrégulièrement en France le 4 avril 2008. Par un arrêt du 9 décembre 2014, la cour d'appel de Rennes a prononcé à l'encontre de M. A B une peine de six ans d'emprisonnement, assortie d'une interdiction judiciaire du territoire français pour une durée de dix ans. M. B A a, par la suite, sollicité l'asile auprès de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides, lequel a rejeté sa demande par une décision du 13 janvier 2021. Par un arrêté n°2021-1712, le préfet de Maine-et-Loire a fixé l'Irak comme pays de destination de cette mesure d'éloignement. Par la présente requête, M. A B sollicite l'annulation de cette décision.

2. Aux termes de l'article L. 641-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " La peine d'interdiction du territoire français susceptible d'être prononcée contre un étranger coupable d'un crime ou d'un délit est régie par les dispositions des articles 131-30, 131-30-1 et 131-30-2 du code pénal ". Aux termes de l'article 131-30 du code pénal, auquel renvoie l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'elle est prévue par la loi, la peine d'interdiction du territoire français peut être prononcée, à titre définitif ou pour une durée de dix ans au plus, à l'encontre de tout étranger coupable d'un crime ou d'un délit./ L'interdiction du territoire entraîne de plein droit la reconduite du condamné à la frontière, le cas échéant, à l'expiration de sa peine d'emprisonnement ou de réclusion./ Lorsque l'interdiction du territoire accompagne une peine privative de liberté sans sursis, son application est suspendue pendant le délai d'exécution de la peine. Elle reprend, pour la durée fixée par la décision de condamnation, à compter du jour où la privation de liberté a pris fin. " L'article L. 541-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers en France, alors applicable, dispose : " les dispositions du dernier alinéa de l'article L. 214-4, de l'article L. 513-2, du premier alinéa de l'article L. 513-3 et des articles L. 513-5 et L. 561-1 sont applicables à la reconduite à la frontière des étrangers faisant l'objet d'une interdiction du territoire, prévue au deuxième alinéa de l'article 131-30 du code pénal. " Aux termes de l'article L. 513-2 du même code : " L'étranger qui fait l'objet d'une mesure d'éloignement est éloigné : 1° A destination du pays dont il a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu le statut de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Ou, en application d'un accord ou arrangement de réadmission communautaire ou bilatéral, à destination du pays qui lui a délivré un document de voyage en cours de validité ; / 3° Ou, avec son accord, à destination d'un autre pays dans lequel il est légalement admissible./ Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. " Enfin, aux termes du premier alinéa de son article L. 513-3 : " la décision fixant le pays de renvoi constitue une décision distincte de la mesure d'éloignement elle-même. ".

3. Aussi longtemps que la personne condamnée n'a pas obtenu de la juridiction qui a prononcé la condamnation pénale le relèvement de la peine d'interdiction du territoire, l'autorité administrative est tenue de pourvoir à son exécution, sous réserve que la décision fixant le pays de renvoi n'expose pas l'intéressé à être éloigné à destination d'un pays dans lequel sa vie ou sa liberté seraient menacées, ou dans lequel il serait exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. Ainsi, la fixation du pays à destination duquel M. A B sera reconduit est la conséquence nécessaire de l'interdiction du territoire français prononcée par le juge pénal le 9 décembre 2014 par la cour d'appel de Rennes, qui emporte de plein droit cette mesure, que le préfet était ainsi tenu de prononcer. Si M. A B soutient qu'il craint d'être assassiné en cas de retour en Irak et, en particulier, dans sa région de naissance à Mossoul, lui-même et sa famille ayant soutenu Saddam Hussein, il n'apporte aucun élément de nature à établir ses allégations et qu'il serait exposé personnellement, en cas de retour dans son pays d'origine, à des risques de traitements inhumains ou dégradants. Par conséquent, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

5. Il résulte de tout ce qui précède que M. A B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté qu'il conteste. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B et au préfet de Maine-et-Loire.

Délibéré après l'audience du 13 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Luc Martin, président,

Mme Claire Martel, première conseillère,

Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 décembre 2024.

La rapporteure,

J-K D

Le président,

L. MARTIN La greffière,

S. BARBERA

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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