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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2107809

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2107809

vendredi 8 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2107809
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantBOEZEC CARON BOUCHE AVOCATS ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 13 juillet 2021 et 4 novembre 2021, M. G F, représenté par Me Boezec, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 juin 2021 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque ce délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et à titre subsidiaire de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée et elle n'a pas été précédée de l'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, modifié ;

- elle méconnait l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les termes de la circulaire ministérielle du 28 novembre 2012 ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3, paragraphe 1, de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle et familiale;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée et elle n'a pas été précédée de l'examen de sa situation personnelle ;

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle et familiale et elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 6-5 de l'accord franco-algérien et l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 mai 2022, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. F a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 décembre 2021.

Les parties ont été informées par lettre du 25 mai 2022, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office, tiré de ce que les dispositions de l'article L. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile étant inapplicables aux ressortissants algériens, il y avait lieu de procéder à une substitution de base légale afin de fonder la décision attaquée sur le pouvoir général de régularisation dont dispose le préfet même en l'absence de texte, lequel offre des garanties équivalentes à l'intéressé.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles, modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et son décret d'application n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Livenais, président-rapporteur,

- et les observations de Me Beaudoin, substituant Me Boezec, représentant M. F.

Considérant ce qui suit :

1. M. G F, ressortissant algérien né le 14 juin 1983, est entré en France le 30 août 2017, sous couvert d'un visa de court séjour. Il a fait l'objet d'une décision de refus de titre de séjour le 7 mars 2019 qui a cependant été retirée par une décision préfectorale du 28 septembre 2020. M. F a, par la suite, sollicité du préfet de la Loire-Atlantique la délivrance d'un titre de séjour fondé sur l'article 6-5 de l'accord franco-algérien. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 11 juin 2021 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré. M. F demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé, pour le préfet de la Loire-Atlantique, par Mme E, directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture de la Loire-Atlantique. Par un arrêté du 17 mars 2021, publié au recueil des actes administratifs du 18 mars 2021 de la préfecture de la Loire-Atlantique du même jour, le préfet lui a accordé délégation à l'effet de signer notamment les refus de séjour, les décisions portant obligation de quitter le territoire français et les décisions fixant le pays de renvoi. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient M. F, la décision attaquée énonce, avec une précision suffisante, les stipulations conventionnelles et les dispositions légales qui la fondent, en particulier l'article 6-5 de l'accord franco-algérien et l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il indique également les éléments propres à la situation de fait de M. F justifiant que sa demande de titre de séjour soit rejetée, qu'il lui soit fait obligation de quitter le territoire français à destination de son pays d'origine et qu'il soit astreint à une obligation de présentation régulière auprès des services de police. Il est, ainsi, suffisamment motivé. Cette motivation suffisante établit, en outre, que le préfet s'est livré à l'examen de la situation personnelle de l'intéressé avant de prendre à son encontre la décision de refus de titre de séjour en litige.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien () dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. F ne séjournait en France que depuis près de quatre ans à la date de la décision attaquée, sans d'ailleurs justifier de la continuité de ce séjour. S'il fait état de la présence sur le territoire national de son épouse, Mme H, et de leurs enfants mineurs, les jeunes J C D, B et A F, ces deux derniers étant d'ailleurs nés sur le territoire français en 2015 et 2018, il n'est pas sérieusement contesté que Mme H séjourne elle-même irrégulièrement sur le territoire français, de sorte que la cellule familiale, compte tenu en particulier de l'âge et du niveau de scolarité des enfants du requérant, peut se reconstituer en Algérie, pays dont Mme H a également la nationalité, sans qu'y fassent obstacle la circonstance que deux des enfants mineurs du requérant souffrent d'asthme, ni celle que les parents de Mme H sont établis sur le territoire français. Par ailleurs, la circonstance qu'il a exercé divers emplois et qu'il est bénéficiaire d'une promesse d'embauche au sein de la boulangerie-pâtisserie " Chez Mouss " n'est pas, par elle-même, de nature à faire regarder l'intéressé comme ayant durablement fixé en France le centre de ses intérêts personnels et familiaux. Dans ces conditions, M. F n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Loire-Atlantique aurait fait une inexacte application des stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, modifié.

6. En quatrième lieu, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux différents titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers en général et aux conditions de leur délivrance s'appliquent, ainsi que le rappelle l'article L. 110-1 du même code, sous réserve des conventions internationales. En ce qui concerne les ressortissants algériens, les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent d'une manière complète les conditions dans lesquelles ils peuvent être admis à séjourner en France et à y exercer une activité professionnelle, les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, ainsi que les conditions dans lesquelles leurs conjoints et leurs enfants mineurs peuvent s'installer en France. Les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable à la date de la décision attaquée, relatives aux conditions de délivrance d'un titre de séjour, ne sont, dès lors, pas applicables aux ressortissants algériens.

7. Si l'accord franco-algérien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient alors au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation. Le pouvoir discrétionnaire de régularisation dont dispose le préfet à l'égard d'un étranger sollicitant son admission au séjour qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour peut ainsi être substitué à l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile comme base légale de l'arrêté attaqué, dès lors que cette substitution de base légale ne prive le requérant d'aucune garantie et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation dans l'exercice de son pouvoir général de régularisation que lorsqu'elle examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 précité.

8. Ainsi qu'il vient d'être dit, M. F, au regard de sa situation personnelle et familiale et notamment de la durée de son séjour en France et des conditions du séjour de son épouse et de ses enfants mineurs, ainsi que de la promesse d'embauche dont il fait état, ne peut être regardé comme justifiant de l'existence de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels qui auraient justifié que le préfet de la Loire-Atlantique, dans le cadre du pouvoir de régularisation générale qu'il exerce même en l'absence de texte, lui délivrer un certificat de résidence. Il y a lieu, par suite et dans la mesure où le préfet a fait à tort application à M. F des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de procéder à la substitution de base légale précitée.

9. En cinquième lieu, M. F ne peut utilement se prévaloir des termes de la circulaire ministérielle du 28 novembre 2012 qui sont dépourvus de caractère réglementaire et constituent seulement des orientations générales adressées par le ministre aux préfets pour les éclairer dans la mise en œuvre de leur pouvoir de régularisation, ces autorités administratives disposant d'un pouvoir d'appréciation pour prendre une mesure au bénéfice de laquelle la personne intéressée ne peut faire valoir aucun droit, de telle sorte que cette circulaire ne comporte pas de lignes directrices dont l'intéressé pourrait utilement se prévaloir devant le juge et ne comporte pas davantage une interprétation du droit positif ou d'une règle qu'il pourrait invoquer sur le fondement des articles L. 312-2 et L. 312-3 du code des relations entre le public et l'administration.

10. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Pour les mêmes motifs de fait que ceux exposés aux points précédents, M. F n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté préfectoral méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. En septième et dernier lieu, l'intérêt supérieur des enfants de M. F résidant dans le maintien de la cellule familiale qu'ils composent avec leurs parents et qui, ainsi qu'il a été dit, peut se reconstituer en Algérie, la décision attaquée ne porte pas atteinte aux droits garantis par les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

12. En premier lieu, et pour les mêmes motifs que ceux rappelés au point 2 du présent jugement, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.

13. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. ". Le 3° de l'article précité est relatif à l'hypothèse où l'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour. Ainsi qu'il a été dit précédemment, la décision portant refus de renouvellement titre de séjour est suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

14. En troisième et dernier lieu, il résulte de ce qui vient d'être dit que l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'est pas établie. Par suite, le moyen tiré de cette illégalité, invoqué par M. F à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté. Pour les mêmes motifs de fait, il y a également lieu d'écarter, à supposer qu'ils soient directement invoqués à l'encontre de la décision portant éloignement et qu'ils soient opérants, l'ensemble des moyens de légalité interne invoqués contre la décision portant refus de certificat de résidence.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

15. En premier lieu, et pour les mêmes motifs de fait que ceux rappelés précédemment, il y a également lieu d'écarter l'ensemble des moyens de légalité interne invoqués contre la décision portant refus de certificat de résidence et la décision portant obligation de quitter le territoire français en ce qu'ils sont invoqués contre la décision fixant le pays de destination, et notamment les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

16. En second lieu, il résulte de ce qui vient d'être dit que l'illégalité de la décision portant éloignement n'est pas établie. Par suite, le moyen tiré de cette illégalité, invoqué par M. F à l'encontre de la décision fixant son pays de destination ne peut qu'être écarté.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. F doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et d'astreinte et la demande présentée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D É C I D E:

Article 1er : La requête de M. F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. G F, à Me Boezec, et au préfet de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 3 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Livenais, président,

Mme Rosemberg, première conseillère,

M. Huin, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2022.

Le président-rapporteur,

Y. LIVENAIS

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

V. ROSEMBERGLe greffier,

Y. LECLERC

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

mt

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