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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2107896

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2107896

jeudi 24 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2107896
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantSELARL CORNET VINCENT SEGUREL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, respectivement enregistrés le 15 juillet 2021 et les 15 et 25 mars 2024, M. A B, représenté par Me Lefèvre, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 12 mai 2021 par laquelle la directrice de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) Ernest Guérin lui a infligé la sanction disciplinaire de la révocation ;

2°) d'enjoindre à la directrice de l'EHPAD Ernest Guérin de le réintégrer à compter du 1er juin 2021 et de procéder à la reconstitution de sa carrière ;

3°) de mettre à la charge de l'EHPAD Ernest Guérin la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article 9 du décret n° 89-822 du 7 novembre 1989 dès lors qu'il n'est pas démontré que l'autorité ayant le pouvoir disciplinaire aurait informé le conseil de discipline des motifs de la sanction attaquée ni qu'elle lui aurait notifié cette dernière ;

- elle méconnait les dispositions de l'article 12 de ce même décret et les dispositions de l'article 17 du décret n° 2012-739 du 9 mai 2012 dès lors qu'il n'a pas été invité à saisir le conseil supérieur de la fonction publique hospitalière ;

- elle a été prise en violation du principe des droits de la défense, en méconnaissance des dispositions des articles L. 137-4 et L. 532-4 du code général de la fonction publique et de l'article 65 de la loi du 22 avril 1905 dès lors que les comptes rendus d'entretiens réalisés dans la cadre de l'enquête administrative n'ont pas été portés à sa connaissance ;

- elle est fondée sur des faits matériellement inexacts, est entachée d'une erreur dans la qualification juridique des faits et d'une erreur d'appréciation ; la sanction est disproportionnée.

Par deux mémoires en défense, respectivement enregistrés le 12 mai 2023 et le 30 septembre 2024, l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes Ernest Guérin, représenté par Me Marchand, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article 17 du décret du 9 mai 2012 et de l'article 9 du décret du 7 novembre 1989 sont inopérants ;

- aucun des autres moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi du 22 avril 1905 ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n° 89-822 du 7 novembre 1989 ;

- le décret n° 2012-739 du 9 mai 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Baufumé, première conseillère,

- les conclusions de Mme Le Lay, rapporteure publique,

- et les observations de Me Larre, substituant Me Lefèvre et représentant M. B, et de Me Couëtoux Dutertre, substituant Me Marchand et représentant l'EHPAD Ernest Guérin.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, agent des services hospitaliers titulaire au sein de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) Ernest Guérin de Saint-Jean-de-Monts (Vendée) depuis 1er octobre 2004, y a exercé des fonctions d'auxiliaire de vie, au sein de différentes unités. M. B a fait l'objet, le 9 mars 2021, d'une suspension à titre conservatoire. Le conseil de discipline, après s'être réuni le 6 mai 2021, n'est pas parvenu à trouver un accord sur une sanction. La présidente du conseil de discipline a proposé qu'aucune sanction ne soit prononcée à l'encontre de l'intéressé. Toutefois, par une décision du 12 mai 2021, la directrice de l'EHPAD Ernest Guérin a prononcé, à l'encontre du requérant, la sanction disciplinaire de la révocation à compter du 1er juin 2021. M. B demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 29 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, en vigueur à la date de la décision attaquée : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale ". Aux termes de l'article 81 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière, alors en vigueur : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes : / Premier groupe : L'avertissement, le blâme, l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de trois jours ; / Deuxième groupe : La radiation du tableau d'avancement, l'abaissement d'échelon à l'échelon immédiatement inférieur à celui détenu par l'agent, l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de quatre à quinze jours ; / Troisième groupe : La rétrogradation au grade immédiatement inférieur et à l'échelon correspondant à un indice égal ou, à défaut, immédiatement inférieur à celui afférent à l'échelon détenu par l'agent, l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de seize jours à deux ans ; / Quatrième groupe : La mise à la retraite d'office, la révocation ".

3. Il incombe à l'autorité investie du pouvoir disciplinaire d'établir les faits sur le fondement desquels elle inflige une sanction à un agent public. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

4. Il ressort des termes de la décision attaquée que l'EHPAD Ernest Guérin fait grief à M. B, d'une part, d'avoir fait preuve d'un comportement brutal et inadapté à l'égard d'un résident en distribuant à ce dernier tardivement et sans ménagement ses médicaments et en faisant preuve d'un comportement dédaigneux et incorrect à son encontre, d'autre part, d'avoir, le 19 février 2021, tenu des propos scatologiques, choquants et dégradants dans un contexte grave de viol entre résidents et, enfin, d'avoir un comportement inadapté avec ses collègues et de tenir des propos déplacés et intimidants.

5. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment du compte-rendu de l'entretien ayant eu lieu entre la directrice de l'EHPAD et M. B le 9 mars 2021, mais également des écritures de M. B dans la présente requête, que ce dernier, tout en indiquant avoir souhaité " détendre l'atmosphère ", ne conteste pas avoir, le 19 février 2021, tenu des propos déplacés à l'occasion des transmissions ayant abordé des faits de viol entre deux résidents. Il s'ensuit que la matérialité de ces faits est établie.

6. Par ailleurs, si M. B soutient qu'il n'a pas de comportement déplacé avec ses collègues et s'il ressort des pièces du dossier, notamment des très nombreuses attestations produites par l'intéressé et émanant de vingt-cinq de ses collègues, actuels ou anciens, que la majorité de ces derniers entretenaient de bonnes voire très bonnes relations avec l'intéressé, il en ressort également que certains ont souligné que le requérant pouvait être maladroit, " sans filtre ", " trop spontané " avec ses collègues, notamment à l'occasion des transmissions. Il ressort par ailleurs des feuilles d'évaluation de M. B, notamment au titre des années 2018 et 2020, que ce dernier a été invité à faire preuve de plus de coopération, cohésion et bienveillance à l'égard de ses collègues. Il est, par suite, établi que l'intéressé a pu avoir un comportement inadapté avec ses collègues.

7. En revanche, il ressort également des pièces du dossier, notamment du rapport d'enquête administrative réalisée par la direction de l'EHPAD et fondant la sanction, mais également des très nombreux témoignages produits par M. B et émanant de collègues mais également d'une dizaine de membres de familles de résidents, que le requérant était un professionnel à l'écoute, chaleureux, attentionné et particulièrement apprécié de ces derniers. S'il ressort des pièces du dossier qu'un résident s'est plaint à son fils et à la direction de l'EHPAD du comportement de M. B, il ressort des témoignages susmentionnés que ce résident, atteint de la maladie de Parkinson, ne s'était auparavant jamais plaint du requérant, qu'il pouvait se montrer difficile avec les employés de l'EHPAD, notamment s'agissant de la prise de ses médicaments, les " tester " et qu'il était devenu, de manière récente, plus exigeant. Il résulte de ce qui précède que les faits relatifs au comportement brutal et inadapté que M. B aurait eu au détriment de ce résident ne peuvent être considérés comme établis.

8. Il résulte de ce qui précède que seuls les propos déplacés, tenus par M. B le 19 février 2021 devant ses collègues, et le comportement parfois inadapté du requérant à l'égard de ces derniers sont établis. Il en résulte également qu'ils constituent un manquement à ses obligations professionnelles, présentent un caractère fautif et sont, dès lors, de nature à justifier une sanction disciplinaire.

9. Toutefois, et en second lieu, il résulte également de ce qui précède, eu égard au degré de gravité des manquements commis par M. B, qui, pour regrettables qu'ils soient, ne peuvent à eux seuls justifier le prononcé d'une sanction de révocation, sanction la plus grave dans l'échelle prévue par l'article 81 de la loi du 9 janvier 1986 susvisée, que la sanction adoptée par la directrice de l'EHPAD Ernest Guérin, aux termes de la décision attaquée, est disproportionnée.

10. Il s'ensuit, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Le présent jugement implique nécessairement, eu égard à ses motifs, d'enjoindre à l'EHPAD Ernest Guérin de réintégrer juridiquement M. B dans ses fonctions à compter du 1er juin 2021, avec toutes les conséquences de droit, et notamment la reconstitution de sa carrière. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre à la directrice de l'établissement de procéder à cette réintégration dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

12. Il y a lieu, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de l'EHPAD Ernest Guérin, qui est la partie perdante dans la présente instance, la somme de 2 000 euros au titre des frais exposés par M. B.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du 12 mai 2021 par laquelle la directrice de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes Ernest Guérin a infligé à M. B la sanction disciplinaire de la révocation est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la directrice de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes Ernest Guérin de réintégrer juridiquement M. B dans ses fonctions à compter du 1er juin 2021 avec toutes les conséquences de droit dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent arrêt.

Article 3 : L'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes Ernest Guérin versera à M. B la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la directrice de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes Ernest Guérin.

Délibéré après l'audience du 27 mars 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

M. Hannoyer, premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 avril 2025.

La rapporteure,

A. BAUFUMÉ

La présidente,

M. BÉRIA-GUILLAUMIELa greffière,

B. GAUTIER

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et de la famille en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

fm

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