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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2107943

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2107943

lundi 15 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2107943
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSELARL DESMARS BELONCLE BARZ CABIOCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 juillet 2021, M. B A, représenté par Me Cabioch, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 26 mai 2021 par laquelle le directeur de la maison d'arrêt de Nantes a procédé à la retenue de son matériel informatique ;

2°) d'enjoindre à l'administration pénitentiaire de lui restituer son ordinateur à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- la procédure de contrôle ayant précédée cette décision est intervenue irrégulièrement dès lors qu'il a été privé de toute garantie ;

- elle méconnaît la liberté d'expression et de communication protégée par l'article 11 de la Déclaration des droits de l'Homme et du citoyen, ainsi que le droit à l'instruction et au travail garantis par le préambule de la Constitution de 1946 ;

- elle est disproportionnée.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 mars 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête. Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution, et notamment son préambule ;

- le code de procédure pénale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Martel,

- et les conclusions de M. Vauterin, rapporteur public,

Considérant ce qui suit :

1. M. A, écroué depuis le 3 juin 2014, a été incarcéré au centre pénitentiaire de Nantes du 23 novembre 2020 au 4 avril 2023. Par une décision du 26 mai 2021, dont l'intéressé demande l'annulation, le directeur du centre pénitentiaire de Nantes a procédé à la retenue définitive de son ordinateur.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent.

A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

3. La décision litigieuse du 26 mai 2021 prise pour des " raisons d'ordre et de sécurité ", présente le caractère d'une mesure de police devant être motivée. Elle vise notamment les dispositions de l'article D. 449-1 du code de procédure pénale, lesquelles étaient alors abrogées, ainsi que les dispositions de l'article L. 57-7-3 4° du code de procédure pénale sans rapport avec la mesure litigieuse. Si ces dispositions ne pouvaient fonder la décision contestée, celle-ci vise également l'article R. 57-6-18 du code de procédure pénale relatif aux règlements intérieurs des établissements pénitentiaires, ainsi que l'article 19 VII figurant à l'annexe de l'article R. 57-6-18 relatifs au contrôle par l'administration du matériel informatique à disposition des détenus et précisant les motifs de retenue dont elle fait application. Elle mentionne, en outre, les circonstances de fait propres à la situation de M. A. Ainsi, cette décision comporte-t-elle, avec suffisamment de précision, les considérations utiles de droit et de fait sur lesquelles elle est fondée. Par suite, elle est suffisamment motivée et satisfait aux exigences de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 19 VII du règlement intérieur type annexé à l'article R. 57-6-18 du code de procédure pénale, en vigueur à la date de la décision attaquée : " Ces équipements ainsi que les données qu'ils contiennent sont soumis au contrôle de l'administration. Sans préjudice d'une éventuelle saisie par l'autorité judiciaire, tout équipement informatique appartenant à une personne détenue peut être retenu et ne lui être restitué qu'au moment de sa libération, dans les cas suivants : / 1° Pour des raisons d'ordre et de sécurité ; / 2° En cas d'impossibilité d'accéder aux données informatiques, du fait volontaire de la personne détenue. ". Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 () sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ".

5. D'une part, il résulte des dispositions précitées de l'article 19 VII que l'administration pénitentiaire peut procéder à des mesures de contrôle du matériel informatique sans avoir à justifier d'un motif préalable. Par ailleurs, M. A ne justifie ni même n'allègue avoir vainement sollicité les documents relatifs au contrôle de son ordinateur. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que préalablement à l'édiction de la décision contestée, les motifs susceptibles de fonder une décision de retenue ont été portés à la connaissance de M. A, et celui-ci a été mis en mesure de présenter ses observations orales ou écrites et a été informé de son droit à être assisté de son avocat. Ainsi, le 23 mars 2021, il a présenté des observations écrites et a indiqué souhaiter présenter des observations orales et être assisté à cette occasion de son avocat. Il a ainsi été entendu le 10 mai 2021. En outre, est inopérant, dès lors que la décision contestée a la nature d'un acte administratif, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 6-1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière.

6. En dernier lieu, d'une part, aux termes de l'article 11 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen à laquelle renvoie le préambule de la Constitution de 1958 : " La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi. " Aux termes du 13ème alinéa du préambule de la Constitution de 1946, auquel renvoie celui de la Constitution : " La Nation garantit l'égal accès de l'enfant et de l'adulte à l'instruction, à la formation professionnelle et à la culture () ".

7. D'autre part, aux termes de l'article 3.3. de la circulaire ministérielle du 13 octobre 2009 : " A l'exception du lecteur de disquette, toutes les technologies permettant d'enregistrer ou d'envoyer des informations numériques vers l'extérieur de l'ordinateur sont interdites. "

8. Il ressort des dispositions de la circulaire du 13 octobre 2009, et notamment de son article 3.3 précité, que le matériel informatique dont les détenus peuvent avoir la disposition ne peut, en tout état de cause, leur permettre de communiquer vers l'extérieur. Dès lors, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse portant retenue de son ordinateur aurait eu, par elle-même, pour effet de porter atteinte à son droit à communiquer librement. En outre, l'intéressé conserve la possibilité d'entretenir une correspondance manuscrite avec l'extérieur, et notamment avec son avocat. Par ailleurs, M. A ne précise pas en quoi la décision qu'il conteste porterait atteinte à son droit au travail et à l'instruction. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision du 26 mai 2021 porte une atteinte disproportionnée à sa liberté d'expression et de communication et au droit à l'instruction et au travail au regard des nécessités de défense de l'ordre et de la sécurité au sein des établissements pénitentiaires.

9. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision qu'il conteste. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Cabioch et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 2 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cantié, président,

Mme Martel, première conseillère,

M. Delohen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juillet 2024.

La rapporteure,

C. MARTEL

Le président,

C. CANTIE La greffière,

F. MERLET

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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