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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2108036

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2108036

mercredi 28 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2108036
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation7ème Chambre
Avocat requérantMOUTEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 juillet 2021, M. A B, représenté par Me Moutel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 août 2019 par lequel le préfet de la Sarthe a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour mentions " salarié " ou " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans un délai de deux mois, et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros à verser à son avocate en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle est intervenue en méconnaissance du principe du contradictoire dès lors que le rapport de la police aux frontières ne lui a pas été communiqué et il n'a pas été invité à présenter ses observations sur les conclusions de ce service ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article R. 311-2-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que son acte de naissance est bien authentique, conformément à l'article 47 du code civil ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits et de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle est intervenue en méconnaissance du principe du contradictoire ;

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français la prive de base légale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 avril 2022, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est tardive dès lors que M. B ne justifie pas la date de notification de la décision d'aide juridictionnelle ;

- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 octobre 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Béria-Guillaumie, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant malien déclarant être né le 12 octobre 2000, est, selon ses déclarations, entré irrégulièrement en France le 12 janvier 2016 à l'âge de quinze ans. Par une décision du tribunal de grande instance du Mans du 16 mars 2016, il a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance en qualité de mineur isolé puis placé sous la tutelle du département de la Sarthe par ordonnance du 24 mars 2016. En juin 2018, il a sollicité du préfet de la Sarthe la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié ". Sa demande a été rejetée par un arrêté du 14 août 2019 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur le moyen commun aux décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français :

2. L'arrêté attaqué du 14 août 2019 a été signé par M. C Baron, secrétaire général de la préfecture de la Sarthe, sur le fondement d'un arrêté de délégation de signature du 22 mars 2019 régulièrement publié à cette même date dans un recueil spécial des actes administratifs de la préfecture de la Sarthe. Par cet arrêté, le préfet de la Sarthe a donné délégation à M. Baron à l'effet de signer " tous arrêtés, décisions, saisines juridictionnelles, circulaires, rapports, correspondances, documents et avis, relevant des attributions de l'Etat dans le département de la Sarthe " à l'exception de certains actes au nombre desquels ne font pas partie les décisions portant refus de titre de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté du 14 août 2019 doit être écarté comme manquant en fait.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ".

4. Il résulte de ces dispositions qu'un refus de titre de séjour, qui correspond à l'un des cas où il est statué sur une demande, n'a pas à respecter une procédure contradictoire préalable. Aussi, à supposer qu'en soutenant que le préfet de la Sarthe a méconnu le principe du contradictoire, M. B ait entendu se prévaloir des dispositions, citées ci-dessus, de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, le moyen ne peut qu'être écarté. En tout état de cause, si le requérant reproche au préfet de ne pas lui avoir communiqué le rapport d'analyse de la police aux frontières, ce rapport lui a été communiqué dans le cadre de la présente instance de sorte qu'il a été mis à même d'y répondre, dans le respect du contradictoire.

5. En deuxième lieu, pour refuser de délivrer à M. B le titre de séjour, le préfet de la Sarthe s'est fondé sur le motif tiré de ce que l'intéressé, faute de justifier de son identité, ne satisfaisait pas aux conditions énoncées à l'article R. 311-2-2 du même code.

6. D'une part, aux termes de l'article R. 311-2-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance () d'un titre de séjour présente les documents justifiant de son état civil et de sa nationalité () La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents ".

7. D'autre part, aux termes de l'article L. 111-6 du même code : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. () ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. ". Cet article pose une présomption de validité des actes d'état civil établis par une autorité étrangère. Il incombe à l'administration de renverser cette présomption en apportant la preuve du caractère irrégulier, falsifié ou non conforme à la réalité des actes en question.

8. Il ressort des pièces du dossier que pour contester l'authenticité de l'acte de naissance que M. B a présenté à l'appui de sa demande de titre de séjour, le préfet s'est fondé sur un rapport simplifié d'analyse documentaire de la police aux frontières. Selon l'acte de naissance, la naissance du requérant est datée du 12 octobre 2000. Toutefois, ce service a estimé que ce document était apocryphe dès lors qu'il ne comprenait pas les références textuelles locales requises et que plusieurs pièces de référence étaient absentes, telles le jugement supplétif n° 186 du 30 octobre 2000 sur le fondement duquel l'acte de naissance a été établi. M. B, qui n'a à aucun moment produit ce jugement supplétif, n'apporte aucune explication ou éclaircissement sur les raisons de ces anomalies. Il ressort également des pièces du dossier, notamment d'un courriel des autorités consulaires au Mali, que le formulaire sur lequel était rédigé l'acte de naissance en cause n'était entré en vigueur que plusieurs années après la date supposée d'établissement de l'acte de naissance. Si M. B produit un passeport obtenu le 24 décembre 2018 dont les mentions concordent avec celles de son acte de naissance, ce document n'a pas par lui-même valeur d'acte d'état civil et dès lors qu'il a été établi au vu d'un acte d'état civil apocryphe, ne peut pallier le défaut d'authenticité de cet acte d'état civil produit à l'appui de la demande de titre de séjour. Par ailleurs, ainsi qu'il a été dit au point 4, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision portant refus de titre de séjour a été prise en méconnaissance du principe du contradictoire. Dans ces conditions, le préfet a pu considérer à bon droit que les irrégularités formelles rappelées ci-dessus, non sérieusement contestées, étaient de nature à renverser la présomption d'authenticité résultant des dispositions de l'article 47 du code civil, que l'intéressé ne rétablit pas par les pièces qu'il produit. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 311-2-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut être qu'écarté.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " A titre exceptionnel et sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire prévue aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 portant la mention " salarié " ou la mention " travailleur temporaire " peut être délivrée, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, à l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle, sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Le respect de la condition prévue à l'article L. 313-2 n'est pas exigé. ".

10. Dès lors que, ainsi qu'il a été dit au point 8, M. B ne justifie pas de son état civil, et notamment de ce qu'il a été pris en charge au titre de l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans, il n'est pas fondé à se prévaloir des dispositions de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de cet article doit être écarté.

11. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2 () ".

12. La seule circonstance que M. B, pris en charge par l'aide sociale à l'enfance lors de son arrivée en France, a suivi de façon sérieuse un parcours scolaire et obtenu plusieurs diplômes n'est pas de nature à caractériser des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels justifiant son admission exceptionnelle au séjour. Dans ces conditions, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

13. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

14. M. B se prévaut des mêmes éléments que ceux énoncés précédemment au point 12. Par ailleurs, il soutient que son père est décédé et qu'il a été élevé par sa mère qui n'avait pas les moyens de payer ses études. Néanmoins, malgré sa scolarité satisfaisante, M. B, célibataire et sans enfant, n'établit pas son identité et son âge au regard des éléments produits, et par conséquent la durée de sa résidence dans son pays d'origine, le Mali. Il n'établit pas davantage être dénué de toutes attaches au Mali, son pays d'origine où, selon ses déclarations, réside sa mère. Enfin, il ne justifie pas avoir noué des liens personnels, intenses et stables en France depuis son arrivée. Par suite, le préfet n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en refusant de délivrer à M. B le titre de séjour sollicité.

15. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 12 et 14 du jugement, le préfet de la Sarthe n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur la situation de M. B.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

16. En premier lieu, ainsi qu'il a été dit au point 4, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision du préfet a été prise en méconnaissance du principe du contradictoire. Par ailleurs, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que, dans le cadre de l'instruction de sa demande de titre de séjour, le requérant aurait été privé de la possibilité de présenter des observations, écrites ou orales, en complément de sa demande, ou qu'il aurait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance du droit à être entendu doit être écarté.

17. En deuxième lieu, il résulte de ce qui vient d'être dit aux points précédents que M. B n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité du refus de titre de séjour qui lui a été opposé, au soutien de ses conclusions dirigées contre la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

18. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 14, les moyens tirés de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaitrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

Sur la décision portant fixation du pays d'éloignement :

19. Il résulte de ce qui vient d'être dit aux points précédents que M. B n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français prises à son encontre, au soutien de ses conclusions dirigées contre cette dernière décision.

20. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par le préfet de la Sarthe, que les conclusions de M. B aux fins d'annulation de l'arrêté du 14 août 2019 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et la demande présentée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de la Sarthe et à Me Moutel.

Délibéré après l'audience du 14 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Béria-Guillaumie, présidente,

- M. Echasserieau, premier conseiller,

- Mme Baufumé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2022.

La présidente-rapporteure,

M. D L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

B. ECHASSERIEAU

La greffière,

Y. BOUBEKEUR

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

em

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