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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2108062

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2108062

mercredi 22 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2108062
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantPRONOST

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés le 19 juillet 2021 et le 28 juillet 2022, M. A D, représenté par Me Pronost, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 25 septembre 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté sa demande de naturalisation ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de réexaminer sa demande de naturalisation dans les plus brefs délais à compter de la notification du jugement à intervenir.

Il soutient que :

- la décision a été signée par une autorité incompétente ;

- le ministre de l'intérieur a commis une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 juin 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que l'ensemble des moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.

M. D a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 8 juin 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique du 10 avril 2024 à 9 heures 45.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, ressortissant algérien, né le 13 octobre 1963, a sollicité l'acquisition de la nationalité française par la voie de la naturalisation. Suite à l'ajournement de sa demande par une décision du préfet de la Loire-Atlantique du 10 décembre 2019 , l'intéressé a, pour contester cette décision et comme il y était tenu en application de l'article 45 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 relatif notamment aux décisions de naturalisation, saisi d'un recours administratif préalable obligatoire le ministre de l'intérieur, lequel recours a été rejeté par une décision du 25 septembre 2020 substituant à la décision préfectorale d'ajournement une décision de rejet de la demande de M. D. Par la présente requête, M. D demande l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, conformément aux dispositions de l'article 1er du décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du Gouvernement, le directeur de l'accueil, de l'intégration et de la citoyenneté dispose de la délégation pour signer au nom du ministre chargé des naturalisations, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous son autorité. Par décret du 28 septembre 2016, publié au Journal officiel de la République française du 29 septembre 2016, Mme E a été nommée directrice de l'accueil, de l'accompagnement des étrangers et de la nationalité. Par une décision du 12 septembre 2019, régulièrement publiée au Journal officiel de la République française du 14 septembre 2019, Mme E a accordé à M. B, chef du bureau des affaires juridiques, du précontentieux et du contentieux et signataire de la décision attaquée, une délégation de signature à l'effet de signer les décisions statuant sur les recours formés sur le fondement de l'article 45 du décret du 30 décembre 1993. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit dès lors être écarté.

3. En second lieu, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Aux termes de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions () ". En vertu de ces dispositions, il appartient au ministre chargé des naturalisations de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la naturalisation ou la réintégration dans la nationalité française au ressortissant étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut notamment prendre en compte, sous le contrôle du juge, le degré de connaissance par le postulant de l'histoire, de la culture et de la société françaises et des droits et devoirs conférés par la nationalité française.

4. Aux termes de l'article 21-24 du code civil : " Nul ne peut être naturalisé s'il ne justifie de son assimilation à la communauté française, notamment par une connaissance suffisante, selon sa condition, de la langue, de l'histoire, de la culture et de la société françaises, dont le niveau et les modalités d'évaluation sont fixés par décret en Conseil d'Etat, et des droits et devoirs conférés par la nationalité française ainsi que par l'adhésion aux principes et aux valeurs essentiels de la République. / A l'issue du contrôle de son assimilation, l'intéressé signe la charte des droits et devoirs du citoyen français. Cette charte, approuvée par décret en Conseil d'Etat, rappelle les principes, valeurs et symboles essentiels de la République française ". L'article 21-25 du même code énonce : " Les conditions dans lesquelles s'effectuera le contrôle de l'assimilation et de l'état de santé de l'étranger en instance de naturalisation seront fixées par décret'". Aux termes de l'article 41 du décret du 30 décembre 1993 : " () / Lors d'un entretien individuel et après réception des enquêtes prévues à l'article 36, l'agent vérifie l'assimilation du demandeur à la communauté française, selon les critères prévus par l'article 21-24 du code civil et établit un compte rendu de l'entretien ".

5. Il ressort du compte-rendu de l'entretien d'assimilation de M. D, établi par les services préfectoraux de Loire-Atlantique le 9 mars 2019, que si l'intéressé a su indiquer les couleurs du drapeau français, citer les noms du président de la République actuel et de deux de ses prédécesseurs, le nom F ministre et celui de son département de résidence, il n'a pas été en mesure de répondre aux questions lui demandant d'indiquer la devise de la France, le nom de trois grandes villes françaises, de sites touristiques, les dates des guerres survenues en France, la signification du 14 juillet, la date de la révolution, le nom d'auteurs de littérature, de grands personnages de l'histoire de France, du maire de sa commune, de la région où il réside, d'une autre région de France, le nombre de départements ou de communes françaises, des Etats membres de l'Union européenne, l'hymne national français ou encore la définition du principe de laïcité. M. D invoque son état de santé et justifie être suivi depuis 2010 pour une " pathologie psychotique à thématique persécutive " à raison de laquelle il doit suivre un traitement médicamenteux conséquent, s'est vu reconnaître un taux d'incapacité compris entre 50 et 80 % et qui, selon lui, a altéré sa faculté de répondre aux questions posées lors de l'entretien, lequel aurait été mené sans que ne soit prise en compte la spécificité de son état. Toutefois, s'il ressort des pièces médicales versées au dossier, en particulier du certificat médical renseigné par le médecin traitant de M. D le 28 juillet 2020, destiné à être joint à la demande de reconnaissance de handicap, que le requérant souffre d'agoraphobie et d'agitation psychomotrice rendant la communication difficile et l'exercice d'un travail impossible, ce même certificat mentionne, en ce qui concerne la communication avec les autres (s'exprimer, se faire comprendre ) qu'elle se réalise sans difficulté et sans aucune aide. Dès lors, au vu des pièces produites, le handicap de M. D ne saurait suffire à expliquer l'étendue des lacunes révélées par l'entretien en ce qui concerne la connaissance par l'intéressé de grands repères de l'histoire, de la culture et de la société françaises. Dans ces conditions, le ministre a pu, eu égard au large pouvoir d'appréciation dont il dispose pour apprécier l'opportunité d'accorder la nationalité française au ressortissant étranger qui la sollicite, rejeter la demande de naturalisation de M. D pour les motifs mentionnés ci-dessus sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 25 septembre 2020 doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, les conclusions présentées à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Pronost.

Délibéré après l'audience 10 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Luc Martin, président,

M. David Labouysse,premier conseiller,

Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mai 2024.

La rapporteure,

J-K. C

Le président,

L. MARTIN

La greffière,

S. BARBERA

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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