mardi 2 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2108124 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | DUBREUIL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 16 juillet 2021, le 23 décembre 2022, le 14 février 2023 et le 14 mars 2023, l'association " Bien vivre à Mauges-sur-Loire ", Mme X D, M. L J, Mme S H, M M H, Mme T U, M. G R, Mme O F, M. B F, Mme Q Y, M. V Y et M. K W, Mme E P et M. I P, et M. I A, représentés par Me Dubreuil, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 2 avril 2021 par laquelle le préfet de Maine-et-Loire a délivré à la société SAS Loire Mauges Energie une autorisation environnementale pour l'exploitation d'une unité de méthanisation sur le territoire de la commune de Mauges-sur-Loire ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- l'arrêté attaqué a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière, en l'absence d'avis explicite de la mission régionale de l'Autorité environnementale et compte tenu du dépôt d'une étude d'impact complémentaire ;
- la société pétitionnaire n'avait pas capacité à solliciter l'autorisation d'exploiter ;
- l'étude d'impact est insuffisante ;
- l'étude de dangers est insuffisante ;
- le dossier de demande d'autorisation environnementale est insuffisant s'agissant des capacités techniques et financières de la société pétitionnaire ;
- les prescriptions dont est assorti l'arrêté attaqué sont insuffisantes ;
- l'arrêté attaqué méconnaît l'article L. 511-1 du code de l'environnement ;
- il méconnaît l'article L. 541-1 du code de l'environnement ;
- il méconnaît l'article L. 411-2 du code de l'environnement, en l'absence de dérogation à la protection d'espèces protégées ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par des mémoire en défense, enregistrés le 7 juillet 2022 et le 13 mars 2023, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
la requête est irrecevable, faute d'intérêt à agir des requérants ;
les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.
Par des mémoires enregistrés le 8 décembre 2021, le 20 juin 2022, et le 25 janvier 2023, la société Loire Mauges Energie, représentée par Me Gandet, conclut au rejet de la requête et à ce que le versement d'une somme de 5 000 euros soit mise à la charge des requérants.
Elle soutient que :
-la requête est irrecevable, faute d'intérêt à agir des requérants ;
- les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.
En application de l'article L. 181-18 du code de l'environnement, les parties ont été informées, par des lettres en date des 6, 7 et 21 mars 2023, que le tribunal était susceptible de surseoir à statuer dans l'attente d'une régularisation, au regard des moyens tirés du caractère insuffisant du dossier de demande soumis à l'information du public, s'agissant des capacités financières de la société exploitante, de l'insuffisance de l'étude d'impact s'agissant des incidences du projet sur la biodiversité au regard des dispositions du 4° du II de l'article R. 122-5 du code de l'environnement, et de la méconnaissance de l'article L. 411-1 du code de l'environnement.
Par des observations en réponse, enregistrées le 13 mars 2023 et le 27 mars 2023, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête par les mêmes moyens et à titre subsidiaire à ce que le tribunal précise la nature des compléments attendus et les modalités de cette régularisation.
Par des observations en réponse, enregistrées le 9 mars 2023 et le 25 mars 2023, la société Loire Mauges Energie, représentée par Me Gandet, conclut au rejet de la requête par les mêmes moyens.
Par des observations en réponse, enregistrées le 14 mars 2023 et le 29 mars 2023, les requérants, représentés par Me Dubreuil, concluent aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'arrêté du 12 août 2010 modifié par l'arrêté du 17 juin 2021 relatif aux prescriptions générales applicables aux installations classées de méthanisation relevant du régime de l'enregistrement au titre de la rubrique n° 2781 de la nomenclature des installations classées pour la protection de l'environnement ;
- le code de l'environnement ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme N,
- les conclusions de M. Sarda, rapporteur public,
- les observations de Me Dubreuil, avocat des requérants,
- les observations de Me Kerdiles, substituant Me Gandet, avocate de la SAS Loire Mauges Energie.
1. La société Loire Mauges Energie a déposé le 13 août 2020 une demande d'autorisation environnementale portant sur la création et l'exploitation d'une unité de méthanisation permettant le traitement journalier de 116,7 tonnes de déchets par jour, sur les parcelles cadastrées section OC n°1 à 3, d'une superficie totale de 2,68 ha, situés au lieudit Les Petites Pièces à Mauges-sur-Loire (Maine-et-Loire). Le projet a été soumis à enquête publique du 2 novembre au 4 décembre 2020. Après avis du conseil départemental de l'environnement et des risques sanitaires et technologiques du 25 mars 2021, le préfet a, par l'arrêté du 2 avril 2021 dont les requérants demandent l'annulation, délivré cette autorisation à la société Loire Mauges Energie au titre de la rubrique 2781-1 a) de la nomenclature des installations classées pour la protection de l'environnement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 181-1 du code de l'environnement : " L'autorisation environnementale, dont le régime est organisé par les dispositions du présent livre ainsi que par les autres dispositions législatives dans les conditions fixées par le présent titre, est applicable aux activités, installations, ouvrages et travaux suivants, lorsqu'ils ne présentent pas un caractère temporaire : / () / 2° Installations classées pour la protection de l'environnement mentionnées à l'article L. 512-1. / () ". Aux termes de l'article L. 512-1 du code de l'environnement : " Sont soumises à autorisation les installations qui présentent de graves dangers ou inconvénients pour les intérêts mentionnés à l'article L. 511-1. / L'autorisation, dénommée autorisation environnementale, est délivrée dans les conditions prévues au chapitre unique du titre VIII du livre Ier. "
3. Il appartient au juge du plein contentieux des installations classées pour la protection de l'environnement d'apprécier le respect des règles de procédure régissant la demande d'autorisation au regard des circonstances de fait et de droit en vigueur à la date de la délivrance de l'autorisation et celui des règles de fond relatives à la protection de l'environnement régissant l'installation au regard des circonstances de fait et de droit en vigueur à la date à laquelle il se prononce.
En ce qui concerne l'avis tacite de la mission régionale de l'Autorité environnementale :
4. Aux termes de l'article R. 122-6 du code de l'environnement, dans sa rédaction applicable en l'espèce : " I. L'autorité environnementale mentionnée au V de l'article L. 122-1 est : / () / 3° La mission régionale d'autorité environnementale du Conseil général de l'environnement et du développement durable de la région sur le territoire de laquelle le projet doit être réalisé (). ". Aux termes de l'article R. 122-7 de ce code : " / () / II. - L'autorité environnementale se prononce dans les deux mois suivant la date de réception du dossier mentionné au premier alinéa du I. L'avis de l'autorité environnementale, dès son adoption, ou l'information relative à l'absence d'observations émises dans le délai, est mis en ligne sur internet. (). ".
5. Il résulte de l'instruction que le préfet de Maine-et-Loire a saisi du projet actualisé par l'exploitante la mission régionale d'autorité environnementale, laquelle n'a pas a émis d'observations. Il en résulte également que l'autorité environnementale a examiné ce dossier de demande d'autorisation. Alors que les requérants ne peuvent utilement se prévaloir en l'espèce de l'absence de moyens suffisants de cette autorité pour le prononcé d'un avis explicite, caractère explicite qui n'est pas imposé, la circonstance que l'autorité environnementale n'a pas présenté d'observations sur le projet dans le délai de deux mois prévu par les dispositions de l'article R. 122-7 du code de l'environnement n'est pas de nature à entacher d'irrégularité la procédure.
En ce qui concerne la régularité de la procédure :
6. La société requérante a déposé, au mois de juin 2022, un complément d'information quant aux incidences potentielles du projet sur certains aspects de l'environnement. Toutefois, contrairement à ce que soutiennent les requérants, ces éléments ne présentent pas un caractère substantiel ou notable au sens de l'article R. 181-46 du code de l'environnement, qui aurait nécessité l'intervention d'un nouvel arrêté d'autorisation.
En ce qui concerne le dossier de demande d'autorisation :
7. Aux termes de l'article R. 181-13 du code de l'environnement : " La demande d'autorisation environnementale comprend les éléments communs suivants : / () / 3° Un document attestant que le pétitionnaire est le propriétaire du terrain ou qu'il dispose du droit d'y réaliser son projet ou qu'une procédure est en cours ayant pour effet de lui conférer ce droit ; / () / 5° Soit, lorsque la demande se rapporte à un projet soumis à évaluation environnementale, l'étude d'impact réalisée en application des articles R. 122-2 et R. 122-3-1, s'il y a lieu actualisée dans les conditions prévues par le III de l'article L. 122-1-1, soit, dans les autres cas, l'étude d'incidence environnementale prévue par l'article R. 181-14 () ". Aux termes de l'article D. 181-15-2 du code de l'environnement dans sa version applicable au présent litige : " Lorsque l'autorisation environnementale concerne un projet relevant du 2° de l'article L. 181-1, le dossier de demande est complété dans les conditions suivantes. I. - Le dossier est complété des pièces et éléments suivants : / () /3° Une description des capacités techniques et financières mentionnées à l'article L. 181-27 dont le pétitionnaire dispose, ou, lorsque ces capacités ne sont pas constituées au dépôt de la demande d'autorisation, les modalités prévues pour les établir au plus tard à la mise en service de l'installation ; / () / 10° L'étude de dangers mentionnée à l'article L. 181-25 et définie au III du présent article ".
Quant à l'autorisation du propriétaire du terrain :
8. En l'espèce et en dernier lieu, la société pétitionnaire a justifié auprès de l'administration de façon suffisante être propriétaire du terrain d'assiette par un contrat de vente du 5 octobre 2020.
Quant à l'étude de danger :
9. Il résulte de l'instruction que le dossier de demande d'autorisation environnementale comporte une étude de dangers suffisamment précise et détaillée, dont il ressort clairement, contrairement à ce que soutiennent les requérants, que les risques en cas d'accidents sont effectivement maitrisés.
Quant à la présentation des capacités techniques et financières de l'exploitante :
10. Le dossier de demande d'autorisation environnementale présenté par la société Loire Mauges Energie comporte, d'une part, une estimation du coût global de l'unité de méthanisation, dont il ne résulte pas de l'instruction qu'il ne comporterait pas le coût de remise en état du site après exploitation, et présente de façon suffisamment précise et étayée les modalités envisagées pour son financement, notamment les conditions de taux et de durée des emprunts bancaires, selon trois hypothèses de montants de subventions. L'arrêté attaqué prévoit en outre à son article 10.1 la transmission par l'exploitante des informations attestant de la mise à disposition de ces capacités financières avant la mise en fonctionnement de l'installation. Les capacités financières de l'exploitante sont ainsi suffisamment étayées, conformément aux exigences du 10° de l'article D. 181-15-2 du code de l'environnement. Le dossier de demande d'autorisation mentionne, d'autre part, de façon suffisante les modalités de formation du personnel, qui font également l'objet de prescriptions à l'article 2.5.6 de l'arrêté attaqué, ainsi que de conclusion d'un contrat de maintenance et de contrôle des installations, ce qui justifie de façon suffisante des capacités techniques de la société exploitante.
11. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance du 3° et du 10° de l'article D.181-15-2 du code de l'environnement doit être écarté en toutes ses branches.
En ce qui concerne l'étude d'impact :
12. Aux termes du III de l'article L. 122-1 du code de l'environnement : " L'évaluation environnementale permet de décrire et d'apprécier de manière appropriée, en fonction de chaque cas particulier, les incidences notables directes et indirectes d'un projet sur les facteurs suivants : / 1° La population et la santé humaine ;/ 2° La biodiversité, en accordant une attention particulière aux espèces et aux habitats protégés au titre de la directive 92/43/ CEE du 21 mai 1992 et de la directive 2009/147/ CE du 30 novembre 2009 ; / () ". Aux termes de l'article R. 122-4 du même code,dans sa rédaction applicable en l'espèce : " () / Dans sa demande, le maître d'ouvrage fournit au minimum les éléments dont il dispose sur les caractéristiques spécifiques du projet et, dans la zone qui est susceptible d'être affectée : / - les principaux enjeux environnementaux ; / - ses principaux impacts. / () ". Aux termes de l'article R. 122-5 de ce code : " I. - Le contenu de l'étude d'impact est proportionné à la sensibilité environnementale de la zone susceptible d'être affectée par le projet, à l'importance et la nature des travaux, installations, ouvrages, ou autres interventions dans le milieu naturel ou le paysage projetés et à leurs incidences prévisibles sur l'environnement ou la santé humaine. / II. - En application du 2° du II de l'article L. 122-3, l'étude d'impact comporte les éléments suivants, en fonction des caractéristiques spécifiques du projet et du type d'incidences sur l'environnement qu'il est susceptible de produire : / () / ; 2° Une description du projet, y compris en particulier : / () / - une description des caractéristiques physiques de l'ensemble du projet, y compris, le cas échéant, des travaux de démolition nécessaires, et des exigences en matière d'utilisation des terres lors des phases de construction et de fonctionnement ; / - une description des principales caractéristiques de la phase opérationnelle du projet, relatives au procédé de fabrication, à la demande et l'utilisation d'énergie, la nature et les quantités des matériaux et des ressources naturelles utilisés ; / - une estimation des types et des quantités de résidus et d'émissions attendus, tels que la pollution de l'eau, de l'air, du sol et du sous-sol, le bruit, la vibration, la lumière, la chaleur, la radiation, et des types et des quantités de déchets produits durant les phases de construction et de fonctionnement. / () / 4° Une description des facteurs mentionnés au III de l'article L. 122-1 susceptibles d'être affectés de manière notable par le projet : la population, la santé humaine, la biodiversité, les terres, le sol, l'eau, l'air, le climat, les biens matériels, le patrimoine culturel, y compris les aspects architecturaux et archéologiques, et le paysage ; / 5° Une description des incidences notables que le projet est susceptible d'avoir sur l'environnement résultant, entre autres : / () / b) De l'utilisation des ressources naturelles, en particulier les terres, le sol, l'eau et la biodiversité, en tenant compte, dans la mesure du possible, de la disponibilité durable de ces ressources ; / c) De l'émission de polluants, du bruit, de la vibration, de la lumière, la chaleur et la radiation, de la création de nuisances et de l'élimination et la valorisation des déchets ; / d) Des risques pour la santé humaine, pour le patrimoine culturel ou pour l'environnement ; / () / 6° Une description des incidences négatives notables attendues du projet sur l'environnement qui résultent de la vulnérabilité du projet à des risques d'accidents ou de catastrophes majeurs en rapport avec le projet concerné. Cette description comprend le cas échéant les mesures envisagées pour éviter ou réduire les incidences négatives notables de ces événements sur l'environnement et le détail de la préparation et de la réponse envisagée à ces situations d'urgence ; /7° Une description des solutions de substitution raisonnables qui ont été examinées par le maître d'ouvrage, en fonction du projet proposé et de ses caractéristiques spécifiques, et une indication des principales raisons du choix effectué, notamment une comparaison des incidences sur l'environnement et la santé humaine ; / 8° Les mesures prévues par le maître de l'ouvrage pour : / - éviter les effets négatifs notables du projet sur l'environnement ou la santé humaine et réduire les effets n'ayant pu être évités ; / - compenser, lorsque cela est possible, les effets négatifs notables du projet sur l'environnement ou la santé humaine qui n'ont pu être ni évités ni suffisamment réduits. S'il n'est pas possible de compenser ces effets, le maître d'ouvrage justifie cette impossibilité. / La description de ces mesures doit être accompagnée de l'estimation des dépenses correspondantes, de l'exposé des effets attendus de ces mesures à l'égard des impacts du projet sur les éléments mentionnés au 5° ; / 9° Le cas échéant, les modalités de suivi des mesures d'évitement, de réduction et de compensation proposées ; / 10° Une description des méthodes de prévision ou des éléments probants utilisés pour identifier et évaluer les incidences notables sur l'environnement ; / () ".
13. Les inexactitudes, omissions ou insuffisances d'une étude d'impact ne sont susceptibles de vicier la procédure et donc d'entraîner l'illégalité de la décision prise au vu de cette étude que si elles ont pu avoir pour effet de nuire à l'information complète de la population ou si elles ont été de nature à exercer une influence sur le sens de la décision de l'autorité administrative.
14. En premier lieu, l'étude d'impact, qu'il y a lieu de prendre en compte telle qu'elle a été soumise à enquête publique, comporte des éléments détaillés et suffisants sur les conséquences de la phase de chantier, la réutilisation des terres et déblais, sur les nuisances sonores lors de la phase de travaux comme lors de la phase d'exploitation, l'étude acoustique réalisée ne constatant pas de dépassement des seuils réglementaires. De même, les risques de nuisances olfactives, qui ont fait l'objet d'une modélisation de la dispersion des odeurs dont il ressort qu'aucune habitation riveraine ne subira de dépassement des seuils réglementaires, sont décrits de façon sérieuse et complète. L'étude d'impact comporte enfin des développements suffisants s'agissant de l'absence de pollution lumineuse.
15. En deuxième lieu, s'agissant du traitement des eaux usées, l'étude d'impact détaille les modalités de recueil et de traitement des eaux de lavage, des jus de biofiltre et des jus de silos, collectés par un réseau dédié, pompés vers la cuve à lisier et envoyés en méthanisation, alors que les eaux pluviales seront dirigées vers un bassin de régulation puis un débourbeur-séparateur des hydrocarbures avant rejet dans le milieu naturel. Si les requérants soutiennent que les eaux usées issues des lavages des camions et des contenants, réorientées vers la méthanisation, seraient également chargées en hydrocarbures, ce qui nécessiterait des précisions supplémentaires dans l'étude d'impact, cela ne résulte pas de l'instruction.
16. En troisième lieu, l'étude d'impact comporte une estimation détaillée et suffisamment approfondie de l'augmentation du trafic routier et des rejets atmosphériques qui en résultent, faisant état d'une augmentation de trafic de 0,2% du trafic journalier de la RD 151 et de 1,8% du trafic sur la RD 128, correspondant à un nombre de 12,8 voyages par jour ouvré. Le dossier de demande comporte également un avis du maire de Mauges-sur-Loire du 20 janvier 2020 faisant mention d'un état des routes compatible avec cette augmentation de trafic.
17. En quatrième lieu, l'étude d'impact présente la méthodologie de calcul des émissions d'ammoniac, d'hydrogène sulfuré, de poussières et de dioxyde d'azote, qui intègre l'ensemble des habitations y compris le hameau du Houx, et dont les conclusions ne sont pas sérieusement remises en cause par les éléments versés aux débats par les requérants, et détaille de façon suffisamment précise les incidences du projet sur la qualité de l'air.
18. En cinquième lieu, s'agissant des incidences du projet sur la biodiversité du site, il résulte de l'instruction que le terrain d'assiette du projet, vaste prairie cultivée de graminées classée en zone agricole par le plan local d'urbanisme, ne fait pas l'objet d'une protection particulière. Ainsi, en dépit de l'identification dans le plan local d'urbanisme de corridors secondaires de biodiversité à proximité immédiate au nord-est et d'une zone humide de l'autre côté de la voie au sud-est du terrain d'assiette, celui-ci ne présente en lui-même qu'un intérêt écologique faible. Seules les haies qui le bordent présentent un enjeu au regard de la conservation de la faune et de la flore. L'étude d'impact, qui comporte un inventaire écologique réalisée au cours d'une période de l'année adaptée, mentionne la présence dans ces haies d'espèces protégées, et conclut que, dès lors que ces habitats seront préservés, les impacts du projet " seront faibles ". Ainsi, le contenu de cette étude d'impact, s'agissant de l'inventaire des espèces et des incidences du projet sur la faune et la flore et des incidences du projet sur la biodiversité du site, quand bien même cet inventaire a été réalisé sur une courte période, est proportionné à la sensibilité environnementale de celui-ci.
19. En sixième lieu, alors que le choix du site d'implantation de l'unité de méthanisation est suffisamment justifié dans l'étude d'impact, celle-ci pouvait légalement s'abstenir de présenter des solutions de localisation écartées en amont et qui n'ont, par conséquent, pas été envisagées par la société pétitionnaire.
20. En dernier lieu, si, d'une part, l'étude d'impact ne mentionne pas la compatibilité du projet au plan climat air énergie territorial de Mauges Communauté, défini en application de l'article L. 229-26 du code de l'environnement, il résulte de l'instruction que ce plan comporte une action visant au développement de la filière biogaz. Si, d'autre part, l'étude d'impact ne mentionne pas non plus la présence supposée de radon dans le sous-sol du terrain d'assiette du projet, il ne résulte pas de l'instruction que le projet, qui ne comporte aucun forage et prévoit la réalisation de sols et équipements étanches et imperméables, serait susceptible d'accroître les risques naturels qui y seraient liés, et alors que les requérants ne se prévalent pas d'aucune réglementation en matière de risque industriel. Dans ces conditions, l'absence de ces éléments dans l'étude d'impact n'est pas dans les circonstances de l'espèce de nature à avoir nui à l'information du public ou d'avoir eu une influence sur le sens de la décision.
21. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'insuffisance de l'étude d'impact doit être écarté en toutes ses branches.
En ce qui concerne le respect des prescriptions réglementaires applicables à l'installation :
22. S'agissant des transports, si les requérants font valoir que les prescriptions fixées ne sont pas assorties par l'arrêté attaqué de sanctions, l'exploitant y est néanmoins soumis, sous peine de s'exposer à de telles sanctions propres à la réglementation des installations classées pour la protection de l'environnement et que le préfet de Maine-et-Loire n'avait pas à rappeler.
23. S'agissant des risques de nuisances olfactives, aux termes de l'article 49 de l'arrêté du 12 août 2010 visé ci-dessus et dans sa rédaction applicable à la date de la présente décision : " En dehors des cas où l'environnement de l'installation présente une sensibilité particulièrement faible, notamment en cas d'absence d'occupation humaine dans un rayon de 1 kilomètre autour du site : -pour les nouvelles installations, l'exploitant fait réaliser par un organisme compétent un état des perceptions odorantes présentes dans l'environnement du site avant la mise en service de l'installation (état zéro), indiquant, dans la mesure du possible, les caractéristiques des odeurs perçues dans l'environnement : nature, intensité, origine (en discriminant des autres odeurs les odeurs provenant des activités éventuellement déjà présentes sur le site), type de perception (odeur perçue par bouffées ou de manière continue). Cet état zéro des perceptions odorantes est, le cas échéant, joint au dossier d'enregistrement ; () L'exploitant prend toutes les dispositions pour limiter les odeurs provenant de l'installation, notamment pour éviter l'apparition de conditions anaérobies dans les bassins de stockage ou de traitement, ou dans les canaux à ciel ouvert. Les sources potentielles d'odeurs (bassins, lagunes) difficiles à confiner en raison de leur grande surface sont implantées de manière à limiter la gêne pour le voisinage en tenant compte, notamment, de la direction des vents dominants. L'installation est conçue, équipée, construite et exploitée de manière à ce que les émissions d'odeurs soient aussi réduites que possible, et ceci tant au niveau de la réception, de l'entreposage et du traitement des matières entrantes qu'à celui du stockage et du traitement du digestat et de la valorisation du biogaz. () Les installations de manipulation, transvasement, transport de produits pulvérulents, volatils ou odorants sont, sauf impossibilité technique justifiée, munies de dispositifs de capotage et d'aspiration permettant de réduire les émissions dans l'atmosphère. Les produits odorants sont stockés en milieu confiné (récipients, silos, bâtiments fermés ) ".
24. Il résulte de l'instruction que le projet autorisé par l'arrêté attaqué comporte la couverture des stockages de matières premières odorantes et un traitement de l'air du bâtiment de stockage par biofiltre. Toutes les opérations de réception des intrants, de déchargement des camions, de stockage et de traitement des matières odorantes, auront lieu dans un hangar fermé placé sous aspiration d'odeurs et relié à un biofiltre dont les performances sont fixées de façon pertinente et suffisante par l'arrêté attaqué. Les lisiers seront livrés en citernes et stockés en cuves fermées, les évents des cuves étant reliés au dispositif de traitement d'air. En particulier, les végétaux ensilés seront également couverts. La méthanisation aura lieu dans des cuves fermées et étanches. Les digestats liquides seront stockés dans une poche fermée et les digestats solides distribués dans deux caissons étanches et renvoyés à flux tendus vers les sites de stockage des utilisateurs finaux. Enfin, l'arrêté attaqué reprend les préconisations du commissaire enquêteur comme de l'avis de l'inspection des installations classées du 9 mars 2021, en prévoyant la réalisation d'un état initial des odeurs avant la mise en service de l'installation ainsi que d'un plan de surveillance des odeurs perçues dans l'environnement au long de l'exploitation du site, et la mise en place un comité de suivi. Dans ces conditions, les requérants ne sont fondés à soutenir que les prescriptions spéciales fixées par l'arrêté attaqué, en matière de prévention des nuisances olfactives liées à l'exploitation, seraient insuffisantes au regard des dispositions de l'article 49 de l'arrêté du 12 août 2010.
En ce qui concerne la méconnaissance de l'article L. 511-1 du code de l'environnement :
25. Aux termes de l'article L. 181-3 du code de l'environnement : " I. - L'autorisation environnementale ne peut être accordée que si les mesures qu'elle comporte assurent la prévention des dangers ou inconvénients pour les intérêts mentionnés aux articles L. 211-1 et L. 511-1, selon les cas () ". Aux termes de l'article L. 511-1 de ce code : " Sont soumis aux dispositions du présent titre les usines, ateliers, dépôts, chantiers et, d'une manière générale, les installations exploitées ou détenues par toute personne physique ou morale, publique ou privée, qui peuvent présenter des dangers ou des inconvénients soit pour la commodité du voisinage, soit pour la santé, la sécurité, la salubrité publiques, soit pour l'agriculture, soit pour la protection de la nature, de l'environnement et des paysages, soit pour l'utilisation économe des sols naturels, agricoles ou forestiers, soit pour l'utilisation rationnelle de l'énergie, soit pour la conservation des sites et des monuments ainsi que des éléments du patrimoine archéologique () ".
26. En premier lieu, l'arrêté attaqué rappelle l'obligation de l'exploitant de remise en état du site à l'issue de l'exploitation.
27. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué prévoit l'interdiction de circulation pendant certains horaires pour la traversée du bourg, et prescrit la signature d'une convention entre la commune gestionnaire des voies de desserte du terrain d'assiette du projet et l'exploitant, comportant l'interdiction de circulation de tous les véhicules lourds à destination ou en sortie de site, entre le carrefour et l'intersection avec la route de Châteauneuf et sur le chemin rural de la Percière. Compte tenu de l'avis du maire de Mauges-sur-Loire faisant état de la compatibilité des routes avec l'augmentation du trafic, les éléments produits par les requérants, en particulier quelques photographies non circonstanciées, ne suffisent pas à considérer que les prescriptions dont est assorti l'arrêté attaqué seraient insuffisantes pour garantir la sécurité des usagers des voies en cause.
28. En troisième lieu, il résulte de l'instruction, notamment de l'étude de dangers dont les mentions ne sont pas sérieusement remises en cause par les requérants, que les risques technologiques liés à l'exploitation, risques de faible probabilité, sont limités à l'enceinte du site, sans déborder sur la voie publique. En outre, prenant en compte la présence de panneaux photovoltaïques, l'arrêté attaqué comporte à ses articles 8.2 à 8.5 des prescriptions particulières quant à la présence d'équipements de sécurité, les modalités de surveillance et de contrôle, la prévention des risques et des pollutions accidentelles, ainsi qu'aux moyens d'intervention et d'organisation des secours, de nature à assurer la sécurité du personnel comme des tiers à l'exploitation. Les risques d'incendie et d'explosion sont, au vu des pièces du dossier, maîtrisés.
29. En quatrième lieu, s'agissant des risques liés à la présence de radon, les terres et gravats seront enfouis en installation de stockage des déchets inertes ou réutilisés sur le site. S'agissant des risques de pollution atmosphériques, l'étude d'impact, dont les conclusions ne sont pas sérieusement remises en cause sur ce point, mentionne que " les installations et activités de la société Loire Mauges Energie n'auront donc pas d'effets probables sur la santé des populations environnantes. Il n'y a pas lieu de prévoir de mesures supplémentaires de réduction du risque sanitaire en dehors des mesures préventives et de surveillance exposées dans l'étude d'impact et prises pour assurer le respect des valeurs réglementaires de rejet. Ceci est d'autant plus vrai que [l'étude] a été réalisée sur la base d'une hypothèse majorante : les concentrations dans les rejets atmosphériques sont considérés égales aux valeurs limites ". Elle indique également que " les indices de risques et les excès de risques individuels calculés dans le cadre de l'évaluation prospective des risques sanitaires ne mettent pas en avant de probabilité d'un risque pour la santé de la population voisine du site. En effet, substance par substance, les indices de risques sont tous inférieurs à 1. La somme des indices de risques reste elle aussi inférieure à 1. Les incertitudes ont été discutées et montrent dans l'ensemble qu'une majoration a été réalisée sur l'ensemble des résultats ". Les requérants n'apportent pas d'éléments de nature à remettre en cause ces conclusions. L'agence régionale de santé des Pays-de-la-Loire, dans son avis du 20 janvier 2020, reprend ces conclusions et a donné un avis favorable au projet, en estimant la demande d'autorisation environnementale complète et proportionnée aux enjeux sanitaires. Si en cet avis fait état de l'absence de données précises quant aux performances du biofiltre, celles-ci font l'objet d'une prescription par l'arrêté attaqué, qui est proportionnée aux rejets. Enfin, l'arrêté attaqué fixe également des valeurs limites de rejet atmosphériques, qui, au regard des éléments de la demande d'autorisation, apparaissent pertinents et proportionnés, aux enjeux sanitaires constatés. Dans ces conditions, les prescriptions dont est assorti l'arrêté attaqué sont adaptées et proportionnées à la protection de la santé publique.
30. En cinquième lieu, s'agissant de la préservation du milieu naturel, compte tenu de l'intérêt écologique des haies bordant le site, le projet prévoit leur préservation et la réalisation d'une bande tampon de 5 mètres entre les installations et le pied de la haie, ainsi qu'un aménagement du calendrier de travaux. Il prévoit également le recueil et le traitement séparé des eaux usées et des eaux pluviales ainsi que des dispositifs de rétention visant à prévenir tout déversement accidentel d'eaux sales vers le milieu naturel. Dans ces conditions, les risques de pollution font l'objet de mesures de prévention suffisantes.
31. En dernier lieu, il ressort de ce qui a été dit au point 24 du présent jugement que l'unité de méthanisation comporte des dispositifs suffisants visant à réduire autant que possible les risques de nuisances olfactives. Il ressort également de l'étude d'impact que les résultats des calculs de l'impact sonore du projet sont inférieurs aux " valeurs limites fixées par l'arrêté
du 23 janvier 1997 " relatif à la limitation des bruits émis dans l'environnement par les installations classées pour la protection de l'environnement " et qu' " une campagne de mesures de bruit sera réalisée dans l'environnement du site dans un délai d'un an à
compter de l'obtention de l'autorisation, puis tous les 3 ans par une personne ou un organisme qualifié ". Dans ces conditions, les risques de nuisances olfactives et sonores sont maîtrisés.
31. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré d'une atteinte significative portée aux intérêts protégés par les articles L. 211-1 et L. 511-1 du code de l'environnement doit être écarté en toutes ses branches.
En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 541-1 du code de l'environnement :
32. Aux termes de l'article L. 541-1 du code de l'environnement dans sa rédaction à la date du présent jugement : " I. - La politique nationale de prévention et de gestion des déchets est un levier essentiel de la transition vers une économie circulaire. Ses objectifs, adoptés de manière à respecter la hiérarchie des modes de traitement des déchets définie au II, sont les suivants : / () / 9° Assurer la valorisation énergétique d'au moins 70 % des déchets ne pouvant faire l'objet d'une valorisation matière d'ici 2025. Cet objectif est atteint notamment en assurant la valorisation énergétique des déchets qui ne peuvent être recyclés en l'état des techniques disponibles et qui résultent d'une collecte séparée ou d'une opération de tri, y compris sur des ordures ménagères résiduelles, réalisée dans une installation prévue à cet effet. Dans ce cadre, la préparation et la valorisation de combustibles solides de récupération font l'objet d'un cadre réglementaire adapté. Afin de ne pas se faire au détriment de la prévention ou de la valorisation sous forme de matière, la valorisation énergétique réalisée à partir de combustibles solides de récupération doit être pratiquée soit dans des installations de production d'énergie telle que la production de chaleur, d'électricité ou de gaz intégrées dans un procédé industriel de fabrication, soit dans des installations ayant pour finalité la production d'énergie telle que la production de chaleur, d'électricité ou de gaz, présentant des capacités de production d'énergie telle que la production de chaleur, d'électricité ou de gaz dimensionnées au regard d'un besoin local et étant conçues de manière à être facilement adaptables pour brûler de la biomasse ou, à terme, d'autres combustibles afin de ne pas être dépendantes d'une alimentation en déchets. L'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie remet tous les trois ans un rapport au Gouvernement sur la composition des combustibles solides de récupération et sur les pistes de substitution et d'évolution des techniques de tri et de recyclage ; / () / II. - Les dispositions du présent chapitre et de l'article L. 125-1 ont pour objet : / () / 3° D'assurer que la gestion des déchets se fait sans mettre en danger la santé humaine et sans nuire à l'environnement, notamment sans créer de risque pour l'eau, l'air, le sol, la faune ou la flore, sans provoquer de nuisances sonores ou olfactives et sans porter atteinte aux paysages et aux sites présentant un intérêt particulier ; / () ".
33. D'une part, il résulte de ce qui précède que, si les requérants font valoir que les dispositifs de traitement des eaux sales, de réduction des nuisances atmosphériques et la fixation par l'arrêté attaqué de valeurs limites d'émissions atmosphériques seraient insuffisants pour prévenir les risques pour la santé humaine et de pollution de l'environnement, il ne résulte pas de l'instruction que les prescriptions dont est assorti l'arrêté attaqué seraient insuffisantes pour prévenir ces risques. D'autre part, s'agissant des risques liés à la valorisation des digestats, le projet prévoit qu'après une phase de pasteurisation, les digestats doivent être conformes, pour leur valorisation, au cahier des charges fixé par l'arrêté ministériel du 22 octobre 2020 approuvant un cahier des charges pour la mise sur le marché et l'utilisation de digestats de méthanisation d'intrants agricoles et/ou agro-alimentaires en tant que matières fertilisantes. Il s'ensuit que le moyen tiré d'une atteinte significative aux objectifs fixés par l'article L. 541-1 du code de l'environnement relatifs à la valorisation des déchets doit être écarté.
En ce qui concerne l'absence de dérogation à la protection d'espèces protégées :
34. Aux termes de l'article L. 411-1 du code de l'environnement : " I. - Lorsqu'un intérêt scientifique particulier, le rôle essentiel dans l'écosystème ou les nécessités de la préservation du patrimoine naturel justifient la conservation de sites d'intérêt géologique, d'habitats naturels, d'espèces animales non domestiques ou végétales non cultivées et de leurs habitats, sont interdits: / 1° La destruction ou l'enlèvement des œufs ou des nids, la mutilation, la destruction, la capture ou l'enlèvement, la perturbation intentionnelle, la naturalisation d'animaux de ces espèces ou, qu'ils soient vivants ou morts, leur transport, leur colportage, leur utilisation, leur détention, leur mise en vente, leur vente ou leur achat ; / () / 3° La destruction, l'altération ou la dégradation de ces habitats naturels ou de ces habitats d'espèces / () ". Aux termes de l'article L. 411-2 du même code: " I. - Un décret en Conseil d'Etat détermine les conditions dans lesquelles sont fixées : / () / 4° La délivrance de dérogations aux interdictions mentionnées aux 1°, 2° et 3° de l'article L. 411-1, à condition qu'il n'existe pas d'autre solution satisfaisante, pouvant être évaluée par une tierce expertise menée, à la demande de l'autorité compétente, par un organisme extérieur choisi en accord avec elle, aux frais du pétitionnaire, et que la dérogation ne nuise pas au maintien, dans un état de conservation favorable, des populations des espèces concernées dans leur aire de répartition naturelle : () / c) Dans l'intérêt de la santé et de la sécurité publiques ou pour d'autres raisons impératives d'intérêt public majeur, y compris de nature sociale ou économique, et pour des motifs qui comporteraient des conséquences bénéfiques primordiales pour l'environnement ; / () "
35. Le système de protection des espèces résultant des dispositions citées ci-dessus, qui concerne les espèces de mammifères terrestres et d'oiseaux figurant sur les listes fixées par les arrêtés du 23 avril 2007 et du 29 octobre 2009, impose d'examiner si l'obtention d'une dérogation est nécessaire dès lors que des spécimens de l'espèce concernée sont présents dans la zone du projet, sans que l'applicabilité du régime de protection dépende, à ce stade, ni du nombre de ces spécimens, ni de l'état de conservation des espèces protégées présentes. Le pétitionnaire doit obtenir une dérogation " espèces protégées " si le risque que le projet comporte pour les espèces protégées est suffisamment caractérisé. A ce titre, les mesures d'évitement et de réduction des atteintes portées aux espèces protégées proposées par le pétitionnaire doivent être prises en compte. Dans l'hypothèse où les mesures d'évitement et de réduction proposées présentent, sous le contrôle de l'administration, des garanties d'effectivité telles qu'elles permettent de diminuer le risque pour les espèces au point qu'il apparaisse comme n'étant pas suffisamment caractérisé, il n'est pas nécessaire de solliciter une dérogation " espèces protégées ".
36. Il résulte de l'instruction, notamment de la note produite par le pétitionnaire et relative aux impacts du projet sur la faune et la flore, datée du 20 janvier 2023, que sont présentes ou potentiellement présentes sur le site plusieurs espèces protégées et que, pour certaines d'entre elles, le projet présente des incidences qualifiées de modérées, de fortes ou très fortes, compte tenu notamment de la proximité de corridors écologiques secondaires et d'une zone humide . Toutefois, il résulte de cette étude que les mesures d'évitement et de réduction retenues dans le dernier état du projet, tenant notamment à la préservation des haies, à la plantation de haies bocagères supplémentaires, à l'instauration d'une bande tampon de végétation entre ces haies et les constructions, à l'absence de travaux nocturnes, à l'adaptation du calendrier des travaux, les travaux lourds devant être interdits entre le 15 mars et le 15 août inclus, à la limitation des ornières et flaques, à la pose d'une clôture imperméable à la petite et grande faune lors de la phase de chantier, à la limitation des niveaux sonores et du trafic de véhicules, et à l'absence de pollution lumineuse, présentent un caractère réalisable, adapté et suffisant pour réduire effectivement et significativement les incidences résiduelles du projet sur la biodiversité. Les requérants, qui se prévalent notamment d'une note méthodologique d'un expert, n'apportent pas d'éléments suffisants de nature à remettre sérieusement en cause les conclusions de cette étude réalisée par le porteur de projet en janvier 2023. Dans ces conditions, et compte tenu des prescriptions complémentaires que comporte l'arrêté attaqué, le risque pour les espèces protégées présentes sur le site, n'est pas suffisamment caractérisé. Par suite, le moyen tiré de ce que l'autorisation méconnaît les articles L. 411-1 et L. 411-2 du code de l'environnement, faute de comporter une demande de dérogation à l'interdiction de détruire ou de perturber des espèces protégées, doit être écarté.
37. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.
Sur les frais liés au litige :
38. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions de la requête à ce titre. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la société Loire Mauges Energie au même titre.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de l'association " Bien vivre à Mauges-sur-Loire " et autres est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la société Loire Mauges Energie au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'association " Bien vivre à Mauges-sur-Loire ", désignée représentante unique en application des dispositions du troisième alinéa
de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et à la société Loire Mauges Energie.
Copie en sera adressée au préfet de Maine-et-Loire.
Délibéré après l'audience du 4 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. C de Baleine, président,
Mme Thomas, première conseillère,
Mme Milin, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2023.
La rapporteure,
S. N
Le président,
A. C DE BALEINELa greffière,
J. DIONIS
La République mande et ordonne
au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires
en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce
requis en ce qui concerne les voies de droit commun
contre les parties privées, de pourvoir
à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026