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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2108187

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2108187

jeudi 1 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2108187
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantROULLEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrée le 20 juillet 2021, Mme A C, représentée par Me Roulleau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 juin 2021 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.

Elle soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle justifie souffrir de pathologies multiples particulièrement inquiétantes ; elle est suivie par un urologue du centre hospitalier universitaire d'Angers pour des problèmes rénaux majeurs ; elle doit se rendre au département de radiologie le 2 septembre 2021 ; son gynécologue vient de déceler la présence d'un fibrome qui nécessite une intervention particulière ; l'examen qu'elle doit réaliser prochainement n'est pas réalisable dans son pays d'origine ; enfin, elle bénéficie de soins réguliers pour une pathologie chronique du genou gauche ; ainsi, son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut entrainerait des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui n'est pas accessible dans son pays d'origine ;

- pour les mêmes raisons, la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article L. 611-3, 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 février 2022, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Par une décision du 4 janvier 2022 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nantes (section administrative), Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique du 31 mars 2022.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C, ressortissante gabonaise née le 18 avril 1983, est entrée régulièrement en France le 6 septembre 2019, sous couvert d'un visa de court séjour. Elle s'est maintenue sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa et a sollicité, le 11 mars 2020, du préfet de Maine-et-Loire la délivrance d'un titre de séjour pour raisons de santé. Le préfet lui a délivré une autorisation provisoire de séjour valable du 10 juillet 2020 au 9 janvier 2021. Par la suite, Mme C a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Un récépissé valable du 30 décembre 2020 au 29 juin 2021 lui a été délivré. Le 2 mars 2021, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a estimé que si l'état de santé de l'intéressée nécessitait une prise en charge médicale, le défaut de cette prise en charge ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Faisant sien cet avis, le préfet de Maine-et-Loire a, par un arrêté du 21 juin 2021, refusé le renouvellement du titre de séjour, fait obligation à Mme C de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et désigné le Gabon comme pays de destination. Par la présente requête, Mme C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an ". La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. / Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. () ".

3. D'autre part, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'OFII venant au soutien de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour, dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

4. Comme il a été dit, le collège des médecins de l'OFII a, dans son avis du 2 mars 2021, estimé que si l'état de santé de Mme C nécessite une prise en charge médicale, son défaut ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité et que son état de santé lui permet de voyager sans risque vers son pays d'origine.

5. Mme C fait valoir qu'elle souffre de " problème rénaux majeurs ". Elle justifie avoir deux rendez-vous les 2 et 13 septembre 2021, soit postérieurement à la date de l'arrêté attaqué, l'un au service de radiologie du centre hospitalier universitaire d'Angers et l'autre au service d'urologie de ce même hôpital. L'intéressée produit également une lettre d'un médecin du service de gynécologie de cet hôpital, datée du 15 juillet 2021, qui certifie qu'elle doit prochainement réaliser un examen non réalisable dans son pays d'origine, sans plus de précision. Selon la requérante, cet examen serait lié à la découverte d'un fibrome. Enfin, Mme C verse au dossier deux certificats établis, l'un le 23 décembre 2020 par un kinésithérapeute, l'autre le 7 juillet 2021 par un médecin ostéopathe, desquels il ressort qu'elle est atteinte d'une pathologie chronique au genou gauche nécessitant des soins. Toutefois, l'ensemble de ces documents, qui ne fournissent aucune indication sur la gravité des conséquences qu'entrainerait un arrêt de la prise en charge médicale dont la requérante a besoin, ne sont pas de nature à remettre en cause l'appréciation du préfet, fondée sur l'avis du collège de médecins de l'OFII. Par suite, Mme C n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait méconnu les dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers en refusant de renouveler son titre de séjour.

6. En second lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié /(). "

7. Pour les raisons indiquées au point 5, il ressort des pièces du dossier que l'état de santé de Mme C ne fait pas obstacle à son éloignement. Dès lors, le moyen tiré de ce que le préfet, en faisant à l'intéressée obligation de quitter le territoire français, aurait méconnu les dispositions citées ci-dessus du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du 21 juin 2021.

Sur les conclusions à fin d'injonction et tendant à l'application de l'article L 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

9. D'une part, le rejet des conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C entraine, par voie de conséquence, celui de ses conclusions à fin d'injonction.

10. D'autre part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que la somme demandée au profit de son conseil par Mme C au titre des frais exposés et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Roulleau.

Délibéré après l'audience du 31 mars 2022, à laquelle siégeaient :

M. Luc Martin, président,

M. David Labouysse, premier conseiller,

Mme Nathalie Caro, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er septembre 2022.

Le président-rapporteur,

L. BL'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

D. LABOUYSSE

La greffière,

V. MALINGRE

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

V. Malingre

em

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