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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2108213

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2108213

mercredi 27 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2108213
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantBOEZEC CARON BOUCHE AVOCATS ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 juillet 2021, M. A B, représenté par Me'Boëzec, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 mai 2021 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer une carte de résident ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence algérien dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du présent jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'État les dépens ainsi que la somme de 2'000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que la décision attaquée :

- est entachée d'un vice d'incompétence ;

- méconnait les stipulations de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien ;

- méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien et de l'article 8 de la convention européenne des droits de humains et des libertés ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juillet 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'un refus d'enregistrer une demande de titre de séjour en raison de la complétude du dossier ne constitue pas une décision faisant grief ;

- aucun des moyens soulevés par M. B n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 6 novembre 2024 :

- le rapport de M. Jégard,

- les conclusions de M. Simon, rapporteur public,

- et les observations de Me Abidi substituant Me Boëzec, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant algérien né en 1981, est entré en France le 24'juin°2008 sous couvert d'un visa de court séjour délivré par les autorités helvétiques. Il a bénéficié de certificats de résidence pour raisons de santé de manière discontinue jusqu'au 22 juin 2014. Il a sollicité le 1er octobre 2018 un titre de séjour et s'est rendu en Algérie le 29 décembre 2019 muni du récépissé de demande de titre. Par une décision du 9 mars 2021, le préfet de la Loire-Atlantique, a rejeté sa demande de carte de résident tout en lui demandant la copie de son nouveau visa d'entrée en France afin de poursuivre l'instruction de sa demande. Par une décision du 21 mai 2021, le préfet de la Loire-Atlantique a décidé de classer sa demande sans suite en l'absence de production de la pièce demandée. Par sa requête, M.'B sollicite l'annulation de cette décision.

Sur la fin de non-recevoir :

2. Le refus d'enregistrer une demande de titre de séjour motif pris du caractère incomplet du dossier ne constitue pas une décision faisant grief susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir lorsque le dossier est effectivement incomplet, en l'absence de l'un des documents mentionnés à l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou lorsque l'absence d'une pièce mentionnée à l'annexe 10 à ce code, auquel renvoie l'article R. 431-11 du même code, rend impossible l'instruction de la demande.

3. Il résulte toutefois des termes mêmes de la décision du 9 mars 2021 que le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté la demande de titre de M. B au motif qu'il s'était vu opposer un refus à sa demande de visa de retour déposée le 5 février 2020 auprès de l'ambassade de France à Alger (Algérie). La décision attaquée est donc bien un refus de titre fondé sur une condition de fond et non une décision de classement sans suite à raison de l'incomplétude du dossier. Il s'ensuit que la requête de M. B est bien dirigée contre une décision faisant grief. Elle est donc recevable.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, la décision du 21 mai 2021 a été signée par Mme C, cheffe du bureau du séjour à la préfecture de la Loire-Atlantique. Par un arrêté du 17 mars 2021, régulièrement publié le lendemain au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de ce département l'a habilitée à signer les décisions individuelles relevant des attributions de son bureau. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté du 21 mai 2021 doit être écarté comme manquant en fait.

5. En deuxième lieu, il résulte des termes de la décision du 21 mai 2021 que le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté le recours gracieux de M. B au motif qu'il n'établit pas bénéficier d'une résidence habituelle en France, condition prévue par les articles 7 et 7 bis de l'accord franco-algérien du 27'décembre 1968. Ce faisant, le préfet de la Loire-Atlantique doit être regardé comme opposant ce nouveau motif à M. B.

6. Aux termes de l'article 7 bis de cet accord : "'Les ressortissants algériens visés à l'article 7 peuvent obtenir un certificat de résidence de dix ans s'ils justifient d'une résidence ininterrompue en France de trois années. / Il est statué sur leur demande en tenant compte des moyens d'existence dont ils peuvent faire état, parmi lesquels les conditions de leur activité professionnelle et, le cas échéant, des justifications qu'ils peuvent invoquer à l'appui de leur demande. / () ".

7. Il est constant que M. B est parti en Algérie à la fin de l'année 2019, interrompant la durée de sa résidence en France. Il ne peut donc justifier avoir résidé en France de manière ininterrompue pendant trois années à la date de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien précité doit être écarté.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " () / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; / () / 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays. / () ".

9. D'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier ni même n'est soutenu que M.'B aurait noué en France des liens d'une particulière intensité. Pour justifier de son activité professionnelle, M. B produit des bulletins de paye, avis d'imposition et justificatifs d'inscription à Pôle Emploi et de suivi de formation. Il en résulte toutefois que son activité professionnelle a été sporadique jusqu'en 2018 et, si elle a été plus soutenue à partir de l'automne 2020, elle ne permet pas d'inférer que le refus de titre attaqué porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. D'autre part, si M. B produit à l'instance un grand nombre de pièces médicales, il ne précise pas dans quelle mesure il estime pouvoir bénéficier d'un titre de séjour en raison de son état de santé, en application du 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de cet article doit être écarté.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. Il résulte de ce qui a été dit au point 6 que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales doit être écarté.

12. En cinquième et dernier lieu, portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre d'une activité salariée, soit au titre de la vie familiale. Dès lors que ces conditions sont régies de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, un ressortissant algérien ne peut utilement invoquer les dispositions de cet article à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national. Toutefois, si l'accord franco-algérien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, il y a lieu d'observer que ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

13. Eu égard à ce qui a été dit au point 6, et compte tenu de la circonstance que l'intéressé a utilisé un faux titre de séjour du 10 mars 2018 au 11 mars 2019, le moyen tiré de la méconnaissance du pouvoir discrétionnaire de régularisation du préfet doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris en ce qu'elle comporte des conclusions à fin d'injonction et une demande fondée sur les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Boëzec et au préfet de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 6 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Rimeu, présidente,

M. Jégard, premier conseiller,

Mme El Mouats-Saint-Dizier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 novembre 2024.

Le rapporteur,

X. JÉGARDLa présidente,

S. RIMEU

La greffière,

P. LABOUREL

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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