jeudi 1 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2108270 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | NERAUDAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 21 juillet 2021 et 16 mars 2022, M. G C, représenté par Me Néraudau, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 décembre 2020 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de le munir d'un récépissé le temps de ce réexamen ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 2 000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.
Il soutient que :
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
-la compétence de sa signataire n'est pas établie ;
- sa motivation est insuffisante ; en effet, le préfet n'a pas examiné la demande de l'intéressé sur le fondement de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'a pas procédé à un examen circonstancié de sa situation privée et familiale ; la décision le qualifie de célibataire sans enfant alors qu'il a construit une vie de famille en France avec Mme A, demandeuse d'asile ; il a reconnu être le père de l'enfant dont Mme A était enceinte à la date de la décision attaquée ; sa fille est née le 26 août 2021 ; les liens privés et professionnels forts qui le rattachent à la France ne sont pas mentionnés ;
- le préfet a méconnu l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; la circonstance qu'il résidait en France depuis plus de trois mois à la date de sa demande de titre de séjour ne permettait pas au préfet d'écarter l'application de cet article ;
- le préfet a méconnu l'article L. 313-4-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et commis une manifeste d'appréciation ; dès lors qu'il est titulaire d'une carte de résident longue durée UE et qu'il justifie de ressources suffisantes pour subvenir à ses besoins, le préfet aurait dû user de son pouvoir discrétionnaire et non se contenter de lui opposer son entrée sur le territoire français depuis plus de trois mois ;
- le préfet a méconnu l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et commis une manifeste d'appréciation ; sa situation particulière est de nature à caractériser des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels justifiant la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de cet article ;
- le préfet a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle ; le centre de ses attaches privées et familiales se situe en France ; une demande de protection internationale a été introduite pour sa fille, en cours d'examen ; son éloignement du territoire français aurait pour conséquence de le séparer de sa fille ;
- le préfet a méconnu le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la compétence de sa signataire n'est pas établie ;
- sa motivation est insuffisante ;
- son annulation est impliquée par celle de la décision portant refus de séjour ;
- le préfet a méconnu l'article 12 de la directive 2003/109/CE et commis une erreur de droit ; en vertu de cet article 12, il ne peut être éloigné du territoire de l'Union européenne qu'à la condition qu'il représente une menace réelle et suffisamment grave pour l'ordre ou la sécurité publics ; à cet égard, l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas compatible avec cette disposition de la directive ; le préfet pouvait seulement prononcer à son encontre une décision de remise aux autorités italiennes sur le fondement des articles L. 531-1 et L. 531-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; sa concubine étant enceinte et dès lors qu'il a reconnu l'enfant à naître, le centre de sa vie privée et familiale est fixé en France ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- la compétence de sa signataire n'est pas établie ;
- sa motivation est insuffisante ;
- son annulation est impliquée par celle de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- le seul pays dans lequel il pourrait être légalement admissible est la Guinée ; le préfet n'a pas examiné ses craintes en cas de renvoi vers la Guinée comme le lui imposent les articles L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle aurait des conséquences excessives sur sa vie privée et familiale ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 avril 2022, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- s'agissant du refus de séjour opposé sur le fondement de l'article L. 313-10, il est justifié par le fait que le requérant ne dispose pas d'un visa de long séjour ; aussi, il y aura lieu, le cas échéant, de substituer ce nouveau motif à celui, initialement retenu, tiré de l'absence de dépôt par M. C, dans les trois mois suivant son arrivée, d'une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- les autres moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Un mémoire complémentaire, enregistré le 27 avril 2022, veille de l'audience, a été présenté par M. C et n'a pas été communiqué.
M. C a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 juin 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la directive 2003/109/CE du Conseil du 25 novembre 2003 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code du travail ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 28 avril 2022 :
- le rapport de M. D,
- et les observations de Me Néraudau, représentant M. C.
Une note en délibéré, enregistrée le 28 avril 2022, a été présentée pour M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. G C, ressortissant guinéen né le 22 juillet 1988, déclare être entré en France le 21 juin 2019, muni d'une carte de séjour longue durée UE délivrée par les autorités italiennes. Le 4 novembre 2019, il a été recruté, en tant que préparateur de commandes, pour une durée de six mois, par la société SCA Ouest qui exploite une plateforme d'achat centralisé à St-Etienne-de-Montluc (Loire-Atlantique). Le 6 mars 2020, il a adressé au préfet de la Loire-Atlantique une demande de " carte de séjour temporaire pour régulariser sa situation en France ". Il a indiqué dans ce courrier : " je travaille actuellement à SCA Ouest, mon employeur ayant considéré, une bonne foi, que ma carte de séjour m'autorisait à travailler dans toute l'Union européenne ". Par un arrêté du 7 décembre 2020, le préfet a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a désigné comme pays de renvoi son pays d'accueil, l'Italie, son pays d'origine ou tout autre pays dans lequel il établit être admissible. Par la présente requête, M. C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme F E, directrice des migrations et de l'intégration de la préfecture de la Loire-Atlantique. Par un arrêté du 12 octobre 2020, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Loire-Atlantique lui a donné délégation à l'effet de signer, notamment, les décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de renvoi. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de cette signataire manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
4. En l'espèce, l'arrêté en litige du 7 décembre 2020, en tant qu'il porte refus de séjour, vise notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les articles L. 313-4-1, L. 313-10 et L. 511-1, I-3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il retrace, par ailleurs, le parcours de M. C depuis son entrée sur le territoire français, mentionne que celui-ci a présenté un dossier comportant un contrat de travail au sein de la société SCA Ouest, que, cependant, l'intéressé est en France depuis plus de trois mois et ne peut de ce fait bénéficier d'un titre de séjour en qualité de salarié sur le fondement des articles L. 313-4-1 et L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ajoute que M. C, célibataire et sans enfant sur le territoire, présent en France depuis moins de deux ans, ne peut se prévaloir de liens personnels et familiaux en France tels qu'au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, il serait porté une atteinte manifestement excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale conformément à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et que rien ne s'oppose à ce qu'il poursuive sa vie privée et familiale en Italie où il dispose d'un titre de séjour en cours de validité ou dans son pays d'origine où résident sa mère, sa sœur et son enfant mineur. Par suite, la décision attaquée, qui énonce les motifs de droit et de fait sur lesquels elle repose est suffisamment motivée, quel que soit le bien-fondé de ces motifs. Si le préfet n'a pas fait état de la relation amoureuse nouée par le requérant avec une compatriote demandeuse d'asile, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il en ait été informé par M. C préalablement à la prise de l'arrêté litigieux.
5. En troisième lieu, il ressort de cette motivation de l'arrêté attaqué, en tant qu'il porte refus de séjour, que le préfet a bien procédé à un examen circonstancié et précis de la situation personnelle du requérant avant de rejeter sa demande de titre de séjour.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 313-4-1 alors en vigueur du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger titulaire de la carte de résident de longue durée-UE définie par les dispositions communautaires applicables en cette matière et accordée dans un autre Etat membre de l'Union européenne qui justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir à ses besoins et, le cas échéant, à ceux de sa famille ainsi que d'une assurance maladie obtient, sous réserve qu'il en fasse la demande dans les trois mois qui suivent son entrée en France et sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée : / () 5° Une carte de séjour temporaire portant la mention de l'activité professionnelle pour laquelle il a obtenu l'autorisation préalable requise, dans les conditions définies, selon le cas, aux 1°, 2° ou 3° de l'article L. 313-10. / ()".
7. Comme il a été dit, M. C est entré en France le 21 juin 2019 muni d'une carte de résident portant la mention " longue durée UE " délivrée par les autorités italiennes. Il a travaillé en France à compter du mois de novembre 2019 et n'a sollicité du préfet de la Loire-Atlantique un titre de séjour " salarié " que le 6 mars 2020, soit au-delà du délai de trois mois suivant son entrée en France, délai imparti par les dispositions précitées de l'article L. 313-4-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ce motif tiré de la présentation tardive par M. C de sa demande de titre de séjour était suffisant pour fonder le refus opposé par le préfet à sa demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 313-4-1. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de cet article doit être écarté.
8. En cinquième lieu, il ressort des motifs de l'arrêté attaqué que le préfet de la Loire-Atlantique a également regardé la demande de délivrance du titre de séjour de M. C comme fondée sur les dispositions de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers. Aux termes de cet article alors en vigueur : " Une carte de séjour temporaire, d'une durée maximale d'un an, autorisant l'exercice d'une activité professionnelle est délivrée à l'étranger : / 1° Pour l'exercice d'une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée, dans les conditions prévues à l'article L. 5221-2 du code du travail. Elle porte la mention "salarié" ". Aux termes de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur / () ".
9. Comme le soutient M. C, le préfet de la Loire-Atlantique ne pouvait légalement fonder son refus de délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié ", sur le fondement de l'article L. 313-10, par le fait que la demande de ce titre avait été déposée par l'intéressé plus de trois mois après son entrée en France. Cependant, le préfet demande que soit substitué à ce motif initialement retenu celui tiré de ce que le requérant ne justifie pas de la possession du visa de long séjour nécessaire pour bénéficier d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
10. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
11. Il résulte des dispositions citées au point 8 que lorsqu'un étranger sollicite un titre de séjour portant la mention " salarié " sur le fondement de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet est en droit d'exiger du demandeur la production d'un visa de longue durée. Il est constant que M. C n'est pas en mesure de présenter un tel visa. Par suite et alors que la substitution de motifs demandée par le préfet n'a pas pour effet de priver M. C d'une garantie, il y a lieu de faire droit à cette demande et d'écarter le moyen tiré par le requérant de ce que le préfet aurait méconnu l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
12. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, () ".
13. M. C fait valoir qu'il entretenait, à la date de la décision attaquée, une relation amoureuse avec une compatriote demandeuse d'asile et que celle-ci a donné naissance, le 26 août 2021, à une fille, B C, qu'il a reconnue comme sienne dès le 31 mai 2021. Il se prévaut de ce qu'une demande de protection internationale a été déposée pour cette enfant. Toutefois, ces évènements, postérieurs à la décision attaquée, ne permettent pas d'établir qu'à la date de cette décision, soit le 7 décembre 2020, il entretenait déjà avec la mère de l'enfant une relation de concubinage stable et durable. Les pièces produites ne suffisent pas en effet à prouver l'intensité et la stabilité des liens noués entre eux à cette date alors que M. C est père d'un enfant mineur resté en Guinée, pays où résident également sa mère et sa sœur. Au vu de l'ensemble de ces circonstances et compte tenu du fait qu'à la date de la décision attaquée, la durée de l'insertion professionnelle du requérant était limitée à treize mois, la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour en tant qu'étranger salarié ne porte pas au droit de M. C au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée et ne méconnait donc pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
14. En septième lieu, Aux termes du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait () des tribunaux, des autorités administratives (), l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". La décision attaquée n'ayant ni pour objet ni pour effet de séparer l'enfant de son père, il n'est pas davantage justifié d'une méconnaissance de l'intérêt supérieur de l'enfant de M. C, au surplus née postérieurement à la date de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être également écarté.
15. En huitième lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé. Il ressort des pièces du dossier que M. C doit être regardé comme ayant sollicité un titre de séjour sur le seul fondement des dispositions des articles L. 313-4-1 et L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ne justifie pas avoir sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-14 du même code. Il ne peut, par suite et en tout état de cause, utilement soutenir que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en lui refusant le bénéfice de ce dernier article L. 313-14, tel qu'interprété par une circulaire ministérielle du 28 novembre 2012.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
16. Lorsqu'un ressortissant d'un pays tiers détient un titre de résident de longue durée-UE en cours de validité accordé par un autre Etat membre que la France, il résulte du deuxième alinéa de l'article L. 531-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, interprété à la lumière des articles 12 et 22 de la directive 2003/109/CE du Conseil du 25 novembre 2003, que l'étranger ne peut en principe être éloigné qu'à destination de l'Etat membre qui lui a accordé le titre de long séjour. Cet Etat est alors tenu, après avoir été informé de la décision d'éloignement, de réadmettre l'étranger immédiatement et sans formalités, sur le fondement du paragraphe 2 de l'article 22 de cette directive, indépendamment de tout accord ou arrangement bilatéral de réadmission. L'étranger résident de longue durée ne peut être éloigné du territoire de l'Union, notamment par une obligation de quitter le territoire français prise sur le fondement de l'article L. 511-1, que pour les motifs prévus à l'article 12 de la directive 2003/109/CE, c'est-à-dire que " lorsqu'il représente une menace réelle et suffisamment grave pour l'ordre public ou la sécurité publique ".
17. Il ressort des pièces du dossier que M. C est titulaire d'un titre de résident longue durée-UE en cours de validité qui lui a été délivré par les autorités italiennes et dont le préfet de la Loire-Atlantique ne conteste pas l'authenticité ni la portée. Il suit de là qu'en l'absence de tout motif tiré d'une menace réelle et suffisamment grave pour l'ordre public ou la sécurité publique, M. C est fondé à soutenir que le préfet de la Loire-Atlantique ne pouvait prononcer à son encontre une obligation de quitter le territoire français.
18. Il résulte de tout ce qui précède que M. C est seulement fondé à demander l'annulation de la décision du 7 décembre 2020 l'obligeant à quitter le territoire français ainsi que, par voie de conséquence, la décision fixant le pays de renvoi, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés pour contester la légalité de ces décisions.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
19. Eu égard à ses motifs, l'exécution du présent jugement implique seulement que le préfet de la Loire-Atlantique procède au réexamen de la situation du requérant dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et lui délivre, dans l'attente de ce réexamen, un récépissé valant autorisation provisoire de séjour.
Sur les conclusions à fin d'injonction et tendant à l'application de l'article L 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
20. M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros à verser à Me Néraudau, avocate de M. C, sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991. Conformément aux dispositions de ce dernier article, la perception de cette somme vaudra renonciation au versement de la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle qui a été accordée au requérant.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté attaqué du préfet de la Loire-Atlantique du 7 décembre 2020 est annulé en tant que, par ses articles 2 et 3, il oblige M. C à quitter le territoire français dans un délai de trente joursc et fixe le pays de renvoi.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de procéder au réexamen de la situation de M. C dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : L'Etat versera à Me Néraudau une somme de 800 (huit cents) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. G C, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Néraudau.
Délibéré après l'audience du 28 avril 2022, à laquelle siégeaient :
M. Luc Martin, président,
M. David Labouysse, premier conseiller,
Mme Nathalie Caro, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er septembre 2022.
Le président-rapporteur,
L. D
L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,
D. LABOUYSSELa greffière,
V. MALINGRE
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
V. Malingre
em
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026