jeudi 17 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2108386 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | KADDOURI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 juillet 2021, M. E C B, représenté par Me Kaddouri, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 juillet 2021 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire, à titre principal, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jours de retard, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans un délai de 2 mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 800 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur l'arrêté dans son ensemble :
- la compétence de sa signataire n'est pas établie ;
- sa motivation est insuffisante ;
- le préfet a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; eu égard à l'ancienneté de sa présence en France, le centre de ses attaches privées et familiales se situe dans ce pays ; il a tissé des liens notamment au sein de l'association Emmaüs et l'association des parents, A et adultes handicapés de la région choletaise ; il est parfaitement intégré ;
Sur la décision portant refus de séjour :
- la commission du titre de séjour n'a pas été saisie alors même qu'il entre dans le champ d'application de l'article L. 432-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet doit justifier tant de l'existence de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) que de l'existence du rapport médical établi par un médecin de l'OFII, de sa transmission effective et du respect des formes et délais prévus par les articles R. 425-12 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il n'est pas établi que l'avis médical ait été signé par chacun des trois médecins membres du collège ;
- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; à défaut de précision de l'administration, l'avis rendu par le collège des médecins de l'OFII, dont le préfet fait état, doit être regardé comme lui étant favorable ; il souffre d'une hépatite B chronique et de troubles psychiatriques et bénéficie de la qualité de personne handicapée ; il est régulièrement suivi par le corps médical en France depuis 2013 ; sa prise en charge médicale, non accessible au Maroc, ne doit pas être interrompue ;
- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour implique, par voie de conséquence, l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé ;
- en décidant de l'éloigner en dépit de son état de santé particulièrement dégradé, le préfet a méconnu le 10° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'a pas mesuré les conséquences de sa décision ;
Sur la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours :
- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français implique, par voie de conséquence, l'annulation de la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours ;
- au regard de son état de santé, il doit bénéficier d'un délai de départ, le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français implique, par voie de conséquence, l'annulation de la décision fixant le délai de destination.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 mars 2022, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
M. C B a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 décembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique du 28 avril 2022.
Considérant ce qui suit :
1. M. E C B, ressortissant marocain né le 9 juillet 1985, déclare être entré en France le 10 juillet 2013. Il a obtenu du préfet de la Haute-Vienne la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " valable du 29 mai 2017 au 28 mai 2018. Le 26 mars 2018, il a sollicité du préfet de Maine-et-Loire le renouvellement de ce titre de séjour. Un récépissé lui a été délivré, qui a été régulièrement renouvelé jusqu'au 8 août 2021. Toutefois, par un arrêté du 9 juillet 2021, le préfet de Maine-et-Loire a refusé le renouvellement de son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a désigné le Maroc comme pays de renvoi. Par la présente requête, M. C B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions attaquées :
2. L'arrêté attaqué a été signé par Mme Magali Daverton, secrétaire générale de la préfecture de Maine-et-Loire. Il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté du 22 février 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, le préfet de Maine-et-Loire lui a donné délégation à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département à l'exception de certains actes limitativement énumérés au nombre desquels ne figurent pas les décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français, octroi d'un délai de départ volontaire et fixation du pays de destination. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait.
En ce qui concerne les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision portant refus de e séjour :
3. En premier lieu, la décision attaquée énonce avec suffisamment de précision les circonstances de fait et de droit qui la fondent. Elle vise notamment l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise que si l'état de santé de M. C B nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, l'intéressé peut, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé au Maroc, bénéficier dans ce pays d'un traitement approprié et peut y voyager sans risque. Elle mentionne également que M. C B ne justifie ni s'être intégré, ni avoir noué des liens forts en France et qu'en conséquence, il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté attaqué, en tant qu'il porte refus de séjour, doit être écarté comme manquant en fait. Il ressort de cette motivation que le préfet a bien procédé à un examen approfondi de la situation de M. C B avant de refuser le renouvellement de son titre de séjour.
4. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. (). / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / (). ".
5. D'autre part, aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. / Les orientations générales mentionnées au troisième alinéa de l'article L. 425-9 sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé. ". Aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. (). Il transmet son rapport médical au collège de médecins. / Sous couvert du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le service médical de l'office informe le préfet qu'il a transmis au collège de médecins le rapport médical. En cas de défaut de présentation de l'étranger lorsqu'il a été convoqué par le médecin de l'office ou de production des examens complémentaires demandés dans les conditions prévues au premier alinéa, il en informe également le préfet. Dans ce cas le récépissé de demande de première délivrance d'un titre de séjour prévu à l'article R. 431-12 n'est pas délivré. () Le demandeur dispose d'un délai d'un mois à compter de l'enregistrement de sa demande en préfecture pour transmettre à l'Office et de l'intégration le certificat médical mentionné au premier alinéa. Lorsque la demande est fondée sur l'article L. 431-2, le certificat médical est transmis dans le délai mentionné à ce même article. ". Enfin, l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016, relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis, prévoit que : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant: / a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. / Cet avis mentionne les éléments de procédure. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".
6. Il ressort des pièces du dossier, notamment de l'avis émis le 21 mars 2021 par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration sur l'état de santé de M. C B et de son bordereau de transmission, produits en défense par le préfet, que cet avis a été transmis à cette même date au préfet de Maine-et-Loire par la directrice territoriale de l'OFII. De même, il ressort des pièces du dossier que le rapport médical sur l'état de santé de M. C B, rédigé 11 mars 2021 par le médecin rapporteur, a été transmis au collège composé de trois autres médecins régulièrement désignés à cette fin par décision du directeur général de l'OFII du 15 octobre 2020. En outre, il ressort également de l'avis en cause qu'il a été signé par chacun des membres du collège, ces signatures ainsi que la mention figurant sur l'avis : " après en avoir délibéré, le collège des médecins de l'OFII émet l'avis suivant " établissant, en l'absence de preuve contraire, la régularité de la délibération du collège. Par suite, le moyen tiré par M. C B du caractère vicié de la procédure de traitement de sa demande par l'OFII doit être écarté en ses diverses branches.
7. En troisième lieu, en vertu des règles gouvernant l'administration de la preuve devant le juge administratif, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'OFII venant au soutien de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié et effectivement accessible dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.
8. En l'espèce, pour refuser de renouveler le titre de séjour de M. C B, le préfet de Maine-et-Loire s'est approprié l'avis du collège de médecins de l'OFII du 21 mars 2021 selon lequel, comme il a été dit, si l'état de santé de M. C B nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ce dernier peut toutefois bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine, vers lequel il peut voyager sans risque.
9. Il ressort des pièces du dossier que M. C B souffre d'hépatite B chronique ainsi que de troubles psychiatriques et qu'il a été reconnu handicapé avec un taux d'incapacité compris entre 50% et 80%. En ce qui concerne l'hépatite B, aucune pièce n'est versée au dossier par M. C B permettant d'apprécier si cette pathologie nécessitait, à la date de la décision attaquée, une prise en charge médicale. Le requérant ne soutient, ni même n'allègue que cette prise en charge médicale, à la supposer nécessaire, ne serait pas accessible dans son pays d'origine. En ce qui concerne les troubles psychiatriques, il ressort des pièces du dossier que le requérant, alors qu'il résidait en Haute-Vienne, en 2016 et 2017, dans une communauté Emmaüs, a été hospitalisé d'office, l'intéressé déambulant sur la voie publique, tenant des propos incohérents, présentant un état d'agitation important, une probable schizophrénie paranoïde, des idées délirantes persécutoires, des hallucinations auditives très envahissantes, une agitation psychomotrice et une logorrhée. Si l'intéressé justifie également avoir été hospitalisé sans son consentement le 21 aout 2019 au centre hospitalier de Cholet, il n'apporte aucune précision sur l'évolution de sa pathologie et sur le traitement qui lui était prescrit à la date de la décision attaquée. S'il fait valoir que le coût du traitement et l'absence de mode de prise en charge adaptée dans le pays d'origine peuvent faire obstacle à l'accès à un traitement approprié, il n'assortit cette affirmation générale d'aucun élément propre à sa situation permettant d'établir que tel serait son cas. Par suite, les moyens tirés par M. C B de ce que le préfet de Maine-et-Loire aurait fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et commis une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
10. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". En application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier l'ancienneté, la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
11. M. C B se prévaut de sa présence en France depuis huit ans, des liens qu'il a tissés avec des personnes de son entourage, notamment au sein de l'association Emmaüs et de l'Association des Parents, A et Adultes Handicapés de la Région Choletaise, et de sa parfaite intégration dans la société française. Toutefois, l'intéressé, célibataire et sans enfant, ne justifie pas de la nature et de la fréquence de ses relations avec les personnes de son entourage, en particulier avec les membres de sa famille présents en France. S'il produit un courrier de la maison départementale de l'autonomie de l'Anjou du 31 mars 2021 selon lequel il a obtenu le bénéfice de l'allocation adulte handicapé, pour la période comprise entre le 1er avril 2021 et le 31 mars 2023, ainsi qu'une orientation vers un ESAT, il ne justifie pas avoir été admis dans un tel établissement. Ces éléments lacunaires ne suffisent pas à établir, en dépit de la durée de présence du requérant sur le territoire français, que le préfet de Maine-et-Loire, en refusant de renouveler le titre de séjour de M. C B, aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a pris cette décision. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée a été édictée en méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes raisons, M. C B n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.
12. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles () L. 425-9 () ". Il résulte de ces dispositions que le préfet n'est tenu de saisir la commission que du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues, notamment, par les dispositions de l'article L. 425-9, auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité et non celui de tous les étrangers qui se prévalent de ces dispositions.
13. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. C B ne pouvait prétendre, à la date de la décision attaquée, à la délivrance de plein droit d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet de Maine-et-Loire n'était, par suite, pas tenu de soumettre sa demande à la commission du titre de séjour. Dès lors, le moyen tiré de ce que le préfet aurait vicié la procédure en s'abstenant de saisir cette commission doit être écarté.
En ce qui concerne les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
14. En premier lieu, en vertu des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Ainsi qu'il a été dit au point 3, la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour à M. C B est suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'obligation de quitter le territoire français prononcée à l'encontre de l'intéressé, laquelle est fondée sur le 3° de l'article L. 611-1 dudit code, doit être écarté.
15. En deuxième lieu, en l'absence d'annulation de la décision portant refus de titre de séjour, M. C B n'est pas fondé à soutenir que cette annulation doit entraîner, par voie de conséquence, celle de l'obligation de quitter le territoire français.
16. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 11, le préfet de Maine-et-Loire n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'a pas davantage commis d'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de sa décision sur la vie personnelle de M. C B.
17. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. / (). ".
18. Pour les mêmes raisons que celles indiquées au point 9, M. C B n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée a été prise en méconnaissance des dispositions citées au point précédent.
En ce qui concerne les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision portant octroi d'un délai de départ volontaire de trente jours :
19. En premier lieu, l'arrêté attaqué cite l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, précise qu'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de la décision d'éloignement est accordé à M. C B et mentionne que celui-ci ne fait état d'aucune circonstance justifiant qu'un délai supérieur à trente jours lui soit accordé. L'octroi de ce délai est ainsi, en tout état de cause, suffisamment motivé.
20. En deuxième lieu, la décision obligeant à quitter le territoire français n'étant pas annulée par le présent jugement, doit être écarté le moyen tiré de ce que cette annulation doit entraîner, par voie de conséquence, celle de l'octroi d'un délai de départ volontaire.
21. En troisième lieu, M. C B ne précise pas en quoi l'octroi de ce délai de départ volontaire de trente jours serait contraire à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de cet article ne peut qu'être écarté.
22. En quatrième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet lui a accordé un délai de départ volontaire. Par suite, le moyen tiré par M. C B de ce que, compte tenu de son état de santé, le refus de lui accorder un tel délai serait constitutif d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
En ce qui concerne les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision fixant le pays de destination :
23. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision fixant le pays dont M. C B a la nationalité comme pays de destination comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle se réfère notamment à la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et à l'absence de risque pour l'intéressé d'être exposé à des peines ou traitements contraires à cette convention en cas de retour dans son pays d'origine. Elle est ainsi suffisamment motivée en droit comme en fait.
24. En deuxième lieu, la décision obligeant M. C B à quitter le territoire français n'étant pas annulée par le présent jugement, doit être écarté le moyen tiré de ce que la désignation du pays de renvoi doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de cette décision.
25. En troisième lieu, pour les motifs exposés au point 11, la décision fixant le pays de destination ne porte pas au droit de M. C B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée et ne méconnait donc pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales
26. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. C B à fin d'annulation doivent être rejetées. ainsi que celles à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. C B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E C B, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Kaddouri.
Délibéré après l'audience du 28 avril 2022, à laquelle siégeaient :
M. Luc Martin, président,
M. David Labouysse, premier conseiller,
Mme Nathalie Caro, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 novembre 2022.
Le président-rapporteur,
L. DL'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,
D. LABOUYSSE
La greffière,
V. MALINGRE
La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
V. MALINGRE
lf
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026