mercredi 22 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2108429 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | HACHED |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 27 juillet 2021et le 18 août 2022, Mme B A, représentée par Me Rabah Hached, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite de rejet par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours contre la décision du préfet des Hauts-de-Seine du 18 janvier 2021 constatant l'irrecevabilité de sa demande de réintégration dans la nationalité française ;
2°) d'annuler la décision du 18 janvier 2021 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a constaté l'irrecevabilité de sa demande de réintégration ;
3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de réexaminer sa demande de réintégration, et ce sous astreinte de cent euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros en application de l'article L.'761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- le préfet des Hauts-de-Seine a commis une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mai 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que l'ensemble des moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique du 10 avril 2024 à 9h45.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, ressortissante algérienne, née 5 mai 1953, a sollicité l'acquisition de la nationalité française par la voie de la réintégration. Par une décision du 18 janvier 2021, le préfet des Hauts-de-Seine a constaté l'irrecevabilité de sa demande. L'intéressée a, pour contester cette décision et comme elle y était tenue en application de l'article 45 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 relatif notamment aux décisions de naturalisation, saisi d'un recours administratif préalable obligatoire le ministre de l'intérieur, lequel recours a été rejeté par une décision implicite née le 16 juin 2021. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision préfectorale :
2. Aux termes de l'article 45 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " Dans les deux mois suivant leur notification, les décisions prises en application des articles 43 et 44 peuvent faire l'objet d'un recours auprès du ministre chargé des naturalisations, à l'exclusion de tout autre recours administratif. Ce recours, pour lequel le demandeur peut se faire assister ou être représenté par toute personne de son choix, doit exposer les raisons pour lesquelles le réexamen de la demande est sollicité. Il constitue un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux, à peine d'irrecevabilité de ce dernier. () ".
3. Il résulte de ces dispositions que les décisions par lesquelles le ministre en charge des naturalisations statue sur les recours préalables obligatoires se substituent à celles prises par le préfet. Dès lors, les conclusions de la requête dirigées contre la décision préfectorale du 18 janvier 2021, à laquelle s'est substituée la décision ministérielle, doivent être regardées comme exclusivement dirigées contre cette dernière.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision ministérielle :
4. En premier lieu, aux termes de l'article 27 du code civil : " Toute décision () rejetant une demande () de naturalisation () doit être motivée ". Selon l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande ().
5. Il résulte de ces dispositions qu'une décision de rejet, née du silence gardé par le ministre de l'intérieur sur le recours formé à l'encontre de la décision préfectorale rejetant la demande de naturalisation ou de réintégration, n'est pas illégale du seul fait qu'elle est dépourvue d'une motivation. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme A aurait, dans le délai de recours contentieux, demandé que lui soient communiqués les motifs de cette décision implicite de rejet. En tout état de cause, la circonstance que la décision préfectorale ne serait elle-même pas motivée serait sans incidence sur la légalité de la décision prise par le ministre de l'intérieur qui s'y est substituée. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
6. En second lieu, aux termes de l'article 24-1 du code civil : " La réintégration par décret peut être obtenue à tout âge et sans condition de stage. Elle est soumise, pour le surplus, aux conditions et aux règles de la naturalisation ", et aux termes de l'article 21-15 du code civil :
" () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ".
7. Aux termes de l'article 21-24 du code civil : " Nul ne peut être naturalisé s'il ne justifie de son assimilation à la communauté française, notamment par une connaissance suffisante, selon sa condition, de la langue, de l'histoire, de la culture et de la société françaises, dont le niveau et les modalités d'évaluation sont fixés par décret en Conseil d'Etat, et des droits et devoirs conférés par la nationalité française ainsi que par l'adhésion aux principes et aux valeurs essentiels de la République. / A l'issue du contrôle de son assimilation, l'intéressé signe la charte des droits et devoirs du citoyen français. Cette charte, approuvée par décret en Conseil d'Etat, rappelle les principes, valeurs et symboles essentiels de la République française ". L'article 21-25 du même code énonce : " Les conditions dans lesquelles s'effectuera le contrôle de l'assimilation et de l'état de santé de l'étranger en instance de naturalisation seront fixées par décret'". Aux termes de l'article 41 du décret du 30 décembre 1993 : " () / Lors d'un entretien individuel et après réception des enquêtes prévues à l'article 36, l'agent vérifie l'assimilation du demandeur à la communauté française, selon les critères prévus par l'article 21-24 du code civil et établit un compte rendu de l'entretien ".
8. Pour déclarer irrecevable la demande de réintégration de Mme A, qui se prévaut d'une durée de séjour en France de 6 ans à la date de la décision attaquée, le ministre de l'intérieur s'est fondé sur le motif qu'elle ne justifiait pas de connaissances suffisantes concernant les éléments fondamentaux relatifs aux grands repères de l'histoire de la France, aux règles de vie en société, aux principes, symboles et institutions de la République et aux principaux droits et devoirs liés à l'exercice de la citoyenneté française. Le ministre de l'intérieur a porté cette appréciation en constatant que, lors de l'entretien d'assimilation de l'intéressée conduit, dans le cadre de l'instruction de sa demande, par une agente des services de la préfecture des Hauts-de-Seine, Mme A n'a pas su indiquer quelle était la devise de la République, ni la définition du principe de laïcité ni les droits et les devoirs d'un citoyen français. Le ministre de l'intérieur a également constaté, lors de l'examen de ce compte-rendu d'entretien, que Mme A n'avait pas davantage été en mesure de citer les principaux responsables de l'Etat, la date de naissance de la 5e République, la date de l'abolition de la peine de mort, le nom de 4 villes françaises hors Ile-de-France ou les pays frontaliers à la France. Le compte-rendu de l'entretien précise par ailleurs que " bien qu'elle ait signé la charte, elle n'adhère pas aux principes et valeurs essentiels de la République ". Ainsi, alors même que la requérante, mère d'enfants français, s'est vu reconnaître un taux d'incapacité supérieur à 80% lui ouvrant droit à la perception de l'allocation pour adulte handicapé et justifie avoir suivi avec assiduité des cours de français ainsi qu'une formation civique dans le cadre d'un contrat d'intégration républicaine, le ministre de l'intérieur a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, déclarer irrecevable sa demande de réintégration dans la nationalité française au motif qu'elle ne justifiait pas d'un niveau suffisant d'assimilation à la communauté française, notamment par sa méconnaissance des grands repères de l'histoire, de la culture et de la société françaises, aucune pièce du dossier ne permettant d'établir un lien entre son handicap et son défaut d'assimilation.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision implicite attaquée doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, les conclusions présentées à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience 10 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Luc Martin, président,
M. David Labouysse,premier conseiller,
Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mai 2024.
La rapporteure,
J-K. C
Le président,
L. MARTIN
La greffière,
S. BARBERA
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
1
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026