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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2108450

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2108450

mardi 18 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2108450
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantLAPLANE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 27 juillet 2021 et les 2 mars et 12 avril 2023, M. B A, représenté par Me Laplane, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 12 mars 2021 par laquelle la directrice du centre pénitentiaire de Nantes a ordonné son placement à titre préventif en cellule disciplinaire ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- il n'est pas établi que la décision attaquée ait été signée par une autorité habilitée ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- les faits ayant justifié son placement à titre préventif en cellule disciplinaire n'ont jamais été examinés par la commission de discipline ;

- il n'a pas été poursuivi pour les fautes prévues aux articles R. 57-7-1-5° et R. 57-7-1- 1° du code de procédure pénale, dans les deux jours ouvrés suivant les faits reprochés ;

- les dispositions ayant fondé le placement à titre préventif ne sont pas celles ayant fondé sa condamnation disciplinaire.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 février 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens soulevés par M. A sont infondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 août 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pons,

- et les conclusions de M. Vauterin, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, incarcéré au centre pénitentiaire de Nantes depuis le 24 mars 2020, a fait l'objet, le 12 mars 2021, d'une décision de placement préventif au quartier disciplinaire du centre de détention de Nantes, prononcée par la directrice du centre pénitentiaire de Nantes. Il demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur la légalité de la décision attaquée :

2. En premier lieu, le signataire de la décision attaquée bénéficiait d'une délégation de signature régulière de la directrice du centre pénitentiaire de Nantes, en date du 7 janvier 2019, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Loire-Atlantique, aux fins d'ordonner le placement des personnes détenues au quartier disciplinaire à titre préventif. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision en litige fait mention des motifs utiles de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que cette mesure est insuffisamment motivée.

4. En troisième lieu et d'une part, aux termes de l'article R. 57-7-18 du code de procédure pénale, dans sa version applicable au litige : " Le chef d'établissement ou son délégataire peut, à titre préventif et sans attendre la réunion de la commission de discipline, décider le confinement en cellule individuelle ordinaire ou le placement en cellule disciplinaire d'une personne détenue, si les faits constituent une faute du premier ou du deuxième degré et si la mesure est l'unique moyen de mettre fin à la faute ou de préserver l'ordre à l'intérieur de l'établissement. ". Aux termes de l'article R.57-7-19 du même code : " La durée du confinement en cellule individuelle ordinaire ou du placement en cellule disciplinaire, prononcés à titre préventif, est limitée au strict nécessaire et ne peut excéder deux jours ouvrables. Le délai de computation du placement préventif commence à courir le lendemain du jour du placement en prévention. Il expire le deuxième jour suivant le placement en prévention, à vingt-quatre heures. Le délai qui expirerait un samedi, un dimanche ou un jour férié ou chômé est prorogé jusqu'au premier jour ouvrable suivant. ".

5. D'autre part, aux termes de l'article R. 57-7-1 du code précité : " Constitue une faute disciplinaire du premier degré le fait, pour une personne détenue : () 5° De commettre intentionnellement des actes de nature à mettre en danger la sécurité d'autrui () ". Aux termes de l'article R. 57-7-2 du même code : " Constitue une faute disciplinaire du deuxième degré le fait, pour une personne détenue : 1° De refuser de se soumettre à une mesure de sécurité définie par une disposition législative ou réglementaire, par le règlement intérieur de l'établissement pénitentiaire ou par toute autre instruction de service ou refuser d'obtempérer immédiatement aux injonctions du personnel de l'établissement ; () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que la sanction disciplinaire prononcée à l'encontre de M. A est fondée sur les dispositions des articles R. 57-7-1, 5° et R.57-7-2, 1° précitées du code de procédure pénale. La commission de discipline, contrairement à ce qui est allégué par le requérant, a examiné les faits reprochés survenus le 12 mars 2021 entre 14h30 et 15h00, lors de sa séance du 15 mars 2021 à 11h00. Aucune disposition législative ou réglementaire n'impose que le détenu faisant l'objet d'une mesure de placement à titre préventif en cellule disciplinaire, pour les fautes prévues aux articles précités du code de procédure pénale, soit poursuivi dans les deux jours ouvrés suivant la constatation de ces faits.

7. En dernier lieu, pour prendre la décision contestée, la commission de discipline s'est fondée sur le fait que, le vendredi 12 mars 2021 vers 14h41, M. A a souhaité se faire examiner par l'Unité de Consultations et de Soins Ambulatoires (UCSA) de l'établissement pour un mal à la gorge. L'infirmière qui l'a reçu, suite à ses symptômes, l'a informé qu'il ferait l'objet d'un confinement médical. A cette annonce, M. A est sorti du bureau de l'infirmière en claquant la porte et en criant, refusant le confinement. Constatant cet emportement de l'intéressé, le surveillant sur place a fait appel à des renforts. Parallèlement, une infirmière a déclenché l'alarme. Un officier et un premier surveillant ont tenté d'établir le dialogue mais M. A a continué à hurler en refusant le confinement médical. Il a ensuite ôté son masque et mis ses doigts dans sa bouche. Après plusieurs minutes de négociation sans succès et pour mettre fin à l'incident, la mise en prévention du détenu a été décidée. Lors de sa mise en prévention et suite à sa fouille corporelle, M. A a exprimé son mécontentement verbalement et physiquement et a bousculé un surveillant avec ses mains au niveau de l'épaule gauche, tandis que ce dernier lui demandait de se calmer. M. A a reconnu dans ses observations devant la commission de discipline la bousculade d'un surveillant et le fait qu'il " soit monté en pression ". En se fondant sur ces éléments pour placer M. A à l'isolement préventif, alors que ce dernier a refusé de se soumettre à une mesure de sécurité et d'obtempérer immédiatement aux injonctions du personnel de cet établissement, que ce comportement était de nature à induire des répercussions immédiates sur le bon fonctionnement de l'établissement, la directrice du centre pénitentiaire de Nantes n'a pas méconnu les dispositions précitées.

8. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision qu'il conteste.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 11 juillet 1991 font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Laplane et au ministre des armées.

Délibéré après l'audience du 21 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cantié, président,

M. Pons, premier conseiller,

Mme Martel, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juin 2024.

Le rapporteur,

F. PONS

Le président,

C. CANTIÉLa greffière,

C. DUMONTEIL

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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