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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2108469

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2108469

mardi 2 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2108469
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantRODRIGUES DEVESAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 juillet 2021, M. A B, représenté par Me Prelaud, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 17 décembre 2020 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a déclaré irrecevable sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique d'enregistrer sa demande de titre de séjour dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et de lui délivrer, sans délai, un récépissé de demande de titre de séjour avec autorisation de travail, sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié que la décision attaquée ait été signée par une autorité habilitée ;

- cette décision méconnaît l'article R. 311-2-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er août 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 5 février 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 20 février 2024.

Un mémoire, enregistré le 11 mars 2024, a été produit pour M. B.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 juin 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Martel,

- et les observations de Me Prelaud, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant guinéen, déclarant être entré irrégulièrement en France en avril 2016, a été placé sous la tutelle du département de la Loire-Atlantique en sa qualité de mineur isolé par une décision du juge des tutelles du 5 juillet 2016. Il a, par la suite, sollicité de la préfète de la Loire-Atlantique la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 313-11, 7°, L. 313-14 et L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 11 octobre 2018, la préfète de la Loire-Atlantique a refusé l'admission de l'intéressé au séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Le recours formé par M. B contre cet arrêté a été rejeté par un jugement n° 1810897 du tribunal administratif de Nantes en date du 13 mai 2019. N'ayant pas déféré à cette mesure d'éloignement, M. B a sollicité, le 28 août 2020, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 313-11-7° et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 17 décembre 2020, dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de procéder à l'enregistrement de sa demande de titre de séjour.

Sur la légalité de la décision attaquée :

2. Aux termes de l'article R. 311-2-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable au litige : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente les documents justifiant de son état civil et de sa nationalité () ". En dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'autorité administrative chargée d'instruire une demande de titre de séjour ne peut refuser de l'enregistrer que si le dossier présenté à l'appui de cette demande est incomplet.

3. Pour refuser d'examiner la demande de l'intéressé, le préfet de la Loire-Atlantique s'est fondé sur la circonstance que les documents d'état civil présentés par M. B à l'appui de sa demande de titre de séjour étaient dépourvus de caractère authentique. Toutefois, M. B a produit des documents d'identité et d'état civil conformément aux dispositions précitées de l'article R. 311-2-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, contrairement à ce que soutient le préfet, le bien-fondé du motif tenant au caractère apocryphe de ces documents n'a pas été confirmé par le jugement du 13 mai 2019 mentionné ci-dessus. Dans ces conditions, le préfet de la Loire-Atlantique, auquel il appartenait d'instruire cette demande au regard de la situation de M. B avant de rejeter, le cas échéant, cette demande pour défaut d'authenticité des actes d'état civil produits, a ainsi entaché sa décision d'une erreur de droit.

4. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, la décision du 17 décembre 2020 doit être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :

5. Eu égard au motif d'annulation mentionné au point 3, l'exécution du présent jugement implique nécessairement que la demande de titre de M. B soit enregistrée et instruite. Dès lors qu'il ne s'agit pas de la première demande de titre de séjour de l'intéressé ni d'une demande de renouvellement, l'article R. 311-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'implique pas la délivrance d'un récépissé. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de procéder à l'enregistrement de la demande de titre de séjour de M. B dans un délai de 10 jours à compter de la notification du présent jugement et d'instruire celle-ci, sauf changement dans les circonstances de droit et de fait, sans assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à Me Prelaud, avocate du requérant, au titre de ces dispositions, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du préfet de la Loire-Atlantique en date du 17 décembre 2020 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de procéder à l'enregistrement de la demande de titre de séjour de M. B dans un délai de dix jours à compter de la notification du présent jugement et d'instruire cette demande, sauf changement dans les circonstances de droit et de fait.

Article 3 : L'Etat versera à Me Prelaud, avocate de M. B, la somme de 1 000 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Prelaud et au préfet de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 12 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cantié, président,

Mme Martel, première conseillère,

M. Delohen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 avril 2024.

La rapporteure,

C. MARTEL

Le président,

C. CANTIÉLa greffière,

C. DUMONTEIL

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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