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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2108633

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2108633

vendredi 19 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2108633
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantROYER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 juillet 2021, M. A B, représenté par Me Royer, demande au tribunal

1°) d'annuler la décision du 4 juin 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a ajourné à deux ans sa demande de naturalisation ;

2°) d'annuler la décision du 31 décembre 2020 par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a ajourné à deux ans sa demande de naturalisation ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de réexaminer sa demande de naturalisation dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 septembre 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 22 mai 2024 à 9 heures 45.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant britannique, né le 7 octobre 1974, a sollicité l'acquisition de la nationalité française par la voie de la naturalisation auprès du préfet des Bouches-du-Rhône, lequel a ajourné à deux ans sa demande de naturalisation par une décision du 31 décembre 2020. L'intéressé a, pour contester cette décision, saisi d'un recours préalable obligatoire le ministre de l'intérieur, qui l'a rejeté par une décision du 4 juin 2021 en maintenant l'ajournement à deux ans de sa demande. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de la décision préfectorale du 31 décembre 2020 et de celle du ministre du 4 juin 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision préfectorale :

2. Aux termes de l'article 45 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " Dans les deux mois suivant leur notification, les décisions prises en application des articles 43 et 44 peuvent faire l'objet d'un recours auprès du ministre chargé des naturalisations, à l'exclusion de tout autre recours administratif. / Ce recours, pour lequel le demandeur peut se faire assister ou être représenté par toute personne de son choix, doit exposer les raisons pour lesquelles le réexamen de la demande est sollicité. Il constitue un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux, à peine d'irrecevabilité de ce dernier. () ". Il résulte de ces dispositions que les décisions par lesquelles le ministre en charge des naturalisations statue sur les recours préalables obligatoires se substituent à celles des autorités préfectorales qui lui sont soumises.

3. La décision du ministre de l'intérieur du 4 juin 2021 s'est substituée à la décision prise par le préfet des Bouches-du-Rhône le 31 décembre 2020. Il en résulte que les conclusions de la requête dirigées contre ces deux décisions doivent être regardées comme exclusivement dirigées contre la décision du 4 juin 2021 prise par le ministre de l'intérieur.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision ministérielle :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 27 du code civil : " Toute décision () ajournant () une demande () de naturalisation () doit être motivée ", c'est à dire qu'elle doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement afin de permettre à l'intéressée de connaître les raisons pour lesquelles cette décision a été prise et de pouvoir, le cas échéant, la contester. L'autorité statuant sur la demande de naturalisation n'a dès lors pas l'obligation d'énoncer l'ensemble des éléments relatifs à la situation de l'intéressé, mais uniquement ceux sur lesquels elle estime pouvoir fonder sa décision.

5. La décision attaquée du 4 juin 2021 se réfère aux articles 45 et 48 du décret

n° 93-1362 du 30 décembre 1993 qui permettent au ministre de l'intérieur d'ajourner jusqu'à l'expiration d'un certain délai une demande de naturalisation. Elle mentionne que la demande de naturalisation est ajournée à 2 années au motif que le parcours professionnel de l'intéressé n'était pas pleinement réalisé, et qu'il ne disposait pas de ressources suffisantes et stables. Par suite, cette décision est suffisamment motivée.

6. En second lieu, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Aux termes de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 : " () Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. Ce délai une fois expiré ou ces conditions réalisées, il appartient à l'intéressé, s'il le juge opportun, de déposer une nouvelle demande ". L'autorité administrative dispose, en matière de naturalisation ou de réintégration dans la nationalité française, d'un large pouvoir d'appréciation. Elle peut, dans l'exercice de ce pouvoir, prendre en considération notamment, pour apprécier l'intérêt que présenterait l'octroi de la nationalité française, l'intégration de l'intéressé dans la société française, son insertion sociale et professionnelle et le fait qu'il dispose de ressources lui permettant de subvenir durablement à ses besoins en France. Elle ne peut se fonder, ni sur l'existence d'un handicap, ni, par suite, sur l'insuffisance des ressources de l'intéressé lorsqu'elle résulte directement d'une maladie ou d'un handicap.

7. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du relevé de carrière de M. B, que malgré les nombreux emplois qu'il a exercés pour différents employeurs de 1991 à 2015, il n'exerçait aucune activité professionnelle à la date de la décision attaquée, depuis son licenciement intervenu le 3 aout 2015. Si le requérant expose qu'il a été victime de harcèlements dans l'entreprise dont il a été licencié en 2015, qu'il a subi ensuite une intervention chirurgicale liée à sa transition sexuelle et qu'il a été victime, le 10 août 2018, d'une grave luxation de l'interphalangienne du 4ème doigt de la main gauche, dont il conserve des séquelles qui le rendent inapte à l'exercice d'un métier manuel, aucune pièce du dossier ne permet d'établir que son absence d'emploi à la date de la décision attaquée résultait directement de son handicap ou de sa transition sexuelle. Ainsi, malgré sa volonté de changer de profession, attestée par le suivi de formations du 14 octobre 2020 au 22 février 2021, il n'avait pas, à la date de la décision attaquée à laquelle s'apprécie sa légalité, d'activité professionnelle lui conférant une autonomie financière, ses ressources étant principalement issues de prestations sociales, ainsi qu'il l'indique dans sa requête, se décomposant en une allocation logement de 260 euros par mois et une allocation chômage de 510 euros par mois. Par suite, le ministre de l'intérieur, qui a fait usage de son large pouvoir d'appréciation de l'opportunité d'accorder la naturalisation sollicitée, a pu légalement, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, ajourner à deux ans la demande de naturalisation de M. B pour lui permettre d'achever son insertion professionnelle.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 4 juin 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a ajourné la demande de naturalisation de M. B doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction doivent être également rejetées, ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

9. Le présent jugement ne fait pas obstacle à ce que M. B présente une nouvelle demande de naturalisation, le délai d'ajournement étant au demeurant expiré depuis le 31 décembre 2022.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 22 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Luc Martin, président,

M. Xavier Catroux, premier conseiller,

Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2024.

La rapporteure,

J-K. C

Le président,

L. MARTIN

La greffière,

V. MALINGRE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

V. MALINGRE

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