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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2108655

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2108655

mardi 12 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2108655
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantLECOMTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 30 juillet et 12 octobre 2021, Mme B A, représentée par Me Lecomte, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 juillet 2021 par lequel le préfet de la Mayenne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Mayenne de lui délivrer un titre de séjour vie privée et familiale pour raisons médicales.

Elle soutient que :

- il n'est pas établi que l'arrêté a été signé par une autorité compétente ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de sa situation personnelle, son époux, auprès de qui elle envisage de vivre disposant du statut de réfugié.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 septembre 2021, le préfet de La Mayenne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Un mémoire en défense, communiqué par le préfet de la Mayenne, a été enregistré le 22 octobre 2021.

Mme A a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 janvier 2022.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Rouland-Boyer, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante guinéenne née le 30 juillet 1970, est entrée en France le 17 mai 2019, sous couvert d'un visa Schengen valable jusqu'au 20 juin 2019. Elle a bénéficié d'une carte de séjour temporaire vie privée et familiale pour raisons médicales valable jusqu'au 19 décembre 2020. Elle a sollicité du préfet de la Mayenne la délivrance d'un titre de séjour pour raisons de santé. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 8 juillet 2021 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré. Mme A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

2. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par M. C, directeur de la citoyenneté de la préfecture de la Mayenne. Par arrêté du 8 mars 2021 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet lui a donné délégation à l'effet de signer, notamment, les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté manque en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. "

4. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration venant au soutien de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour, dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

5. Pour refuser à Mme A la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade, le préfet de la Mayenne s'est notamment fondé sur l'avis du collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration du 29 avril 2021, lequel conclut que si l'état de santé de Mme A nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle peut, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine, y bénéficier d'un traitement approprié et elle peut voyager sans risque vers son pays d'origine. Pour contester cet avis, Mme A produit un rapport d'examen biologique, un certificat médical indiquant sa pathologie cardiaque, plusieurs ordonnances, un bilan d'échographie cardiaque, un bilan de tomodensitometrie de l'aorte et la programmation de cette dernière. Si l'ensemble de ces éléments tend à démontrer que l'état de santé de la requérante nécessite un suivi médical, aucune pièce n'indique qu'elle ne pourrait en bénéficier en cas de retour dans son pays d'origine. En se bornant à indiquer que le système de santé public en Guinée est défaillant et que les traitements prodigués en clinique sont trop onéreux pour elle, la requérante ne démontre pas davantage qu'elle n'aurait pas accès à un suivi médical effectif. Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le préfet de la Mayenne aurait fait une inexacte application des dispositions de l'article L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de lui délivrer un titre de séjour en qualité d'étranger malade.

6. En troisième lieu, Mme A indique qu'elle rend visite régulièrement à son mari qui bénéficie du statut de réfugié politique mais avec lequel elle ne pouvait poursuivre de vie commune dès lors qu'il était logé chez un tiers et précise que son époux venant de trouver un emploi, une vie commune est à nouveau envisagée. Toutefois, elle n'assortit ses allégations d'aucun élément permettant d'en justifier le bien fondé. Par suite, et alors que Mme A, si elle s'y croit fondée, peut solliciter un titre de séjour au titre de la réunification familiale, l'intéressée n'est pas fondée à soutenir que le préfet de la Mayenne a entaché son arrêté d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D É C I D E:

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Maitre Anita Lecomte et au préfet de la Mayenne.

Délibéré après l'audience du 30 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Rouland-Boyer, présidente,

Mme Le Lay, première conseillère,

Mme Sainquain-Rigollé, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2022.

La présidente-rapporteure,

H. ROULAND-BOYERL'assesseur le plus ancien

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

Y. LE LAY

La greffière,

A. LE GOUALLEC

La République mande et ordonne au préfet de la Mayenne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

mt

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