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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2108707

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2108707

mardi 13 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2108707
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantPAPINEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 2 août 2021 et 19 octobre 2022, Mme A E, représentée par Me Papineau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 novembre 2020 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire, à titre principal, de lui délivrer le titre de séjour sollicité, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, dans l'un et l'autre cas sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- la décision a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors qu'il n'est pas établi que l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a été rendu conformément à la règlementation en vigueur, en particulier, au regard de la participation du médecin instructeur au collège de médecins ayant rendu l'avis, au fait que l'avis n'a pas été émis au terme d'un débat collégial, et à la circonstance que le procédé électronique de signature n'est pas conforme aux dispositions de l'article 1367 du code civil, du décret n°2017-1416 du 28 septembre 2017, et aux articles 26, 28 et 29 du règlement (UE) n°910/2014 du parlement européen et du conseil du 23 juillet 2014 ;

- elle n'a pas été précédée de l'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet s'est estimé en situation de compétence liée ;

- elle méconnaît l'article L. 313-11, 11° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

- elle n'a pas été précédée de l'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article L. 511-4, 10° du code d'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;

- elle n'a pas été précédée de l'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 19 septembre 2022 et le 16 novembre 2022, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Mme E a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 juillet 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction antérieure à l'entrée en vigueur des dispositions de l'ordonnance n° 2020-1733 du 16 décembre 2020 et du décret n° 2020-1734 du 16 décembre 2020 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Degommier, président-rapporteur,

- et les observations de Me Papineau, avocate de Mme E, et de cette dernière.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A E, ressortissante russe née le 29 novembre 1986 à Tbilissi (Géorgie), est entrée en France le 26 mars 2017, sous couvert d'un visa de type " Schengen " délivré par les autorités grecques le 10 octobre 2016 et valable jusqu'au 14 avril 2017. Sa demande de reconnaissance du statut de réfugiée a été rejetée par une décision du 29 août 2017 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 15 février 2018. Elle a sollicité du préfet de Maine-et-Loire la délivrance d'un titre de séjour pour raisons de santé. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 9 août 2018 portant en outre obligation de quitter le territoire français. Cet arrêté a été annulé par un jugement du 1er juillet 2020 du tribunal administratif de Nantes, enjoignant au préfet de Maine-et-Loire de réexaminer la situation de l'intéressée. Ce dernier a édicté, le 18 novembre 2020, un arrêté portant refus de titre de séjour et portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré. Mme E demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

En ce qui concerne les moyens communs :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué du 18 novembre 2020 a été signé par Mme B C, directrice des migrations et de l'intégration. Par un arrêté du 19 août 2020, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de Maine-et-Loire, le préfet de ce département lui a donné délégation à l'effet de signer, notamment, les décisions portant refus de titre de séjour assorties d'une mesure d'obligation de quitter le territoire et d'une décision fixant le pays de renvoi. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision portant refus de délivrer un titre de séjour vise les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application ainsi que les dispositions applicables de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle fait également état d'éléments concernant la situation personnelle de Mme E ainsi que de sa situation médicale et de l'avis de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) en date du 28 septembre 2020. Par suite, la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour est suffisamment motivée tant en droit qu'en fait. Par ailleurs, en application des dispositions de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en vigueur à la date de l'arrêté attaqué, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision portant refus de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté. Enfin, la décision fixant le pays de destination comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle se réfère notamment à l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et à l'absence de justification par l'intéressée de l'existence d'une menace personnelle en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, la décision fixant le pays de destination est suffisamment motivée.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier et, notamment, de la motivation de l'arrêté, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de la requérante avant d'édicter les décisions attaquées.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision portant refus de titre de séjour :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () / 11° A l'étranger résidant habituellement en France, si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La condition prévue à l'article L. 313-2 n'est pas exigée. La décision de délivrer la carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ".

6. Aux termes de l'article R. 313-22 du même code : " Pour l'application du 11° de l'article L. 313-11, le préfet délivre la carte de séjour au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. / Les orientations générales mentionnées à la quatrième phrase du 11° de l'article L. 313-11 sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé ". L'article R. 313-23 du même code dispose : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 313-22 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa de l'article R. 313-22. () / Sous couvert du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le service médical de l'office informe le préfet qu'il a transmis au collège de médecins le rapport médical. () / Le collège à compétence nationale, composé de trois médecins, émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du présent article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'office. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle () ".

7. L'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précise que : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis () / Cet avis mentionne les éléments de procédure () / L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".

8. Il ressort des pièces versées au dossier par le préfet de Maine-et-Loire que l'avis du 28 septembre 2020 du collège de médecins de l'OFII, au vu duquel le préfet a pris sa décision, a été signé par les trois médecins qui composent le collège, tandis que le rapport préalable à cet avis a été établi le 29 juillet 2020 par un médecin, qui n'a pas siégé au sein de ce collège, et transmis le même jour au collège des médecins de l'OFII, ainsi qu'en atteste le bordereau de transmission également produit dans le cadre de la présente instance. De plus, l'avis du collège de médecins porte la mention " Après en avoir délibéré, le collège des médecins de l'OFII émet l'avis suivant ", qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, et est revêtu de la signature des trois médecins composant le collège. La requérante ne se prévaut par ailleurs d'aucun élément précis susceptible de faire douter du caractère collégial de l'avis ainsi émis. En outre, il ressort des termes de l'avis du collège de médecins émis sur la demande de titre de séjour de Mme E, qu'il comporte tous les éléments de motivation prévus par les dispositions précitées, nécessaires à l'édiction de l'acte attaqué.

9. Par ailleurs, les signatures des médecins membres du collège figurant sur l'avis sont des fac-similés de leurs signatures manuscrites qui ne constituent pas des signatures électroniques et ne relèvent, de ce fait, ni de l'ordonnance du 8 décembre 2005 relative aux échanges électroniques entre les usagers et les autorités administratives et entre les autorités administratives, ni du deuxième alinéa de l'article 1367 du code civil et pas davantage de l'article 1er du décret du 28 septembre 2017 ou des articles 26, 28 et 29 du règlement (UE) du Parlement européen et du Conseil du 23 juillet 2014 sur l'identification électronique et les services de confiance pour les transactions électroniques au sein du marché intérieur et abrogeant la directive 1999/93/CE. Aucun élément du dossier n'établit que ces signatures ne seraient pas celles des trois médecins dont cet avis mentionne les identités et, par suite, ne seraient pas authentiques. Dans ces conditions, l'avis du collège de médecins de l'OFII doit être regardé comme ayant été pris au terme d'une procédure régulière. Ainsi, le moyen tiré l'irrégularité de la procédure doit être écarté.

10. En deuxième lieu, si le préfet de Maine-et-Loire s'est approprié la teneur de l'avis du collège des médecins de l'OFII, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que le préfet a porté une appréciation propre au cas d'espèce pour estimer que l'intéressée, eu égard à l'ensemble des circonstances relatives à sa situation personnelle, ne remplissait pas les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, Mme E n'est pas fondée à soutenir que le préfet se serait estimé lié par l'avis du collège de médecins pour refuser le titre de séjour sollicité.

11. En troisième lieu, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'accès effectif ou non à un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

12. Pour refuser la délivrance d'un titre de séjour à Mme E, le préfet de Maine-et-Loire s'est notamment fondé sur l'avis émis le 28 septembre 2020 par le collège de médecins de l'OFII qui a estimé que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, et qu'eu égard à l'offre de soin et aux caractéristiques de santé dans le pays dont elle est originaire, elle peut y bénéficier d'un traitement approprié.

13. Il ressort des pièces du dossier que Mme E souffre d'une paraparésie des membres inférieurs causée par un " spina bifida ", et qu'en raison des douleurs occasionnées ainsi que des difficultés à la marche qu'elle présente, cette affection nécessite des sondes urinaires devant être changées plusieurs fois par jour, des séances de rééducation régulières de kinésithérapie, et un appareillage orthoplastique. Elle produit à cet effet une attestation d'une masseuse kinésithérapeute, un certificat de son médecin généraliste et d'une médecin spécialiste en médecine physique et réadaptation, et une attestation de sa podo-orthésiste, au demeurant tous postérieurs à la décision attaquée. Elle souffre également d'anxiété et consulte une psychologue de manière régulière. Elle produit diverses prescriptions médicales, datées de septembre 2021 à septembre 2022, pour du clotiazépam, du tramadol chlorhydrate, du paracétamol, de l'ultra levure, de l'éconazole, de l'amoxiciline, du tixocortol pivalate, du pivmécillinam chorhydrate, de l'acide niflumique, ainsi que pour des sondes. Elle verse également aux pièces du dossier une prescription pour un prélèvement d'urine en vue d'un examen cytobactériologique, une prescription pour un appareillage orthoplastique bilatéral, une prescription pour des séances de kinésithérapie, et une prescription pour des chaussettes de contention. La pathologie de Mme E et les complications qu'elle engendre sont ainsi établies, au vu des pièces produites et ne sont au demeurant pas contestées. En revanche, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle ne pourrait pas bénéficier d'un traitement approprié en Russie. En particulier, les certificats de divers praticiens, qu'elle produit, notamment du médecin traitant, de la psychologue et d'un médecin en médecine physique, s'ils décrivent précisément les pathologies de la requérante, ne suffisent pas à remettre en question l'avis de l'OFII, en ce qui concerne la disponibilité d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Il en va de même des deux articles de sites Internet décrivant les difficultés générales d'accès aux soins en Russie. Par suite, le moyen tiré de ce que le 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a été méconnu doit être écarté.

14. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

15. Mme E, présente sur le territoire français depuis trois ans à la date de la décision attaquée, soutient avoir fixé sur le territoire français le centre de ses attaches privées. Toutefois, si elle se prévaut de la présence en France de ses deux parents, il est constant que ces derniers ont également fait l'objet de refus de titres de séjour et d'obligations de quitter le territoire français en date du 21 mars 2018. La requérante soutient en outre entretenir une relation proche avec M. D, son oncle maternel de nationalité française, ainsi qu'avec la famille de ce dernier. Elle n'établit pas, toutefois, avoir tissé des liens sociaux, personnels et amicaux stables et d'une particulière intensité. Par ailleurs, si elle établit par les attestations produites, avoir suivi des cours de français et participé à des actions bénévoles, malgré ses efforts, ces éléments sont insuffisants pour justifier d'une intégration dans la société française. Dans ces conditions, la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale, garanti par les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

16. En premier lieu, l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas établie, eu égard à ce qui vient d'être dit, le moyen tiré par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision, que Mme E invoque à l'encontre de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.

17. En deuxième lieu, eu égard à ce qui vient d'être dit, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait entaché sa décision portant obligation de quitter le territoire français d'une erreur manifeste d'appréciation.

18. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont les dispositions sont reprises, depuis le 1er mai 2021, aux articles L. 611-3 et L. 251-2 : " Ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français : () / 10° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ".

19. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 13, les éléments produits ne sont pas de nature à établir que la requérante ne pourrait bénéficier d'un traitement approprié en Russie. Par suite, en prononçant une obligation de quitter le territoire français, le préfet n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen doit être écarté.

20. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 15, le préfet n'a pas porté au droit à la vie privée et familiale de Mme E une atteinte disproportionnée. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être rejeté. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de la requérante.

En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination :

21. En premier lieu, l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, eu égard à ce qui vient d'être dit, le moyen tiré par voie de conséquence de l'illégalité de ces décisions, que Mme E invoque à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, ne peut qu'être écarté.

22. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Aux termes de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

23. Mme E soutient avoir été victime de mauvais traitements dans son pays d'origine. Elle n'apporte toutefois aucun élément suffisamment probant permettant d'établir qu'elle encourrait personnellement, en cas de retour dans son pays, des risques pour sa vie ou sa liberté ou qu'elle y serait exposée à des traitements inhumains ou dégradants. Par ailleurs, sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides puis par la Cour nationale du droit d'asile. Par suite, le préfet de Maine-et-Loire n'a pas méconnu les stipulations et dispositions précitées en fixant le pays de destination.

24. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par Mme E tendant à l'annulation de l'arrêté du 18 novembre 2020 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, et la demande présentée au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A E, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Papineau.

Délibéré après l'audience du 29 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Degommier, président,

Mme Martel, première conseillère,

Mme Sainquain-Rigollé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2022.

Le président-rapporteur,

S. DEGOMMIERL'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

C. MARTELLa greffière,

F. ARLAIS

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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