mercredi 21 mai 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2108708 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Magistrat : Mme MARTEL - R. 222-13 |
| Avocat requérant | SELARL AVOCATLANTIC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 3 août 2021, M. B A, représenté par Me Bernard, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 30 avril 2015 par laquelle le ministre de l'intérieur a prononcé l'invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul, ainsi que la décision du 4 juin 2021 par laquelle la même autorité a rejeté son recours gracieux formé contre cette décision ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de procéder à la reconstitution du capital de points de son permis de conduire et de lui restituer son permis de conduire sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du présent jugement ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête est recevable dès lors qu'il était détenu au centre pénitentiaire de Nantes à la date à laquelle la décision " 48SI " lui aurait été adressée ;
- la décision attaquée méconnaît l'article L. 223-6 dès lors que n'ayant pas commis d'infraction pendant le délai de trois ans, le capital de points de son permis de conduire doit être intégralement reconstitué ;
- elle méconnaît l'article R. 223-8 du code de la route, dès lors des points devaient être ajoutés au solde de points attachés à son permis de conduire, à la suite du stage effectué les 21 et 22 juillet 2017, soit avant qu'il n'ait eu connaissance de l'invalidation de son permis de conduire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er septembre 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable dès lors qu'elle a été introduite plus de deux mois après la notification régulière à son domicile de la décision 48SI ;
- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la route ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Martel, première conseillère, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Martel a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision référencée " 48SI " du 30 avril 2015, le ministre de l'intérieur a constaté la perte de validité du permis de conduire de M. A à la suite des infractions commises les 10 janvier 2015 et le 9 mars 2015, et lui a enjoint de restituer son titre de conduite. Par courrier en date du 2 mars 2021, M. A a formé un recours gracieux contre cette décision, lequel a été rejeté par décision du 4 juin 2021. Par sa requête, M. A demande au tribunal d'annuler ces décisions.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée () ". Aux termes de l'article L. 411-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision administrative peut faire l'objet, dans le délai imparti pour l'introduction d'un recours contentieux, d'un recours gracieux ou hiérarchique qui interrompt le cours de ce délai () ". Aux termes de l'article L. 112-3 du même code : " Toute demande adressée à l'administration fait l'objet d'un accusé de réception () ". Aux termes de l'article R. 112-5 du même code : " L'accusé de réception prévu par l'article L. 112-3 comporte les mentions suivantes : 1° La date de réception de la demande et la date à laquelle, à défaut d'une décision expresse, celle-ci sera réputée acceptée ou rejetée ; / () Il indique si la demande est susceptible de donner lieu à une décision implicite de rejet ou à une décision implicite d'acceptation. Dans le premier cas, l'accusé de réception mentionne les délais et les voies de recours à l'encontre de la décision () ".
3. Il incombe à l'administration, lorsqu'elle oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de l'action introduite devant un tribunal administratif, d'établir que l'intéressé a régulièrement reçu notification de la décision. En cas de retour à l'administration du pli contenant la décision, cette preuve peut résulter soit des mentions précises, claires et concordantes portées sur l'enveloppe, soit, à défaut, d'une attestation de l'administration postale ou d'autres éléments de preuve établissant la délivrance par le préposé du service postal, conformément à la réglementation en vigueur, d'un avis d'instance prévenant le destinataire de ce que le pli était à sa disposition au bureau de poste. Cependant, aucun principe général, ni aucune disposition législative ou réglementaire, ne fait obligation au titulaire d'un permis de conduire de déclarer à l'autorité administrative sa nouvelle adresse en cas de changement de domicile. Il en résulte qu'alors même qu'il n'aurait pas signalé ce changement aux services compétents, la présentation à une adresse où il ne réside plus du pli notifiant une décision relative à son permis de conduire et prise à l'initiative de l'administration n'est pas de nature à faire courir à son encontre le délai de recours contentieux.
4. Il résulte de l'instruction que la décision référencée " 48SI " par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidation du permis de conduire de M. A pour solde de points nul, a été adressée à l'intéressé, au 29 boulevard Guy de Maupassant à Saint-Nazaire, par lettre recommandée avec accusé de réception en date du 22 mai 2015. Cet avis a été retourné à l'expéditeur avec cochée la case " pli avisé et non réclamé ". Toutefois, il est constant qu'à la date de présentation du pli, M. A était incarcéré au centre pénitentiaire de Nantes depuis le 19 mars 2015, comme l'atteste le bulletin de présence délivré par l'administration pénitentiaire mentionnant en outre sa sortie à la date du 2 août 2017. Dans ces circonstances particulières, M. A doit être regardé comme n'ayant pu avoir connaissance de la décision référencée " 48SI " à la date de présentation du pli au 29 boulevard Guy de Maupassant à Saint-Nazaire. Par suite, faute de lui avoir été régulièrement notifiée, le délai de recours contentieux contre cette décision n'a pu commencer à courir à son encontre à la date de notification de la décision " 48SI " par lettre recommandée avec accusé de réception en date du 22 mai 2015.
5. En second lieu, le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. En règle générale et sauf circonstances particulières, dont se prévaudrait le requérant, ce délai ne saurait, sous réserve de l'exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance.
6. La présentation, dans le délai imparti pour introduire un recours contentieux contre une décision administrative, d'un recours administratif, gracieux ou hiérarchique, contre cette décision a pour effet d'interrompre ce délai. Il en va notamment ainsi lorsque, faute de respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et délais de recours, le délai dont dispose le destinataire de la décision pour exercer le recours juridictionnel est le délai découlant de la règle énoncée au point 5. Lorsque le recours administratif fait l'objet d'une décision explicite de rejet, un nouveau délai de recours commence à courir à compter de la date de notification de cette décision. Si la notification de la décision de rejet du recours administratif n'est pas elle-même assortie d'une information sur les voies et délais de recours, l'intéressé dispose de nouveau, à compter de cette notification, du délai découlant de la règle énoncée au point 5 pour saisir le juge. En cas de silence gardé par l'administration sur le recours administratif, le délai de recours contentieux de droit commun contre la décision administrative contestée recommence à courir dès la naissance d'une décision implicite de rejet du recours administratif lorsque l'autorité administrative a accusé réception de ce dernier recours et que l'accusé de réception comporte les indications prévues à l'article R. 112-5 du code des relations entre le public et l'administration. A défaut, l'intéressé dispose, pour introduire son recours contentieux contre la décision administrative qu'il conteste, à compter du jour où il a eu connaissance de la décision implicite de rejet de son recours administratif, du délai raisonnable découlant de la règle énoncée au point 5.
7. M. A soutient, sans être contredit, avoir eu connaissance de l'invalidation de son permis de conduire le 28 janvier 2021 alors qu'il avait réalisé des démarches afin de solliciter un duplicata de celui-ci suite à sa perte. Ainsi, le recours gracieux qu'il a formé par l'intermédiaire de son avocat, le 2 mars 2021, contre la décision litigieuse est intervenu dans le délai raisonnable d'un an énoncé au point 5 du présent jugement. Ce recours gracieux a interrompu le délai de recours contentieux contre la décision référencée " 48SI ". Ainsi, conformément à ce qui a été dit au point 6, la notification de la décision explicite de rejet du recours gracieux en date du 4 juin 2021, dont il n'est pas justifié qu'elle était assortie de l'information sur les voies et délais de recours, a fait courir un nouveau délai d'un an pour exercer un recours juridictionnel contre la décision référencée " 48SI ". Par suite, les conclusions à afin d'annulation de cette décision, enregistrées le 3 août 2021, ne sont pas tardives. Dès lors, la fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
8. En premier lieu, aux termes de l'article L. 223-6 du code de la route : " Si le titulaire du permis de conduire n'a pas commis, dans le délai de deux ans à compter de la date du paiement de la dernière amende forfaitaire, de l'émission du titre exécutoire de la dernière amende forfaitaire majorée, de l'exécution de la dernière composition pénale ou de la dernière condamnation définitive, une nouvelle infraction ayant donné lieu au retrait de points, son permis est affecté du nombre maximal de points. / Le délai de deux ans mentionné au premier alinéa est porté à trois ans si l'une des infractions ayant entraîné un retrait de points est un délit ou une contravention de la quatrième ou de la cinquième classe () "
9. D'une part, les décisions portant retrait de points d'un permis de conduire, de même que celles qui constatent la perte de validité du permis pour solde de points nuls, ne sont opposables à son titulaire qu'à compter de la date à laquelle elles lui sont notifiées. Tant que le retrait de l'ensemble des points du permis ne lui a pas été rendu opposable, l'intéressé peut prétendre au bénéfice des dispositions précitées de l'article L. 223-6 du code de la route prévoyant des reconstitutions de points lorsque le titulaire du permis a accompli un stage de sensibilisation à la sécurité routière ou qu'il n'a commis aucune infraction ayant donné lieu à retrait de points pendant une certaine période.
10. D'autre part, il appartient au juge administratif, saisi d'une contestation portant sur un retrait de points du permis de conduire, lequel constitue une sanction que l'administration inflige à un administré, de se prononcer sur cette contestation comme juge de plein contentieux. Il en va de même lorsque le juge est saisi d'un recours contre une décision constatant la perte de validité d'un permis de conduire pour solde de points nul. Dans le cas où il apparaît que le solde des points était nul à la date à laquelle une telle décision est intervenue, quelle que soit la date à laquelle elle a été portée à la connaissance de l'intéressé, et que, faute pour l'administration de l'avoir rendue opposable en la notifiant à l'intéressé, celui-ci a pu ultérieurement remplir les conditions pour bénéficier d'une reconstitution totale ou partielle de son capital de points, il appartient au juge de prononcer l'annulation de la décision.
11. Il résulte de l'instruction que M. A a commis le 10 janvier 2015 à 18 heures 55, puis à 19 heures, ainsi que le 9 mars 2015 des infractions au code de la route ayant entraîné le retrait de la totalité des 6 points affectés à son permis de conduire probatoire, dont le solde était nul lorsqu'est intervenue la décision du 30 avril 2015 constatant sa perte de validité. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 4, n'ayant pas reçu notification de cette décision et n'ayant pas commis d'infraction ayant entraîné retrait de points pendant deux ans à compter du 9 mars 2015, date du paiement de la dernière amende, il s'est trouvé remplir, le 9 mars 2017, les conditions prévues par les dispositions législatives précitées pour bénéficier d'une reconstitution intégrale de son capital de points.
12. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à soutenir que la décision référencée " 48SI " du 30 avril 2015 ainsi que la décision du 4 juillet 2021 rejetant son recours gracieux doivent être annulées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
13. L'exécution du présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur de rétablir le bénéfice de 6 points retirés à la suite des infractions des 10 janvier 2015 et 9 mars 2015 en en tirant toutes les conséquences à la date de sa nouvelle décision sur le droit à conduire de l'intéressé. Il y a lieu, par suite, de lui enjoindre de procéder à ce rétablissement dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision référencée "48SI" en date du 30 avril 2015 du ministre de l'intérieur constatant la perte de validité du permis de conduire de M. A et la décision de rejet du recours gracieux de l'intéressé sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de rétablir le capital de 6 points du permis de conduire de M. A, et ce, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C et au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mai 2025.
La magistrate désignée,
C. MARTELLe greffier,
P. VOSSELER
La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026