mardi 23 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2108917 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SCP PIGEAU CONTE MURILLO |
Vu les procédures suivantes :
I- Par une requête enregistrée le 6 août 2021 sous le n° 2108917, Mme B A, représentée par Me Murillo, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de la Sarthe a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe, à titre principal, de lui délivrer le titre de séjour sollicité et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision n'est pas suffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de sa situation au regard des dispositions de l'article L. 313-11, 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version alors en vigueur ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à l'intérêt supérieur de l'enfant et méconnaît l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 novembre 2022, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.
Mme A a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 janvier 2022.
II- Par une requête, enregistrée le 19 décembre 2023 sous le n° 2318794, Mme B A, représentée par Me Murillo, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 11 mai 2023 par laquelle le préfet de la Sarthe a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe, à titre principal, de lui délivrer le titre de séjour sollicité et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de sa situation au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à l'intérêt supérieur de l'enfant et méconnaît l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :
- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;
- elle n'est pas suffisamment motivée ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle porte atteinte à son droit à mener une vie privée et familiale normale tel que protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur la décision fixant le pays de destination : elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 mars 2024, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.
Mme A a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 février 2024.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Durup de Baleine, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante indienne née le 20 janvier 1990, est entrée en France le 16 avril 2018, munie d'un passeport en cours de validité revêtu d'un visa de court séjour à une entrée, valable du 7 avril au 5 mai 2018 pour un séjour d'une durée de quatorze jours, qui lui avait été délivré en Inde par les autorités maltaises le 26 mars 2018. S'étant maintenue sur le territoire français après l'échéance du séjour autorisé par ce visa, elle a, par une lettre du 8 février 2021, sollicité du préfet de la Sarthe la régularisation de sa situation de séjour par la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des dispositions alors applicables du 7° l'article L 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cette demande a fait l'objet, à l'issue d'un délai de quatre mois, d'une décision implicite de rejet dont, le 15 juillet 2021, Mme A a sollicité la communication des motifs et à laquelle une décision explicite de rejet s'est substituée le 7 juillet 2022. Le 23 janvier 2023, elle a sollicité de nouveau du préfet de la Sarthe la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la même mention, sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 11 mai 2023 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque ce délai sera expiré. Mme A demande au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour du 8 février 2021 portant refus de titre de séjour ainsi que cet arrêté du 11 mai 2023.
Sur la jonction :
2. Les requêtes n°s 2108917 et 2318794 concernent la situation de Mme A, présentent à juger des questions connexes et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :
3. Comme il a été dit, le silence gardé par le préfet de la Sarthe pendant quatre mois sur la demande de titre de séjour initialement présentée par Mme A a fait naître une décision implicite de rejet. Toutefois, le refus de séjour explicite contenu dans la décision du 7 juillet 2022 s'est substitué à cette décision implicite de rejet. Par suite, les conclusions présentées par l'intéressée tendant à l'annulation de cette décision implicite de rejet doivent être regardées comme exclusivement dirigées contre le refus de séjour explicite du 7 juillet 2022.
4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
5. Il ressort des pièces du dossier que la requérante s'est mariée en Inde le 29 novembre 2015 avec un ressortissant indien née en 1979, qui réside régulièrement en France depuis le 7 avril 2011 et qui, depuis 2017, est titulaire de cartes de séjour pluriannuelles, la dernière valable du 8 avril 2023 au 7 avril 2025. La requérante et son époux, dont la communauté de vie est établie et qui résident ensemble au Mans, sont les parents d'une première enfant, née au Mans le 8 janvier 2020 et d'une seconde enfant, née au Mans le 25 mars 2022. Des documents de circulation pour étranger mineur leur ont été délivrés le 13 avril 2021 et le 15 novembre 2023. Il est constant que la requérante et son époux assurent ensemble la garde, l'entretien et l'éducation de leurs enfants. Dans ces circonstances, compte tenu de la durée du séjour de la requérante en France, de l'ancienneté et de la stabilité de la situation de séjour de l'époux en France, où il exerce une activité professionnelle salariée, de l'ancienneté de leur situation conjugale, de leur communauté de vie et de la présence à leurs côtés de leurs deux enfants, et quand bien même la requérante et son époux ont éludé les règles propres au regroupement familial, le préfet de la Sarthe, en refusant de régulariser le séjour de Mme A et en lui faisant obligation de quitter le territoire français, a porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels ont été prises ces décisions qui, dès lors, méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
6. Il résulte de ce qui précède que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision du 7 juillet 2022 et de l'arrêté du 11 mai 2023. Compte tenu de son motif, cette annulation implique nécessairement qu'en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative il soit enjoint au préfet de la Sarthe de délivrer à Mme A une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai qu'il y a lieu de fixer à deux mois à compter de la notification du présent jugement, après l'avoir munie, dès cette notification et dans l'attente de la remise de ce titre de séjour, d'une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
7. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État, qui est la partie perdante dans cette instance, la somme de 1 200 euros à verser à Me Murillo sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Conformément aux dispositions de ce dernier article, la perception de cette somme vaudra renonciation de cette avocate au versement de la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle qui a été accordée à la requérante.
D É C I D E :
Article 1er : La décision du 7 juillet 2022 et l'arrêté du 11 mai 2023 du préfet de la Sarthe sont annulés.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Sarthe de délivrer à Mme A une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dès cette notification, de la munir d'une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : L'Etat versera à Me Murillo, la somme de 1 200 euros (mille deux cents euros) en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Murillo renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au préfet de la Sarthe et à Me Murillo.
Délibéré après l'audience du 9 juillet 2024, à laquelle siégeaient :
M. Durup de Baleine, président,
Mme Thomas, première conseillère,
M. Brémond, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 juillet 2024.
Le président-rapporteur,
A. DURUP DE BALEINE
L'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
S. THOMAS
La greffière,
L. LÉCUYER
La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°s 2108917, 2318794
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026