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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2109024

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2109024

vendredi 16 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2109024
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantRODRIGUES DEVESAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 août 2021, M. B C A, représenté par Me Rodrigues Devesas, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 juillet 2021 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque ce délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 75 euros par jour de retard, et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

- il n'est pas établi qu'elles ont été signées par une autorité compétente ;

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour les prive de base légale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 août 2022, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au non-lieu à statuer.

Il fait valoir qu'il a délivré à M. A une carte de séjour temporaire valable du 8 septembre 2021 au 7 septembre 2022, la remise de ce titre à l'intéressé valant, implicitement mais nécessairement, abrogation des décisions attaquées.

M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 août 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et son décret d'application n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Livenais, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C A, ressortissant burkinabé né en 1987, est entré régulièrement en France le 8 septembre 2011, sous couvert d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant " valable du 1er septembre 2011 au 1er septembre 2012. Il a ensuite bénéficié de titres de séjour sur ce fondement renouvelés jusqu'au 30 septembre 2019, puis de titres de séjour portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " jusqu'au 18 mai 2021. M. A a sollicité du préfet de la Loire-Atlantique, au titre du renouvellement de ce titre de séjour, la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ". Sa demande a été rejetée par un arrêté du 9 juillet 2021 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur l'étendue du litige :

2. Il ressort des pièces du dossier que, postérieurement à l'introduction de la présente requête, le préfet de la Loire-Atlantique a décidé de délivrer à M. A un titre de séjour portant la mention " salarié ". D'une part, compte tenu des effets d'un tel titre de séjour sur la situation de l'intéressé, le préfet doit être regardé comme ayant, implicitement mais nécessairement, procédé au retrait des décisions attaquées portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai. Ce retrait étant définitif, les conclusions aux fins d'annulation desdites décisions sont ainsi devenues sans objet. Il n'y a, par suite, plus lieu d'y statuer.

3. D'autre part, le refus de titre de séjour opposé à M. A ayant produit des effets de droit du 9 juillet 2021 jusqu'à la date d'effet de la carte de séjour temporaire délivrée à M. A, il y a toujours lieu, contrairement à ce que fait valoir le préfet, de statuer sur les conclusions de la requête aux fins d'annulation de l'arrêté du 9 juillet 2021 en ce que cette décision refuse au requérant la délivrance d'un titre de séjour, ces conclusions ayant conservé leur objet.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

4. Aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. / Par dérogation aux dispositions de l'article L. 433-1, elle est prolongée d'un an si l'étranger se trouve involontairement privé d'emploi. Lors du renouvellement suivant, s'il est toujours privé d'emploi, il est statué sur son droit au séjour pour une durée équivalente à celle des droits qu'il a acquis à l'allocation d'assurance mentionnée à l'article L. 5422-1 du code du travail. ".

5. Pour refuser le titre de séjour portant la mention " salarié " de M. A, le préfet s'est fondé sur la circonstance que ce dernier n'a pas déposé de demande d'autorisation de travail et ne justifiait pas à l'appui de sa demande d'un contrat de travail visé par l'autorité administrative.

6. Il ressort cependant des pièces versées au dossier que l'intéressé s'est vu délivrer une autorisation de travail par une décision antérieure à la décision attaquée et prise le 29 juin 2021 par le ministère de l'intérieur, au titre d'un contrat de travail à durée indéterminée signé avec l'entreprise Capgemini Technology Services le 2 juin 2021. Par suite, comme le soutient à bon droit le requérant, l'arrêté contesté est entaché d'erreur de fait.

7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 9 juillet 2021 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande de titre de séjour.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

8. M. A étant, à la date du présent jugement, titulaire d'un titre de séjour délivré par le préfet de la Loire-Atlantique, portant la mention " salarié ", le présent jugement n'appelle, dans les circonstances de l'espèce et en dépit de l'annulation qu'il prononce, aucune mesure d'injonction.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Rodrigues Devesas, avocate de M. A, de la somme de 1 200 euros, sous réserve que Me Rodrigues Devesas renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête de M. A aux fins d'annulation de l'arrêté du préfet de la Loire-Atlantique du 9 juillet 2021, en ce qu'il porte obligation de quitter le territoire français et qu'il fixe le pays de renvoi de l'intéressé.

Article 2 : L'arrêté du 9 juillet 2021 du préfet de la Loire-Atlantique est annulé en ce qu'il emporte refus de titre de séjour.

Article 3 : L'Etat versera à Me Rodrigues Devesas la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Rodrigues Devesas renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Article 4 : Le surplus de la requête de M. A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B C A, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Rodrigues Devesas.

Délibéré après l'audience du 25 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Livenais, président,

Mme Rosemberg, première conseillère,

M. Huin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2022.

Le président-rapporteur,

Y. LIVENAIS

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

V. ROSEMBERG

Le greffier,

E. LE LUDEC

La République mande et ordonne préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

mc/ell

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