mercredi 12 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2109065 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | BEARNAIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 août 2021, M. B A, représenté par Me Béarnais, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 janvier 2021 par lequel le préfet de la Mayenne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Mayenne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, en lui délivrant dans l'attente du réexamen une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 75 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son avocate en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen de sa situation particulière ;
- elle méconnaît l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît l'article L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er octobre 2021, le préfet de la Mayenne conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 juillet 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant guinéen né en janvier 2002, affirme être entré irrégulièrement en France en avril 2018. Il a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance du département de la Mayenne du 3 mai 2018 au 5 janvier 2020. Il a ensuite souscrit un contrat " majeur de moins de 21 ans " avec l'ASE pour la période du 5 janvier 2020 au 10 juillet 2020. Il a sollicité du préfet de la Mayenne une admission exceptionnelle au séjour et a demandé la délivrance d'un titre de séjour " étudiant " sur le fondement des articles L. 313-15 et L. 313-17, alors en vigueur, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 26 janvier 2021 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. C, directeur de la citoyenneté. Par arrêté du 9 décembre 2020, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet lui a donné délégation à l'effet de signer notamment les décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté du 26 janvier 2021 ni des autres pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen de la situation particulière de M. A avant de refuser de lui délivrer un titre de séjour notamment sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile.
4. En troisième lieu, l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en vigueur à la date à laquelle a été pris l'arrêté attaqué, dispose que : " A titre exceptionnel et sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire prévue aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 portant la mention "salarié" ou la mention "travailleur temporaire" peut être délivrée, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, à l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle, sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Le respect de la condition prévue à l'article L. 313-2 n'est pas exigé ".
5. Il ressort de la lecture de l'arrêté attaqué que pour estimer que M. A ne satisfaisait pas aux conditions posées par l'article précité, le préfet a notamment apprécié les relations qu'il conserve avec sa famille restée en Guinée et notamment les appels téléphoniques réguliers passés à son père. Dès lors, le moyen selon lequel le préfet n'a pas procédé à un examen de sa situation particulière en ce qu'il n'aurait pas fait état de la nature de ses liens avec son pays d'origine manque en fait et doit être écarté.
6. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A a été pris en charge au titre de l'aide sociale à l'enfance à son arrivée en France, a bénéficié d'une mesure d'accompagnement scolaire du 26 novembre 2018 au 28 juin 2019 puis a été scolarisé pour l'année scolaire 2019-2020 en première année de certificat d'aptitude professionnelle " couvreur ". Ses résultats scolaires à cette formation, attestés par ses bulletins de notes, permettent de constater des notes contrastées lorsque ses fréquentes absences n'empêchent pas son évaluation. Les appréciations portées par les enseignants soulignent ses nombreuses difficultés. Les absences de M. A sur cette période de formation, au nombre de cinquante-deux demi-journées au premier semestre et de six retards, de trente-huit demi-journées au second semestre ne permettent pas de constater qu'il s'est investi avec suffisamment de sérieux dans son parcours de formation. En outre, l'affirmation, par le requérant, qu'il souffre de problèmes de santé est sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué, ceux-ci étant postérieurs à son édiction. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en remettant en cause le caractère réel et sérieux de sa formation, le préfet de la Mayenne aurait commis une erreur d'appréciation.
7. En cinquième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1 Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2 Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". L'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en vigueur à la date à laquelle a été pris l'arrêté attaqué, dispose que : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : / 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
8. D'une part, l'arrêté ayant été pris sur le fondement des articles L. 313-15 et L. 313-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le moyen tiré de ce qu'il méconnaitrait l'article L. 313-13 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant, et doit être écarté.
9. D'autre part, M. A soutient qu'il ne dispose plus en Guinée que de son père et qu'ainsi le centre de sa vie privée et familiale se trouve désormais en France. Toutefois, M. A ne soutient pas qu'il aurait noué des relations familiales ou amicales importantes en France et ne produit aucune attestation en ce sens. Enfin, il convient de relever que M. A conserve un lien avec son père demeurant en Guinée par des appels téléphoniques réguliers, où il a lui-même résidé jusqu'à ses seize ans. Dans ces conditions, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet de la Mayenne n'a pas porté une atteinte excessive à son droit à une vie privée et familiale normale et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
10. En dernier lieu, l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur, dispose notamment que : " () La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 311-7 ".
11. M. A se prévaut des mêmes éléments, notamment familiaux et professionnels, que ceux évoqués précédemment aux points 6 et 9. Ces éléments ne suffisent toutefois pas à caractériser des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
12. En premier lieu, l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas établie, eu égard à ce qui vient d'être dit, le moyen tiré par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision, que M. A invoque à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.
13. En second lieu, pour soutenir qu'en lui ordonnant de quitter le territoire français le préfet a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, M. A soutient qu'il ne dispose plus, en Guinée, que de son père et qu'ainsi le centre de sa vie privée et familiale se trouve ainsi en France. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 9, M. A ne soutient pas avoir des relations familiales ou amicales intenses en France et ne produit aucune attestation en ce sens. Par ailleurs, il est constant que M. A conserve un lien avec son père demeurant en Guinée, où il a lui-même résidé jusqu'à ses seize ans. Dans ces conditions, le moyen selon lequel la décision portant obligation de quitter le territoire français porte une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie familiale doit être écarté.
Sur la décision fixant le pays de destination :
14. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux rappelés au point précédent.
15. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Mayenne du 26 janvier 2021. Par voie de conséquence ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
16. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le juge ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par M. A doivent, dès lors, être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de la Mayenne et à Me Béarnais.
Délibéré après l'audience du 28 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Béria-Guillaumie, présidente,
M. Echasserieau, premier conseiller,
Mme Baufumé, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 octobre 2022.
La présidente-rapporteur,
M. D L'assesseur le plus ancien
dans l'ordre du tableau,
B. ECHASSERIEAU
La greffière,
Y. BOUBEKEUR
La République mande et ordonne au préfet de la Mayenne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
fm
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026