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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2109130

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2109130

mardi 3 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2109130
TypeDécision
RecoursExécution d'un jugement
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantHARDY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Mme B D I a saisi le tribunal administratif de Nantes d'une demande tendant à obtenir l'exécution du jugement n° 1707999 du 7 janvier 2020, par lequel le tribunal a, en particulier, mis à la charge de l'Etat, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le versement de la somme de 1 200 euros.

Par un jugement n° 2109130 du 15 novembre 2022, le tribunal administratif de Nantes a enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de procéder au paiement de la somme de 1 200 euros due à Mme D I, assortie des intérêts au taux légal, majoré de cinq points à l'issue d'un délai de deux mois, en exécution du jugement du tribunal du 7 janvier 2020, en assortissant cette injonction du prononcé d'une astreinte à l'encontre de l'Etat, s'il ne justifiait pas avoir exécuté cette injonction dans le délai d'un mois et en fixant le taux de cette astreinte à 50 euros par jour de retard au-delà de ce délai.

Par un mémoire, enregistré le 17 janvier 2023, le ministre de l'intérieur fait valoir que le comptable public ne peut exécuter le jugement dès lors que le patronyme figurant sur le jugement du 7 janvier 2020 et celui de la personne qui réclame le paiement de la somme de 1 200 euros ne sont pas concordants.

Il soutient que :

- il a procédé à l'ordonnancement de la somme de 1 200 euros dès le 5 février 2020 et transmis au service chargé du paiement le dossier de Mme E mais le RIB, transmis au comptable public par la personne qui réclame son dû est au nom de Mme E et non I, entrainant l'impossibilité de mettre la somme en paiement ;

- il a accompli en vain des diligences pour tenter d'exécuter le jugement en sollicitant l'avocat de Mme E ;

- il appartient à Mme D I d'effectuer les démarches nécessaires afin de rectifier, le cas échéant, son patronyme afin qu'il corresponde à celui mentionné à l'article 3 du jugement du 7 janvier 2020.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- l'arrêté du 5 mai 2021 portant nomenclature des pièces justificatives des dépenses de l'Etat ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Douet,

- et les conclusions de M. Marowski, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par un jugement n° 1707999 du 7 janvier 2020, devenu définitif, le tribunal administratif de Nantes, après avoir annulé deux décisions du 3 juillet 2017 par lesquelles la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France avait refusé la délivrance de visas de long séjour à Mme D I et au jeune C D, a enjoint au ministre de l'intérieur de réexaminer ces demandes de visa et a mis à la charge de l'Etat le versement à Mme D I de la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Mme D I a ensuite saisi le tribunal administratif de Nantes d'une demande tendant à obtenir l'exécution du jugement du 7 janvier 2020, en tant qu'il a mis à la charge de l'Etat, à son bénéfice, le versement de la somme de 1 200 euros. Par un jugement n° 2109130 du 15 novembre 2022, le tribunal administratif de Nantes a enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de procéder au paiement de la somme de 1 200 euros due à Mme D I, assortie des intérêts au taux légal, majoré de cinq points à l'issue d'un délai de deux mois, en exécution du jugement du tribunal administratif de Nantes du 7 janvier 2020. Il a assorti cette injonction d'une astreinte à l'encontre de l'Etat, si ce dernier ne justifiait pas avoir, dans le délai d'un mois suivant la notification de ce jugement, exécuté l'injonction prescrite par ce jugement, et jusqu'à la date de cette exécution. Le taux de cette astreinte a été fixé à 50 euros par jour, à compter de l'expiration du délai d'un mois suivant la notification du jugement.

2. Aux termes d'une part de 1'article L. 911-4 du code de justice administrative : " En cas d'inexécution d'un jugement ou d'un arrêt, la partie intéressée peut demander au tribunal administratif ou à la cour administrative d'appel qui a rendu la décision d'en assurer l'exécution. / () Si le jugement ou l'arrêt dont l'exécution est demandée n'a pas défini les mesures d'exécution, la juridiction saisie procède à cette définition. Elle peut fixer un délai d'exécution et prononcer une astreinte () ".

3. Aux termes de l'article L. 911-9 du même code : " Lorsqu'une décision passée en force de chose jugée a prononcé la condamnation d'une personne publique au paiement d'une somme d'argent dont elle a fixé le montant, les dispositions de l'article 1er de la loi n° 80-539 du 16 juillet 1980, ci-après reproduites, sont applicables. " Art. 1er. - I. - Lorsqu'une décision juridictionnelle passée en force de chose jugée a condamné l'Etat au paiement d'une somme d'argent dont le montant est fixé par la décision elle-même, cette somme doit être ordonnancée dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision de justice. Si la dépense est imputable sur des crédits limitatifs qui se révèlent insuffisants, l'ordonnancement est fait dans la limite des crédits disponibles. Les ressources nécessaires pour les compléter sont dégagées dans les conditions prévues par l'ordonnance n° 59-2 du 2 janvier 1959 portant loi organique relative aux lois de finances. Dans ce cas, l'ordonnancement complémentaire doit être fait dans un délai de quatre mois à compter de la notification. A défaut d'ordonnancement dans les délais mentionnés aux alinéas ci-dessus, le comptable assignataire de la dépense doit, à la demande du créancier et sur présentation de la décision de justice, procéder au paiement ".

4. Dès lors que ces dispositions permettent à la partie gagnante, en cas d'inexécution d'une décision juridictionnelle passée en force de chose jugée, d'obtenir du comptable public assignataire le paiement de la somme que la collectivité publique est condamnée à lui verser à défaut d'ordonnancement dans le délai prescrit, il n'y a, en principe, pas lieu de faire droit à une demande tendant à ce que le juge prenne des mesures pour assurer l'exécution de cette décision. Il en va toutefois différemment lorsque le comptable public assignataire, bien qu'il y soit tenu, refuse de procéder au paiement.

5. Aux termes de l'article 2 de l'arrêté du 5 mai 2021 portant nomenclature des pièces justificatives des dépenses de l'Etat : " Les dépenses de l'Etat sont justifiées par les seules pièces figurant dans la présente nomenclature. ". La liste limitative des dépenses faisant l'objet de cet arrêté inclut à son point 8 les frais de justice. Parmi les pièces nécessaires au comptable pour procéder à la mise en paiement figurent aux points 1.1.1.1 et suivants de l'annexe à cet arrêté, des justifications de l'identité et du domicile bancaire attestant du nom du créancier et de son numéro de compte bancaire.

6. Il résulte de l'instruction qu'il a été procédé le 5 février 2020 à l'ordonnancement de la somme de 1 200 euros, due à Mme E en exécution du jugement du 7 janvier 2020. Il résulte également de l'instruction que le comptable public a refusé de procéder au règlement de cette somme faute de parfaite concordance du nom patronymique de la personne qui réclame son dû avec celui porté sur le jugement. Pour demander le versement de la somme due, la requérante a transmis au comptable un passeport au nom de Mme D I et non D I comme indiqué sur le jugement. Mme D I ne conteste pas cette différence orthographique sur son nom et indique seulement que ses documents d'identité comportent " une erreur ". Par ailleurs Mme F n'a pas produit de RIB à son nom mais un RIB au nom de M. A D I en indiquant à l'administration, par une lettre signée " Mme D I née B G " que " ce compte correspondait à un compte commun ". En l'absence de justifications de l'identité et du domicile bancaire attestant du nom du créancier tel que mentionné sur le jugement 2109130 du 15 novembre 2022 et de son numéro de compte bancaire, le ministre de l'intérieur, dans les circonstances particulières de l'espèce, justifie être dans l'impossibilité de procéder au paiement de la somme de 1 200 euros dès lors que n'ont pas été produits de justificatifs d'identité ou bancaires au nom de Mme D I. Il n'y a dès lors pas lieu de liquider l'astreinte précédemment prononcée.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de liquider l'astreinte prononcée par le jugement du 15 novembre 2022.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D I et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 5 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

Mme Thomas, première conseillère,

M. Brémond, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2024.

La présidente-rapporteure,

H. DOUET

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

S. THOMAS

Le greffier,

F. LAINÉ

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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