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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2109307

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2109307

vendredi 10 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2109307
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation10ème chambre
Avocat requérantDANET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 18 août 2021, les 17 mai, 2 juin, 12 octobre et 7 décembre 2022, et le 16 janvier 2023, Mme D B épouse C, représentée par Me Danet, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 29 avril 2021 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision de l'autorité consulaire française à Annaba et Constantine (Algérie) refusant de lui délivrer un visa dit " de retour " en France ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer le visa sollicité dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de faire procéder au réexamen de la demande de visa dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à Me Danet en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- il n'est pas établi que la commission était régulièrement composée lors de la séance au cours de laquelle la décision a été prise ;

- la décision attaquée est illégale du fait de l'illégalité de la décision par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a classé sans suite sa demande de titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur de fait, d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 2, 3, 8 et 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par trois mémoires en défense, enregistrés les 16 mai, 8 juin et 28 octobre 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, par courrier en date du 13 janvier 2023, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public, relevé d'office, tenant à l'irrecevabilité du moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a prononcé le classement sans suite de la demande de titre de séjour de Mme B, au motif que cette décision est devenue définitive, faute d'avoir fait l'objet d'un recours contentieux dans un délai raisonnable, à la date à laquelle le moyen a été soulevé.

En réponse, la requérante a présenté des observations par un mémoire enregistré le 16 janvier 2023 et visé ci-dessus.

Le ministre de l'intérieur et des outre-mer a présenté des observations par un mémoire enregistré le 17 janvier 2023.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 20 janvier 2023 :

- le rapport de Mme E, rapporteuse,

- les observations de Me Danet, avocate de la requérante.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D B, ressortissante algérienne née le 3 février 1985, s'est mariée le 4 décembre 2017 avec M. A C, ressortissant français, à Rouen (Seine-Maritime). Elle est entrée en France en qualité de conjointe de ressortissant français le 8 août 2018 sous couvert d'un visa d'entrée et de long séjour valable jusqu'au 31 janvier 2019. Elle est retournée en Algérie le 10 avril 2019 et a demandé à l'autorité consulaire française à Annaba et Constantine, le 25 juin 2019 puis le 20 janvier 2021, la délivrance d'un visa dit " de retour " afin de rentrer en France. Cette autorité a rejeté sa seconde demande le 27 janvier 2021. Par une décision du 29 avril 2021, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision consulaire. La requérante demande au tribunal l'annulation de cette décision du 29 avril 2021.

2. En premier lieu, il ressort de la feuille de présence à la séance du 29 avril 2021, produite par le ministre de l'intérieur et des outre-mer en défense, que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France était composée lors de cette séance de son président titulaire et de représentants de la juridiction administrative et du ministère chargé de l'immigration, régulièrement nommés. Dès lors, le moyen tiré de l'irrégularité de la composition de la commission manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 312-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable : " () / En cas de violence commise après l'arrivée en France du conjoint étranger mais avant la première délivrance de la carte de séjour temporaire, le conjoint étranger se voit délivrer, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale". () ".

4. L'illégalité d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, ne peut être utilement invoquée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure que si cette dernière décision a été prise pour l'application du premier acte ou s'il en constitue la base légale. S'agissant d'un acte non réglementaire, l'exception n'est recevable que si l'acte n'est pas devenu définitif à la date à laquelle elle est invoquée, sauf dans le cas où l'acte et la décision ultérieure constituant les éléments d'une même opération complexe, l'illégalité dont l'acte serait entaché peut être invoquée en dépit du caractère définitif de cet acte.

5. Le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressée sur les voies et les délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, la destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. En règle générale et sauf circonstances particulières dont se prévaudrait la requérante, ce délai ne saurait, sous réserve de l'exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance.

6. Il est constant que le préfet de la Seine-Maritime a classé sans suite la demande de titre de séjour de Mme B présentée le 28 novembre 2018 sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-12 précité, par une décision intervenue au plus tard le 26 juin 2019. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a eu connaissance de cette décision au plus tard le 20 août 2019, date à laquelle elle s'est vu opposer un premier refus de visa par l'autorité consulaire. Faute d'avoir fait l'objet d'un recours contentieux dans un délai raisonnable, et en l'absence de circonstance particulière avancée par la requérante, cette décision était définitive à la date à laquelle a été soulevé le moyen tiré de l'exception d'illégalité, lequel doit par conséquent être écarté comme irrecevable.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 211-2-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable, recodifié à l'article L. 312-4 du même code : " Un visa de retour est délivré par les autorités consulaires françaises à la personne de nationalité étrangère bénéficiant d'un titre de séjour en France en vertu des articles L. 313-11 ou L. 431-2 dont le conjoint a, lors d'un séjour à l'étranger, dérobé les documents d'identité et le titre de séjour ". En dehors du cas visé par les dispositions précitées de l'article L. 211-2-2, la délivrance des visas de retour par les autorités consulaires résulte d'une pratique non prévue par un texte, destinée à faciliter le retour en France des étrangers titulaires d'un titre de séjour.

8. Il est constant que Mme B, titulaire d'un visa de long séjour en qualité de conjointe de ressortissant français valable du 8 août 2018 au 31 janvier 2019, a subi des violences conjugales aggravées de la part de son conjoint à son arrivée en France. Elle a, dans ces conditions, effectué des démarches en vue de se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 313-12 du code de l'entrée et du séjour en France des étrangers et du droit d'asile alors applicable. Elle s'est vu remettre un récépissé valable du 28 novembre 2018 au 27 février 2019, lequel a été renouvelé jusqu'au 27 mai 2019. Mme B est toutefois retournée en Algérie le 10 avril 2019, et a sollicité en dernier lieu la délivrance d'un visa de retour auprès de l'autorité consulaire le 20 janvier 2021, alors que son droit au séjour avait, à cette date, expiré depuis plus d'un an. Dès lors, la requérante ne bénéficiait pas de droit au séjour en France à la date de la décision attaquée. Il suit de là que la requérante n'est pas fondée à soutenir que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a entaché sa décision d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation, d'une erreur de fait ou d'une erreur manifeste d'appréciation.

9. En quatrième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peuvent être utilement invoqués à l'encontre d'un refus de visa. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'est, quant à lui, pas assorti des précisions permettant d'en apprécier la portée et le bien-fondé. Il doit, par suite, être écarté.

10. En dernier lieu, si la requérante soutient se trouver en situation de grande vulnérabilité compte tenu, notamment, d'une interruption des soins débutés en France, elle n'apporte toutefois aucune précision ni aucun élément relatif à sa situation personnelle ou matérielle concrète. Elle ne démontre pas davantage, au regard de ce qui a été dit au point 8 du présent jugement, avoir fixé le centre de ses intérêts personnels et familiaux sur le territoire français. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la commission de recours a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision attaquée. Les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées par voie de conséquence, ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B épouse C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B épouse C, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Danet.

Délibéré après l'audience du 20 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Rimeu, présidente,

M. Guilloteau, conseiller,

Mme Louazel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 février 2023.

La rapporteuse,

M. E

La présidente,

S. RIMEU

La greffière,

S. JEGO

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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