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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2109379

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2109379

mercredi 25 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2109379
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCHAUVIERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 août 2021, M. B A, représenté par Me Chauvière, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 4 août 2021 par laquelle le l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis fin à ses conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de réexaminer sa situation et de lui rétablir les conditions matérielles d'accueil à titre rétroactif ;

3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'est pas démontré que l'examen de sa vulnérabilité a été conduit par un agent ayant reçu une formation spécifique à cette fin ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il n'a jamais été placé en fuite et a respecté les exigences des autorités chargées de l'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation, en particulier de son état de vulnérabilité ;

- elle méconnaît les principes de proportionnalité et de respect de la dignité humaine.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 mars 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du

27 août 2021.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme El Mouats-Saint-Dizier a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant afghan né le 20 août 1997, est entré en France en 2021 et y a sollicité l'asile. Sa demande d'asile a été enregistrée le 8 avril 2021 et il a accepté le même jour les conditions matérielles d'accueil. Par un arrêté du 7 mai 2021, le préfet de Maine-et-Loire a décidé de son transfert aux autorités suédoises, responsables de sa demande d'asile, et a pris à son encontre un arrêté d'assignation à résidence. Par un courrier du 8 juillet 2021, l'OFII a informé M. A de son intention de mettre fin à ses conditions matérielles d'accueil au motif qu'il ne s'était pas présenté aux autorités. Par une décision du 4 août 2021, dont M. A demande l'annulation, l'OFII a mis fin à ses conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision attaquée vise les articles L. 551-16 et R. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique à l'intéressé qu'il n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter aux autorités. La décision comporte ainsi les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et est, par suite, suffisamment motivée.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale. ".

4. Il ressort des pièces du dossier, d'une part, que M. A a attesté, par sa signature, avoir été évalué par l'OFII dans une langue qu'il comprend et informé des modalités de suspension, de retrait et de refus des conditions matérielles d'accueil. D'autre part, alors que l'ensemble des auditeurs asile de l'OFII reçoivent une formation correspondant à leurs missions, dont celles d'évaluer la vulnérabilité des demandeurs d'asile, il ne ressort d'aucun élément du dossier que l'entretien dont a bénéficié M. A n'aurait pas été mené par une personne ayant reçu une formation spécifique à cette fin. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ressort de la motivation de la décision que l'OFII a procédé à un examen de la situation personnelle de M. A.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il est mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / () / 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes () ".

7. Pour mettre fin aux conditions matérielles d'accueil de M. A, l'OFII s'est fondé sur la circonstance que l'intéressé avait méconnu les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se rendre à des convocations. Il ressort des pièces du dossier, et en particulier d'un procès-verbal de carence dressé par l'unité judiciaire de la direction interdépartementale de la police aux frontières de Loire-Atlantique le 22 juin 2021, que M. A ne s'est pas présenté les 14 et 21 juin 2021 en exécution de la mesure d'assignation à résidence dont il faisait l'objet et qu'il a été déclaré en fuite. Si M. A soutient qu'il s'est présenté à toutes les convocations, il n'apporte aucun élément de nature à contredire les informations apportées par l'OFII. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

8. En cinquième lieu, si M. A soutient qu'il suit un traitement médicamenteux en raison d'un trouble anxio-dépressif, cette circonstance ne suffit pas à démontrer qu'il se trouve dans une situation de particulière vulnérabilité. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de son état de vulnérabilité doit être écarté.

9. En dernier lieu, par les pièces qu'il produit et les arguments qu'il invoque, M. A n'établit pas que la décision de cessation des conditions matérielles d'accueil porterait atteinte à sa dignité et l'exposerait à un risque de traitement inhumain et dégradant au sens de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais de l'instance doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Chauvière et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 4 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Hervouet, président du tribunal,

M. Jégard, premier conseiller,

Mme El Mouats-Saint-Dizier, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 septembre 2024.

La rapporteure,

M. C

SAINT-DIZIER

Le président,

C. HERVOUETLa greffière,

P. LABOUREL

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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