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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2109430

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2109430

mercredi 19 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2109430
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat : M. CATROUX - R. 222-13
Avocat requérantCALDERERO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 août 2021, M. C A, représenté par Me Calderero, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 3 juillet 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a prononcé l'invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul ;

2°) d'annuler les décisions de retrait de points prises par le ministre de l'intérieur et des outre-mer au titre des infractions des 8 février 2011 et 13 janvier 2012, 17 septembre 2015, 8 septembre 2012, 31 août 2013, 2 mars 2014, 30 août 2018, 31 mai 2020 et 11 septembre 2020 ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de lui restituer les points qu'il conteste et de rétablir le capital de son permis de conduire sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 700 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le retrait de points relatif à l'infraction du 11 septembre 2020 est illégal, dès lors qu'il a régulièrement contesté cette infraction, qui n'est pas de ce fait définitive ;

- la décision du 3 juillet 2021 est entachée d'incompétence ;

- l'administration n'apporte pas la preuve de la délivrance, pour l'ensemble des infractions qui lui sont reprochées, de l'information préalable prévue par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

Par un mémoire en défense enregistré le 2109430, le ministre de l'intérieur et des outre-mer et des outre-mer conclut au non-lieu à statuer s'agissant des conclusions à fin d'annulation de la décision du 3 juillet 2021 et de la décision de retrait de points consécutive à l'infraction du 11 septembre 2020 ainsi qu'au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il fait valoir que les autres moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Il fait valoir que :

- il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 3 juillet 2021 et de la décision de retrait de points consécutive à l'infraction du 11 septembre 2020, dès lors qu'il résulte de l'instruction compte tenu du relevé d'information intégral que les mentions relatives à l'infraction commise le 11 septembre 2020 ont été supprimées et que celle-ci ne donne donc plus lieu à retrait de points et que par cette rectification, le solde de points du permis est redevenu positif et est actuellement crédité de 6 points ;

- les autres moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Catroux, premier conseiller, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Catroux a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision référencée " 48 SI " du 3 juillet 2021, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a constaté la perte de validité du permis de conduire de M. A à la suite des infractions au code de la route commises les 8 février 2011 et 13 janvier 2012, 17 septembre 2015, 8 septembre 2012, 31 août 2013, 2 mars 2014, 30 août 2018 et 31 mai 2020 et lui a enjoint de restituer son titre de conduite. M. A demande au tribunal l'annulation de cette décision "48 SI " et des décisions de retrait de points correspondant à ces infractions.

Sur l'exception de non-lieu opposée par le ministre aux conclusions à fin d'annulation de la décision de retrait de points à la suite de l'infraction du 11 septembre 2020 et de la décision invalidant le permis de conduire du requérant :

2. Le ministre de l'intérieur et des outre-mer établit, par la production du relevé intégral des informations relatives au permis de conduire de M. A enregistrées dans le système national automatisé des permis de conduire prévu par les articles L. 225-1 du code de la route, que, postérieurement à l'introduction de la requête, la décision de retrait de 6 points prise à la suite de l'infraction commise le 11 septembre 2020 a été retirée, ainsi que la décision " 48 SI " du 3 juillet 2021 prononçant l'invalidation de ce permis de conduire. Le permis de conduire de M. A se trouve ainsi, selon les mentions figurant le relevé d'information intégral, valide et doté d'un solde de 6 points sur douze. Il n'y a donc pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de ces décisions et sur les conclusions à fin d'injonction que les points correspondants soient ajoutés au capital de points de M. A.

Sur les conclusions à fin d'annulation des décisions de retrait de points consécutives aux infractions des 8 février 2011 et 13 janvier 2012, 17 septembre 2015, 8 septembre 2012, 31 août 2013, 2 mars 2014, 30 août 2018, 31 mai 2020 :

En ce qui concerne le moyen tiré de la compétence du signataire :

3. Par une décision du 28 janvier 2020, régulièrement publiée le 31 janvier 2020, le ministre de l'intérieur a délégué sa signature à Mme D B, attachée principale, chef du service du service du fichier national des permis de conduire, à effet de signer les décisions de retrait de points. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée du 3 juillet 2021 doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'information préalable :

4. La délivrance au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223- 3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Son accomplissement conditionne dès lors la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé. Cette information doit porter, d'une part, sur l'existence d'un traitement automatisé des points et la possibilité d'exercer le droit d'accès et, d'autre part, sur le fait que le paiement de l'amende établit la réalité de l'infraction dont la qualification est précisée et entraîne un retrait de points correspondant à cette infraction. Ni l'article L. 223-3, ni l'article R. 223-3 du code de la route n'exigent que le conducteur soit informé du nombre exact de points susceptibles de lui être retirés, dès lors que la qualification de l'infraction qui lui est reprochée est dûment portée à sa connaissance.

S'agissant des infractions des 31 août 2013, 2 mars 2014, 30 août 2018 et 31 mai 2020 :

5. Le titulaire d'un permis de conduire à l'encontre duquel une infraction au code de la route est relevée au moyen d'un appareil électronique sécurisé et dont il est établi, notamment par la mention qui en est faite au système national des permis de conduire, qu'il a payé, à une date postérieure à celle de l'infraction, l'amende forfaitaire correspondant à celle-ci, a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis est réputé être revêtu, l'administration doit être regardée comme s'étant acquittée envers le titulaire du permis de son obligation de lui délivrer les informations requises préalablement au paiement de l'amende, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre s'être vu remettre un avis inexact ou incomplet.

6. L'intéressé, qui s'est acquitté des amendes forfaitaires, comme cela résulte des mentions figurant au système national des permis de conduire, doit ainsi être regardé comme ayant nécessairement reçu les avis de contravention se rapportant aux infractions en cause. Par ailleurs, M. A n'apporte aucun élément de nature à établir qu'il aurait été destinataire d'avis de contravention inexacts ou incomplets. Dans ces conditions, le ministre doit être regardé comme établissant la preuve de délivrance de l'information préalable prévue aux articles L. 223- 3 et R. 223-3 du code de la route.

S'agissant de l'infraction du 8 septembre 2012 :

7. Le ministre produit la copie d'un courrier de l'intéressé joint à un règlement par chèque de 90 euros du montant de l'amende forfaitaire majorée émise à la suite de l'infraction du 8 septembre 2012.

8. Le paiement par le contrevenant de l'amende forfaitaire majorée prévue par le second alinéa de l'article 529-2 du code de procédure pénale implique nécessairement qu'il a préalablement reçu l'avis d'amende forfaitaire majorée. En vertu de l'article A. 37-28 du code de procédure pénale, le formulaire d'avis d'amende forfaitaire majorée utilisé par l'administration est revêtu des mentions qui permettent au contrevenant de comprendre qu'en l'absence de contestation de l'amende, il sera procédé au retrait de points et qui portent à sa connaissance l'ensemble des informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Ainsi, le paiement par le contrevenant de l'amende forfaitaire majorée suffit à établir que l'administration s'est acquittée envers le titulaire du permis de son obligation d'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, démontre que cet avis était inexact ou incomplet. Lorsque le contrevenant soutient que le paiement est intervenu par la voie du recouvrement forcé et n'est, par suite, pas de nature à apporter la preuve de la réception des avis, il lui appartient d'apporter la preuve, devant le juge du fond, de ce que l'amende a effectivement fait l'objet d'un recouvrement forcé.

9. L'intéressé doit ainsi être regardé comme ayant nécessairement reçu l'avis de contravention se rapportant à l'infraction en cause. Par ailleurs, M. A, qui n'allègue pas que le paiement de l'amende serait intervenu de manière forcée, n'apporte aucun élément de nature à établir qu'il aurait été destinataire d'un avis de contravention inexact ou incomplet. Dans ces conditions, le ministre doit être regardé comme établissant la preuve de délivrance de l'information préalable prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

S'agissant de l'infraction du 17 septembre 2015 :

10. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante.

11. Au cas présent, l'infraction commise par M. A a été constatée par un procès-verbal dressé avec un appareil électronique sécurisé. Il s'ensuit, que l'intéressé a pris connaissance des informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route sous lesquelles il a apposé sa signature. Par suite, le moyen tiré de l'absence de délivrance de ces informations doit être écarté.

S'agissant de l'infraction des infractions des 8 février 2011 et 13 janvier 2012 :

12. Il résulte des procès-verbaux constatant ces infractions et signés par l'intéressé que ce dernier a reconnu avoir reçu la carte de paiement et l'avis de contravention sur lesquels figurent les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, à l'occasion de ces infractions.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A à fin d'annulation des décisions de retrait de points à la suite des infractions des 8 février 2011 et 13 janvier 2012, 17 septembre 2015, 8 septembre 2012, 31 août 2013, 2 mars 2014, 30 août 2018, 31 mai 2020 doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte correspondantes.

14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 300 euros que M. A demande au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 3 juillet 2021 prononçant l'invalidité du permis de conduire de M. A pour solde de points nul et de la décision de retrait de points suite à l'infraction du 11 septembre 2020 et sur les conclusions à fin d'injonction correspondantes.

Article 2 : L'Etat versera à M. A la somme de 300 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juin 2024.

Le magistrat désigné,

X. CATROUX

La greffière,

V. MALINGRELa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

V. MALINGRE

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