jeudi 24 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2109470 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | KADDOURI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 août 2021, Mme A B C, représentée par Me Kaddouri, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 22 juillet 2021 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de douze mois ;
2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, et de la munir dans cette attente d'une autorisation provisoire de séjour et de travail ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- il n'est pas établi que l'arrêté contesté a été signé par une autorité compétente ;
- il n'est pas suffisamment motivé ;
- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressée ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;
S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français la prive de base légale.
Par un mémoire en défense enregistré le 10 octobre 2022, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme B C ne sont pas fondés.
Le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale a été accordé à Mme B C par une décision du 11 janvier 2022.
Vu les pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mlle Wunderlich, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B C, ressortissante angolaise née le 6 juin 1997, est entrée irrégulièrement en France le 14 janvier 2013. Sa demande de reconnaissance de la qualité de réfugié a été rejetée par décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides en date du 30 décembre 2013, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 30 avril 2014. La demande de titre de séjour qu'elle a ensuite présentée sur le fondement de l'article L. 313-11, 2°bis, alors applicable, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a été rejetée par arrêté de la préfète de Maine-et-Loire en date du 9 janvier 2017 portant en outre obligation de quitter le territoire français. La cour administrative d'appel de Nantes a, par un arrêt du 18 janvier 2018, annulé les articles 1er à 3 du jugement du 6 juillet 2017 par lequel ce tribunal a annulé cet arrêté et rejeté le recours de Mme B C. L'intéressée a ensuite sollicité son admission exceptionnelle au séjour, sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le 22 décembre 2020. Mme B C demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 22 juillet 2021 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a rejeté cette demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de douze mois.
Sur la compétence de l'auteur de l'arrêté attaqué :
2. L'arrêté litigieux a été signé par Mme Magali Daverton, secrétaire générale de la préfecture de Maine-et-Loire, à laquelle le préfet a donné délégation, par arrêté du 22 février 2021 régulièrement publié, à l'effet de signer " tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'Etat dans le département de Maine-et-Loire ", à l'exception de certains actes limitativement énumérés au nombre desquels ne figurent pas les décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait.
Sur la motivation de l'arrêté attaqué :
3. La décision portant refus de titre de séjour vise les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application et énonce les éléments, portés à la connaissance du préfet, relatifs à la situation personnelle de Mme B C. Elle est, par suite, suffisamment motivée tant en droit qu'en fait. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ". L'arrêté litigieux vise expressément l'article L. 611-1, 3° précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le refus de titre de séjour étant suffisamment motivé, il en est de même de l'obligation de quitter le territoire français. La décision d'interdiction de retour, dont la seule lecture permet à son destinataire d'en connaître les motifs, comporte elle aussi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Enfin, l'arrêté litigieux, qui prévoit, après avoir relevé que l'intéressée n'établit ni être dans l'impossibilité de quitter le territoire français faute de pouvoir regagner son pays d'origine ou se rendre dans un autre pays ni être exposée à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays, que Mme B C sera éloignée " à destination du pays dont elle possède la nationalité ou de tout pays dans lequel elle est légalement admissible (à l'exception d'un État membre de l'Union européenne, de l'Islande, du Liechtenstein, de la Norvège ou de la Suisse) ", satisfait aux prescriptions énoncées à l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile s'agissant de la fixation du pays de renvoi, laquelle est suffisamment motivée. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté contesté manque par suite en fait.
Sur le droit au respect de la vie privée et familiale :
4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité´ publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société´ démocratique, est nécessaire a` la sécurité´ nationale, a` la sûreté´ publique, au bien-être économique du pays, a` la défense de l'ordre et a` la prévention des infractions pénales, a` la protection de la sante´ ou de la morale, ou a` la protection des droits et libertés d'autrui. ".
5. Mme B C se prévaut de ce qu'elle vit en France, où elle est arrivée à l'âge de quinze ans, depuis plus de huit ans, et du fait qu'elle réside avec son cousin B, au parcours similaire au sien, et avec lequel elle a développé des liens fraternels, chez un compatriote angolais. Toutefois, l'ancienneté de la présence de l'intéressée, célibataire et sans charge de famille, résulte de ce qu'elle s'est maintenue irrégulièrement sur le territoire français depuis la mesure d'éloignement prise à encontre en janvier 2017. Il est par ailleurs constant qu'ainsi qu'il est apparu à l'occasion de l'instruction de sa demande de titre de séjour en qualité d'ancienne mineure prise en charge par l'aide sociale à l'enfance avant l'âge de seize ans, Mme B C s'est présentée à l'autorité consulaire française à Hanoï (Vietnam) sous l'identité de Mme A B D, ressortissante de nationalité angolaise née le 6 juin 1992, et a ainsi fait usage de plusieurs identités pour obtenir un visa et un titre de séjour. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme B C serait dépourvue d'attaches en Angola, le préfet faisant valoir que les parents, les deux frères et les deux sœurs de l'intéressée résident dans ce pays, tandis que son cousin fait lui aussi l'objet d'un refus de séjour assorti de l'obligation de quitter le territoire français et d'une interdiction de retour. Le préfet de Maine-et-Loire n'a pas, dans ces conditions, porté au droit de Mme B C au respect de sa vie privée et familiale, protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels l'arrêté litigieux a été pris.
Sur les moyens dirigés contre la décision portant refus de titre de séjour :
6. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".
7. Mme B C, dont le maintien irrégulier sur le territoire français depuis le 9 janvier 2017 témoignerait de sa volonté de s'intégrer à la société française, se prévaut notamment de l'obtention d'un CAP d'agent polyvalent de restauration en septembre 2016, de sa maîtrise de la langue française, de son attrait pour le mode de vie français et son adhésion spontanée aux valeurs républicaines et, enfin, de ce qu'elle ne vit pas en état de polygamie et est inconnue des services de police et de gendarmerie. Il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier que le préfet aurait, dans les circonstances de l'espèce, et compte tenu de ce qui a notamment été dit au point 5, commis une erreur manifeste d'appréciation en estimant que l'admission au séjour de Mme B C ne répond pas à des considérations humanitaires ni ne se justifie au regard de motifs exceptionnels.
Sur les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :
8. En premier lieu, Mme B C n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, elle n'est pas fondée à s'en prévaloir, par la voie de l'exception, à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision l'obligeant à quitter le territoire français.
9. En second lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas davantage, compte tenu de ce qui a été dit plus haut, entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de Mme B C.
Sur les moyens dirigés contre les décisions fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire pour une durée douze mois :
10. Mme B C n'ayant pas démontré l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français, elle n'est pas fondée à s'en prévaloir, par la voie de l'exception, à l'appui de ses conclusions dirigées contre les décisions fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois.
11. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B C doit être rejetée, en toutes ses conclusions.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B C, à Me Kaddouri et au préfet de Maine-et-Loire.
Délibéré après l'audience du 10 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mlle Wunderlich, présidente,
Mme Le Lay, première conseillère,
Mme Sainquain-Rigollé, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 novembre 2022.
La présidente-rapporteure,
A.-C. WUNDERLICHL'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
Y. LE LAYLa greffière,
L. BILLAUD
La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026