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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2109472

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2109472

vendredi 21 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2109472
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantGALLOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 24 août 2021, 2 avril 2022 et le 25 janvier 2023, M. D A, représenté par Me Gallot, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 26 mars 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a ajourné à quatre ans sa demande de naturalisation, ainsi que la décision du 23 septembre 2020 du préfet de la Seine-Saint-Denis ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ou en cas de bénéfice de l'aide juridictionnelle, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la compétence du signataire de la décision ministérielle n'est pas établie ;

- les décisions préfectorale et ministérielle sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la matérialité des faits qui lui sont reprochés n'est pas établie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 août 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 24 juin 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Benoist a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A, ressortissant tunisien, a déposé une demande de naturalisation auprès du préfet de la Seine-Saint-Denis qui a, par une décision du 23 septembre 2020, ajourné à quatre ans sa demande. Il a formé un recours contre cette décision auprès du ministre de l'intérieur, qui a confirmé cet ajournement par une décision du 26 mars 2021, au motif que l'intéressé a été condamné par le président du tribunal de grande instance de Meaux, le 15 juin 2017, à l'accomplissement d'un stage de citoyenneté pour des faits de violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité du 2 avril 2016 au 30 avril 2016 à Conches-sur-Gondoire. Le ministre s'est également fondé sur le motif du séjour irrégulier du requérant sur le territoire français de 2011 à 2014. Par sa requête, M. A demande l'annulation des décisions du 23 septembre 2020 et du 26 mars 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision préfectorale :

2. En application des dispositions de l'article 45 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française, les décisions par lesquelles le ministre statue sur les recours préalables obligatoires se substituent à celles des autorités préfectorales qui lui sont déférées. Ainsi, la requête doit être regardée comme exclusivement dirigée contre la décision ministérielle et les moyens dirigés contre les vices propres de la décision préfectorale sont inopérants. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision préfectorale est entachée d'erreur manifeste d'appréciation est écarté.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision ministérielle :

3. En premier lieu, conformément aux dispositions de l'article 1er du décret du 27 juillet 2005, le directeur de l'accueil, de l'accompagnement des étrangers et de la nationalité dispose de la délégation pour signer au nom du ministre chargé des naturalisations, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous son autorité. Par décret du 28 septembre 2016, publié au Journal officiel de la République française du 29 septembre suivant, Mme C a été nommée directrice de l'accueil, de l'accompagnement des étrangers et de la nationalité. Par décision du 30 août 2018, régulièrement publiée au Journal officiel de la République française du 2 septembre 2018 et modifiée par décision du 12 septembre 2019 régulièrement publiée le 14 septembre 2019, Mme C a accordé à M. B, chef du bureau des affaires juridiques, du précontentieux et du contentieux, signataire de la décision attaquée, une délégation de signature à cet effet. Par suite, le moyen tiré du vice d'incompétence doit être écarté.

4. En second lieu, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " Hors le cas prévu à l'article 21-14-1, l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Aux termes de l'article 48 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 : " () / Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions () ". En vertu de ces dispositions, il appartient au ministre chargé des naturalisations de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la nationalité française à l'étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte les renseignements défavorables recueillis sur le comportement du postulant.

5. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du bulletin du casier judiciaire n° 2 de M. A, que ce dernier a fait l'objet, par décision du 15 juin 2017 du président du tribunal de grande instance de Meaux, d'une condamnation consistant à accomplir un stage de citoyenneté à titre principal, en raison de violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité. Ces faits, qui ont eu lieu du 2 avril 2016 au 30 avril 2016 et lesquels revêtent une certaine gravité, n'étaient pas anciens à la date de la décision attaquée. Si M. A conteste la matérialité des faits, il ressort des pièces du dossier qu'ils ont fait l'objet d'une condamnation pénale à l'occasion d'une comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité. Par suite, eu égard au large pouvoir dont il dispose pour apprécier l'opportunité d'accorder ou non la nationalité française au ressortissant étranger qui la sollicite, le ministre, en se fondant sur ces faits pour ajourner la demande de l'intéressé, n'a pas commis ni d'erreur sur la matérialité des faits ni d'erreur manifeste d'appréciation, en dépit de la production d'une lettre favorable de son ex-épouse, et de la circonstance selon laquelle il aurait apporté son aide et son soutien à des femmes et enfants victimes de violences hébergés dans les locaux de son employeur. Il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision en se fondant sur ce seul motif.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Me Gallot et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 31 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Allio-Rousseau, présidente,

Mme Frelaut, première conseillère,

Mme Benoist, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juin 2024.

La rapporteure,

L.-L. BENOISTLa présidente,

M.-P. ALLIO-ROUSSEAU

La greffière,

E. HAUBOIS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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