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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2109620

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2109620

vendredi 30 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2109620
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantPOULARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 août 2021, M. E C, représenté par Me Poulard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 mars 2021 par lequel le préfet de la Mayenne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque ce délai sera expiré et l'a astreint à se présenter au commissariat de police de Laval (Mayenne) chaque mardi afin de justifier des diligences accomplies en vue de son départ ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Mayenne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte, ou à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle méconnaît les dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 septembre 2021, le préfet de la Mayenne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. C a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 novembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction antérieure à l'entrée en vigueur des dispositions de l'ordonnance n° 2020-1733 du 16 décembre 2020 et du décret n° 2020-1734 du 16 décembre 2020 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et son décret d'application n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Livenais, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. E C, ressortissant guinéen né en 1977, est entré irrégulièrement en France, selon ses déclarations, le 24 septembre 2014 en vue d'y déposer une demande d'asile. Sa demande de reconnaissance du statut de réfugié a été rejetée par une décision du 27 mars 2015 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), confirmée par une décision du 1er octobre 2015 de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Tirant les conséquences du rejet de la demande d'asile de M. C, le préfet de la Mayenne a pris à son encontre le 28 octobre 2015 un arrêté portant refus de titre de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français. L'intéressé s'étant toutefois maintenu sur le territoire français, il a sollicité le 20 février 2020 la délivrance d'un titre de séjour pour raisons médicales sur le fondement des dispositions, alors applicables, du 11° de l'article L.313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a bénéficié d'une carte de séjour temporaire valable du 8 avril au 7 octobre 2020. A l'expiration de ce titre, M. C en a sollicité le renouvellement. Par un arrêté du 5 mars 2021, le préfet a refusé de faire droit à sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé son pays de destination et l'a astreint à se présenter au commissariat de police afin de justifier des diligences accomplies en vue de son départ. M. C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur le moyen commun aux décisions attaquées :

2. Par arrêté du 9 décembre 2020 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Mayenne a donné délégation à M. A D, directeur de la citoyenneté, signataire de l'arrêté litigieux, à l'effet de signer, notamment, les décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et les décisions fixant le pays de destination. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de ce signataire doit être écarté.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

3. Aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction en vigueur jusqu'au 1er mai 2021, applicable à la date de la décision attaquée : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : / () 11° A l'étranger résidant habituellement en France, si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La condition prévue à l'article L. 313-2 n'est pas exigée. La décision de délivrer la carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ".

4. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), venant au soutien de ses dires, doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

5. Pour refuser de renouveler le titre de séjour de M. C, le préfet de la Mayenne s'est fondé, notamment, sur l'avis du collège des médecins de l'OFII du 14 janvier 2021 indiquant que l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et que son état lui permet de voyager sans risque vers son pays d'origine.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. C souffre d'un syndrome d'apnées obscursives du sommeil sévère pour lequel il est appareillé et traité depuis le 25 septembre 2018, comme l'atteste un responsable de la société ELIVIE. Si l'intéressé produit deux certificats médicaux établis les 12 octobre 2018 et 19 mars 2021 par le docteur B F, pneumologue, ces documents n'établissent toutefois pas que l'absence de prise en charge médicale de l'intéressé pourrait entraîner pour ce dernier des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Dans ces conditions, et quand bien même il aurait bénéficié d'un précédent titre de séjour pour raisons de santé, et sans qu'il soit besoin d'apprécier la disponibilité du traitement dans le pays d'origine du requérant, la décision attaquée ne méconnait pas les dispositions de l'article L.313-11, 11° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas établie, eu égard à ce qui vient d'être dit, le moyen tiré par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision, que M. C invoque à l'encontre de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.

8. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

9. Il ressort des pièces du dossier que M. C résidait habituellement sur le territoire français depuis six ans à la date de la décision attaquée. Toutefois, l'intéressé n'établit pas, par les pièces qu'il produit à l'instance, avoir noué pendant la durée de son séjour des liens d'une particulière stabilité et intensité en France, alors même qu'il n'est pas dépourvu d'attaches, d'une part au Sénégal où demeurent, notamment, son épouse et leurs enfants et où il ne soutient, ni n'allègue, ne pas pouvoir être admis au séjour, ni en tout état de cause en Guinée où il a vécu jusqu'à l'âge de 37 ans. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision portant refus de titre de séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au but poursuivi. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, la décision attaquée n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation personnelle du requérant.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

10. En premier lieu, l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, eu égard à ce qui vient d'être dit, le moyen tiré par voie de conséquence de cette illégalité, que M. C invoque à l'encontre de la décision fixant son pays de destination, ne peut qu'être écarté.

11. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

12. M. C soutient qu'il serait exposé à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en Guinée. Toutefois, il n'apporte aucun élément permettant d'alléguer ses déclarations. En outre, il est constant que la demande d'asile de l'intéressé a été rejetée par l'OFPRA puis par la CNDA et que M. C ne produit, dans la présente instance, aucun document permettant de mieux établir le risque de mauvais traitements qu'il prétend encourir en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C ainsi que, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction et la demande présentée au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E C, au préfet de la Mayenne et à Me Emmanuelle Poulard.

Délibéré après l'audience du 9 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Livenais, président,

M. Huin premier conseiller,

Mme Thierry, conseillère

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2022.

Le président-rapporteur,

Y. LIVENAISL'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

F. HUIN

La greffière,

C. MICHAULT

La République mande et ordonne au préfet de la Mayenne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

vb/cm

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