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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2109683

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2109683

mercredi 30 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2109683
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantPARAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées le 30 août 2021, le 22 septembre 2022 et le 16 septembre 2024, Mme B E, représentée par Me Paras, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 4 juin 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours contre la décision préfectorale du 30 décembre 2020 rejetant sa demande de réintégration dans la nationalité française et a substitué à ce rejet un ajournement à deux ans, à compter du 30 décembre 2020, de sa demande ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de faire droit à sa demande de réintégration dans la nationalité française ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- la décision a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle porte atteinte à son droit à la vie privée au sens de l'article 8 et de l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 août 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que l'ensemble des moyens soulevés dans la requête n'est pas fondé.

Mme E a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 30 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 25 septembre 2024 à 10h45.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B E, ressortissante algérienne, née le 7 décembre 1962, a sollicité l'acquisition de la nationalité française par la voie de la réintégration auprès du préfet de la Loire, lequel a rejeté sa demande par une décision du 30 décembre 2020. Mme E a exercé auprès du ministre de l'intérieur le 12 février 2021, conformément à l'article 45 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993, un recours administratif préalable obligatoire, lequel a été rejeté par une décision du 4 juin 2021 dont Mme E demande l'annulation.

2. En premier lieu, par une décision du 30 août 2018 publiée au Journal officiel de la République française le 2 septembre 2018, la directrice de l'accueil, de l'accompagnement des étrangers et de la nationalité, compétente à cet effet en vertu de l'article 3 du décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du gouvernement, a donné délégation à Mme C D, attachée d'administration de l'État, chargée du traitement des recours administratifs préalables obligatoires au bureau des affaires juridiques, du précontentieux et du contentieux, à l'effet de signer au nom du ministre de l'intérieur la décision attaquée. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Aux termes de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 : " () Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. () ". En vertu de ces dispositions, il appartient au ministre chargé des naturalisations de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la réintégration dans la nationalité française à l'étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte le degré d'autonomie matérielle du postulant, apprécié au regard du caractère suffisant et durable de ses ressources propres.

4. Pour ajourner la demande de naturalisation de Mme E, le ministre s'est fondé sur le motif tiré de l'insuffisance d'autonomie financière de l'intéressée.

5. Il est constant qu'à la date de la décision attaquée, Mme E, n'exerçait aucune activité professionnelle. Si la requérante, bénéficiaire du revenu de solidarité active, soutient que son état de santé l'empêche de travailler et s'il ressort des pièces du dossier qu'elle a obtenu en 2016 la reconnaissance d'un taux d'incapacité compris entre 50 et 80%, ainsi que le bénéfice de la carte mobilité inclusion priorité, la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées de la Loire a également retenu en ce qui la concerne une absence de restriction substantielle et durable pour l'accès à un emploi. Or, l'intéressée n'apporte aucun élément permettant d'établir qu'elle aurait recherché un emploi. Ainsi, elle n'est pas fondée à soutenir que le ministre de l'intérieur, en lui opposant l'insuffisance de son insertion professionnelle et le fait qu'elle tire l'essentiel de ses revenus de prestations sociales, au nombre desquelles ne figure pas l'allocation aux adultes handicapés, aurait pris une mesure discriminatoire fondée sur le handicap, en violation de l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, eu égard au large pouvoir dont il dispose pour apprécier l'opportunité d'accorder ou non la nationalité française au ressortissant étranger qui la sollicite, le ministre n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en fondant sa décision d'ajournement sur le motif tiré de ce que la requérante ne disposerait pas de ressources suffisantes et stables.

6. En dernier lieu, la décision par laquelle est ajournée une demande de réintégration dans la nationalité française n'est pas, par nature, susceptible de porter atteinte au droit au respect de la vie privée et familiale de la postulante. Ainsi, le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaît ce droit, garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être écarté comme inopérant.

7. Il résulte de tout ce qui précède, que les conclusions présentées par Mme E tendant à l'annulation de la décision du 4 juin 2021 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, doivent, en tout état de cause, être rejetées, ainsi que celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B E, au ministre de l'intérieur et et à Me Paras.

Délibéré après l'audience du 25 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Luc Martin, président,

Mme Claire Martel, première conseillère,

Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 octobre 2024.

La rapporteure,

J-K. A

Le président,

L. MARTIN

La greffière,

V. MALINGRE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

V. MALINGRE

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