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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2109773

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2109773

jeudi 31 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2109773
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantGUILBAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er septembre 2021, M. B A, représenté par Me Guilbaud, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 23 décembre 2020 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a rappelé l'obligation de quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer un titre de séjour ou à défaut de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours suivant la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée méconnaît les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 août 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Thomas, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant pakistanais né en 1995, est entré sur le territoire français en 2011. Il a fait l'objet d'un placement auprès de l'aide sociale à l'enfance par un jugement du juge des enfants du tribunal de grande instance de Paris du 24 octobre 2011. Par un arrêté du 9 février 2018, il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai et d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par un arrêté du 14 décembre 2020, le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'une année. Par une décision du 23 décembre 2020, dont M. A demande au tribunal l'annulation, le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a rappelé l'obligation de quitter le territoire français.

2. Aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : / () / 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

3. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée, M. A résidait depuis environ neuf ans en France où il est entré mineur et a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance. Durant cette période, il a fait l'objet d'une décision de refus d'admission au séjour le 2 juin 2014 ; le recours qu'il a présenté contre cette décision a été rejeté par un jugement du tribunal administratif de Paris du 16 janvier 2016. Il a fait l'objet le 9 février 2018 d'une première obligation de quitter le territoire français sans délai et d'une interdiction de retour sur le territoire d'une durée d'un an. Il s'est maintenu en situation irrégulière sur le territoire. Le 14 novembre 2020, il a fait l'objet d'une deuxième obligation de quitter le territoire français sans délai et d'une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans, et le 14 décembre 2020 d'une nouvelle obligation de quitter le territoire français et d'une interdiction de retour sur le territoire français d'un an. Compte tenu de la persistance de M. A à se maintenir en France malgré les obligations de quitter le territoire français et interdictions de retour sur le territoire français prises à son encontre, l'existence d'une atteinte au droit au respect de sa vie privée et familiale présentant un caractère disproportionné, laquelle s'apprécie au regard du but de la mesure qui est d'assurer le respect notamment des règles relatives au séjour des étrangers sur le territoire français, ne serait susceptible d'être identifiée qu'à la condition que l'intéressé justifie de liens particulièrement intenses, stables et durables en France. S'il a réalisé une formation professionnalisante dans les métiers du bâtiment, il n'a pas obtenu de diplôme et a été employé irrégulièrement dans la restauration, ayant notamment été interpellé pour travail illégal dans l'établissement avec lequel il a présenté une promesse d'embauche le 6 février 2019 dans le cadre de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour. Dans ces conditions, le requérant ne justifie pas d'une insertion socio-professionnelle stable et durable sur le territoire français. S'il fait état de la résidence en France de deux de ses frères, il ressort de ses déclarations figurant dans son procès-verbal d'audition par les services de police du 8 février 2018 que les membres de sa famille résident au Pakistan. Le requérant, célibataire, sans charge de famille en France, ne justifie pas de liens personnels d'une particulière intensité sur le territoire français. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée porterait une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que cette décision méconnaîtrait les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable à la date de la décision attaquée : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2. () ".

5. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée le requérant ne justifie pas de la validation, par un diplôme, d'une formation professionnelle et avait d'ailleurs interrompu toute formation. La durée de son séjour en France, sa prise en charge jusqu'à sa majorité par l'aide sociale à l'enfance et la production d'une promesse d'embauche, compte tenu de la situation du requérant telle qu'elle a été précédemment rappelée, ne constituent pas des considérations humanitaires ou motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile susceptibles de lui ouvrir droit au séjour. Par suite, en refusant son admission exceptionnelle au séjour, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions précitées de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En dernier lieu, et en tout état de cause, le requérant ne peut soutenir que l'obligation de quitter le territoire français, prononcée à son encontre par les arrêtés du 14 novembre 2020 et du 14 décembre 2020, que la décision attaquée se borne à rappeler, serait devenue illégale en raison de l'illégalité du refus d'admission au séjour pris à son encontre dont il n'est pas fondé à se prévaloir.

7. Il résulte de tout ce qui précède, que la requête de M. A doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Guilbaud.

Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

Mme Thomas, première conseillère,

M. Brémond, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2024.

La rapporteure,

S. THOMASLa présidente,

H. DOUET

La greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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