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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2109801

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2109801

jeudi 1 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2109801
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantDOUMBE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 septembre 2021, M. C E, représenté par Me Doumbe, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 août 2021 par lequel le préfet de Maine-et-Loire l'a assigné à résidence dans la commune d'Angers pour une durée de six mois ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la compétence de la signataire de la décision attaquée n'est pas établie ;

- il n'est pas établi qu'il ait fait l'objet, préalablement à son assignation à résidence, d'une obligation de quitter le territoire français ;

- il ne présente aucun risque de soustraction ; aucune mesure d'accompagnement n'a été prise en sa faveur par les représentants légaux désignés par le juge des enfants ; le préfet ne dispose ainsi aucune certitude quant à sa véritable identité, sa nationalité et même ses origines ; dès lors, le préfet ne peut raisonnablement soutenir qu'il existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation de quitter le territoire français ;

- il a été placé sous contrôle judiciaire par le juge des enfants ; il est tenu de se présenter une fois par mois aux services de police en attente de son jugement ; il était encore mineur à la date des faits qui lui sont reprochés ; le préfet ne peut légalement se saisir de cette circonstance pour l'assigner à résidence et prendre à son encontre une obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 mars 2022, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. E a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 octobre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique du 31 mars 2022.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant tunisien né le 13 juillet 2003, déclare être entré irrégulièrement sur le territoire français en 2018 à l'âge de 15 ans. En tant que mineur étranger isolé, il a été confié, à compter du 12 novembre 2019, aux services de l'aide sociale à l'enfance du département de Maine-et-Loire. Par une décision du 25 mai 2020, le juge des tutelles a ordonné la mainlevée de la tutelle le concernant, l'intéressé ayant fugué le 9 mars 2020, puis le 21 mars suivant, de l'institution dans laquelle il avait été placé. M. E, selon ses déclarations, a ensuite été hébergé chez une amie à Angers. Le 30 août 2021, il a été interpellé dans cette ville par les services de police et entendu sur des faits, commis le 6 juin 2021, de soustraction frauduleuse d'un collier. Le préfet de Maine-et-Loire, saisi de sa situation, a constaté que M. E, devenu majeur, ne pouvait justifier être entré régulièrement sur le territoire français et se maintenait sur ce territoire sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. Estimant que l'intéressé entrait ainsi dans le champ du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet a prononcé à son encontre, par un arrêté du 31 août 2021, une obligation de quitter le territoire français sans délai assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 12 mois. Par un second arrêté du même jour, le préfet a assigné M. E à résidence durant six mois, dans la commune d'Angers, sur le fondement de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la présente requête, M. E demande l'annulation de ce second arrêté portant assignation à résidence.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme D A, directrice de l'immigration et des relations avec les usagers à la préfecture de Maine-et-Loire. Par un arrêté du 3 mars 2021, régulièrement publié, le préfet de Maine-et-Loire a donné délégation à Mme A à l'effet de signer, notamment, les décisions portant assignation à résidence. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, M. E soutient que l'arrêté attaqué ne contient que des formules vagues et stéréotypées de sorte que sa motivation est insuffisante.

4. L'arrêté attaqué vise les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait l'application, notamment le 1° de l'article L. 731-1. Il mentionne que M. E a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai édictée le 31 août 2021, qu'il déclare être domicilié à Angers et, enfin, qu'il justifie être dans l'impossibilité de regagner son pays d'origine ou tout autre pays mais que son éloignement demeure une perspective raisonnable. Il précise, dans son article 1er, que l'assignation à résidence dans la commune d'Angers est prononcée pour une durée de six mois et, dans son article 2, que M. E devra se présenter tous les jours, sauf les samedis, dimanches et jours fériés, à 9 heures, en vue de l'exécution de la mesure, au commissariat de police d'Angers. L'arrêté attaqué énonce ainsi avec suffisamment de précision les motifs de droit et de fait qui constituent son fondement. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation manque en fait. Il ressort de cette motivation que le préfet de Maine-et-Loire a bien procédé à un examen préalable sérieux et approfondi de la situation personnelle du requérant.

5. En troisième lieu, la double circonstance que l'obligation de quitter le territoire français et l'assignation à résidence dont M. E a fait l'objet ont été prononcées de façon concomitante le 31 août 2021 et que l'intéressé a contesté, par une requête distincte, la mesure d'éloignement est, par elle-même, sans incidence sur la légalité de l'assignation attaquée.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ". Aux termes de l'article R. 733-1 dudit code prévoit que : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; () ".

7. M. E soutient qu'il n'existe aucune perspective raisonnable d'exécution de son obligation de quitter le territoire français dès lors que le préfet de Maine-et-Loire n'a aucune certitude sur son identité, sa nationalité et même ses origines. Il ajoute que le juge des enfants d'Angers, par une ordonnance du 1er septembre 2021, l'a placé sous contrôle judiciaire et astreint à se présenter une fois par mois au commissariat de police d'Angers. Toutefois, si les incertitudes alléguées, liées au fait que M. E ne possède aucun document d'identité, justifient l'impossibilité dans laquelle se trouvait l'administration, à la date de l'arrêté attaqué, d'exécuter immédiatement la mesure d'éloignement, il ressort des pièces du dossier que le requérant a déclaré, préalablement à la prise de cet arrêté, son identité, celle de ses parents et sa nationalité à l'autorité administrative, permettant ainsi à celle-ci d'engager des démarches d'identification auprès des autorités tunisiennes. Le placement sous contrôle judiciaire de l'intéressé ne fait pas davantage obstacle, par lui-même, à ce que l'intéressé soit, à terme, éloigné du territoire français et qu'il fasse l'objet, dans cette attente, d'une assignation à résidence, mesure à laquelle l'autorité préfectorale peut précisément recourir de préférence à un placement en rétention administrative lorsque l'étranger concerné présente des garanties de représentation. Par suite, le préfet a pu considérer à bon droit que l'exécution de la mesure d'éloignement visant le requérant demeurait une perspective raisonnable.

8. En cinquième lieu, M. E fait valoir qu'il était encore mineur à la date de commission des faits à l'origine de sa mise en examen et de son placement sous contrôle judiciaire par le juge des enfants. S'il soutient que le préfet " ne pouvait légalement se saisir de cette circonstance pour l'assigner à résidence et surtout prendre à son encontre une obligation de quitter le territoire ", le préfet n'a, en tout état de cause, pas fondé l'assignation à résidence attaquée et l'obligation de quitter le territoire, prise le même jour, sur la commission des faits en cause.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 31 août 2021 par lequel le préfet de Maine-et-Loire l'a assigné à résidence.

Sur les frais liés au litige :

10. Les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, tendant à ce que soit mis à la charge de l'Etat le versement d'une somme au conseil de M. E, ne peuvent être accueillies, l'Etat n'étant pas partie perdante dans la présente instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C E, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Hélène Doumbe.

Délibéré après l'audience du 31 mars 2022, à laquelle siégeaient :

M. Luc Martin, président,

M. David Labouysse, premier conseiller,

Mme Nathalie Caro, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er septembre 2022.

Le président-rapporteur,

L. BL'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

D. LABOUYSSE

La greffière,

V. MALINGRE

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

lf

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