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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2109808

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2109808

mercredi 16 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2109808
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantBOUTHORS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er septembre 2021, M. B A, représenté par Me Bouthors, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 juillet 2021 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour pour raison de santé, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque ce délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle n'a pas été signée par une autorité compétente ;

- elle est insuffisamment motivée en méconnaissance de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 juillet 2022, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant guinéen, né le 1er août 2000, est entré irrégulièrement en France le 15 août 2018, selon ses déclarations. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), le 20 mai 2019, puis par la cour nationale du droit d'asile (CNDA), le 26 novembre 2019. Il a sollicité, le 23 septembre 2020 du préfet de la Loire-Atlantique la délivrance d'un titre de séjour pour raisons de santé. Par l'arrêté du 27 juillet 2021 dont M. A demande l'annulation, le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté cette demande et assorti ce rejet d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque ce délai sera expiré.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté du 27 juillet 2021 a été signé par Mme C, directrice des migrations et de l'intégration de la préfecture de la Loire-Atlantique. Par arrêté du 17 mars 2021 publié le lendemain au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet lui a donné délégation à l'effet de signer notamment les décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de cette signataire doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte, contrairement à ce que soutient le requérant, l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle fait état en particulier des éléments relatifs à la situation personnelle de l'intéressé qui ont conduit le préfet a refusé de faire droit à la demande d'admission qu'il avait présentée pour raisons de santé. Il suit de là que cette décision est suffisamment motivée.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

5. Au cas présent, pour refuser la délivrance du titre de séjour demandé, le préfet de la Loire-Atlantique s'est notamment fondé sur l'avis du collège de médecins de l'OFII du 30 mars 2021 selon lequel l'état de santé de M. A nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié et qu'il peut voyager sans risque.

6. Le requérant fait valoir qu'il souffre, d'une hépatite B qui a été dépistée en France, et pour laquelle il est suivi médicalement dans ce pays. Il est constant que le défaut de prise en charge de cette pathologie pourrait avoir des conséquences exceptionnellement graves. Toutefois, pour contester le bienfondé du motif de la décision attaquée, tenant à la possibilité de bénéficier effectivement d'un traitement de cette infection en Guinée, le requérant se borne à produire des éléments relatifs à sa prise en charge médicale en infectiologie et à soutenir qu'il n'est pas démontré par l'administration que, eu égard notamment à l'offre de soins en Guinée, il sera en mesure d'accéder aux traitements que son état de santé nécessite. Il ne ressort d'ailleurs pas des éléments produits par le requérant qu'il se serait vu prescrire un traitement pour son hépatite B. En revanche, il ressort des pièces produites en défense par le préfet, et notamment du plan national de développement sanitaire de la Guinée 2015-2024, de la fiche pays MedCOI II de 2014 et de la liste des médicaments essentiels dans ce pays de 2012 que les hépatites sont prises en charge médicalement dans ce pays, où se trouvent des gastroentérologues et des laboratoires d'analyse biologique, et que des médicaments pour les traiter y sont disponibles. Par suite, ce dernier n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Loire-Atlantique aurait méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur la décision fixant le pays de destination :

7. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

8. Si M. A, dont, par ailleurs, la demande d'asile a été rejetée, soutient que les dispositions et stipulations citées au point précédent ont été méconnues, il ne produit aucun élément de nature à établir que sa vie ou sa liberté seraient menacées en cas de retour dans son pays d'origine ou à étayer la réalité de ses craintes d'être personnellement exposé à des traitements inhumains ou dégradants. En outre, eu égard à ce qui a été exposé précédemment, il n'est pas établi qu'il ne puisse bénéficier en Guinée des traitements médicaux que son état de santé nécessite. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions et stipulations précitées doivent être écartés.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Bouthors et au préfet de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 2 novembre 2022 à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

M. Catroux, premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 novembre 2022.

Le rapporteur,

X. D

La présidente,

M. E

La greffière,

Y. BOUBEKEUR

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique, en ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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