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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2109809

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2109809

mercredi 16 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2109809
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantBOURGEOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er septembre 2021, M. C A, représenté par Me Bourgeois, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 décembre 2020 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant du refus de titre de séjour :

- il est insuffisamment motivé en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il est entaché d'une erreur de droit en raison d'un défaut d'examen de sa situation particulière et de sa demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché de droit au regard des dispositions de l'article R. 311-2-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et d'une erreur d'appréciation, dès lors que les documents d'état civil produits permettent d'établir son état civil ; le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en retenant le caractère apocryphe des actes produits, alors que l'article 47 du code civil pose une présomption de validité des actes d'état civil étrangers ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 313-11, 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire dans le délai de trente jours :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juillet 2022, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 21 juillet 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 23 septembre 2022 à 12 heures.

Un mémoire présenté pour M. A a été enregistré le 23 septembre 2022 postérieurement à la clôture de l'instruction.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 août 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen, déclare être né le 2 octobre 2001 et être entré en France le 19 mars 2018. Il a sollicité du département de la Loire-Atlantique sa prise en charge en qualité de mineur non accompagné. Cette demande a été rejetée, le 4 mai 2018, au motif de la majorité de l'intéressé. Le 29 octobre 2019, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par un arrêté du 14 décembre 2020, dont M. A demande l'annulation, le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté cette demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'issue de ce délai.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, il ressort de la décision attaquée qu'elle comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui la fondent. Elle est, par suite, suffisamment motivée, alors même qu'elle ne fait pas état de l'ensemble des éléments relatifs à la situation de l'intéressé.

3. En deuxième lieu, d'une part, il ressort des pièces du dossier et notamment de la motivation de l'arrêté attaqué que le préfet a procédé à un examen de la situation particulière de l'intéressé. D'autre part, il ressort de sa demande de titre de séjour du 29 octobre 2019, que ce dernier a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur les seuls fondements des articles L.313-11, 7° et L.313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que d'un récépissé de demande de titre sur le fondement des dispositions de R. 311-4 du même code. Il n'a donc pas, contrairement à ce qu'il soutient, sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. De plus, la circonstance qu'il sollicitait dans sa demande la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étudiant en se prévalant de sa scolarité en certificat d'aptitude professionnelle (CAP) n'imposait pas à l'administration de regarder cette demande comme présentée implicitement sur le fondement de ces dernières dispositions, dès lors que le requérant, qui n'avait pas été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance avant ses seize ans ne remplissait manifestement pas les conditions pour se voir attribuer un titre de séjour sur leur fondement. Le moyen tiré de l'erreur de droit ainsi soulevé doit donc être écarté en ses deux branches.

4. En troisième lieu, pour refuser d'admettre au séjour de M. A, le préfet de la Loire-Atlantique a estimé, tout d'abord, que l'intéressé ne justifiait pas de son identité dans les conditions prévues à l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, ensuite, qu'il ne remplissait pas les conditions prévues par l'article L. 313-11, 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'aucune considération humanitaire ou motif exceptionnel n'était de nature à justifier la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 313-14 de ce code.

5. Aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" est délivrée de plein droit : () 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de plus : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

6. A la date de la décision attaquée, M. A ne séjournait en France que depuis un peu plus de deux ans. S'il se prévaut d'efforts d'intégration par son investissement dans la scolarité et l'obtention notamment un certificat d'aptitude professionnelle " Construction en Béton armé " en juillet 2020 et des liens tissés avec les familles qui l'ont accueilli ou les personnes rencontrées notamment dans la vie associative, ces seuls éléments ne suffisent pas démontrer une intégration notamment professionnelle et sociale dans la société française. Célibataire et sans charge de famille, il n'avait pas noué en France des liens personnels et familiaux, intenses, anciens et stables. Si l'intéressé soutient n'avoir plus de famille dans son pays d'origine, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il n'aurait plus d'attaches personnelles dans ce pays où il a vécu l'essentiel de sa vie. Dans ces conditions, le préfet a fait une exacte application des dispositions citées au point précédent, en estimant que M. A ne remplissait pas les conditions qu'elles prévoient pour la délivrance d'un titre de séjour. Pour les mêmes motifs, la décision portant refus de titre de séjour ne porte pas au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts qu'elle poursuit et ne méconnaît pas, dès lors, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur ses conséquences sur la situation de l'intéressé.

7. En dernier lieu, il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision en se fondant sur les seuls motifs, qu'il ne remplissait pas les conditions prévues par l'article L. 313-11, 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, motif qui n'est pas entaché d'erreur d'appréciation, ainsi qu'il a été dit au point précédent et qu'il ne remplissait pas non plus les conditions de l'article L. 313-14 du code, ce qui n'est pas contesté par le requérant. Dès lors, l'erreur de droit au regard de l'article R. 311-2-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur d'appréciation, alléguées par le requérant, qu'aurait commises l'administration sur le caractère non probant des actes d'état civil produits à l'appui de sa demande demeurent sans incidence sur la légalité du refus de titre de séjour en litige.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours :

8. L'illégalité de la décision portant refus de séjour n'étant pas établie eu égard à ce qui précède, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français est dépourvue de base légale.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Bourgeois et au préfet de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 2 novembre 2022 à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

M. Catroux, premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 novembre 2022.

Le rapporteur,

X. B

La présidente,

M. D

La greffière,

Y. BOUBEKEUR

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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