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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2109829

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2109829

jeudi 12 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2109829
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantBENGONO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 septembre 2021, Mme D B A, représentée par Me Bengono, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 août 2021 par lequel le préfet de la Sarthe a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation.

Elle soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- le préfet a fait une inexacte application de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il résulte de l'acte d'état civil qu'elle a fourni qu'elle est bien née en 2002 et non en 1996 comme l'allègue le préfet ; sa minorité à la date de son arrivée en France ne saurait, dès lors, être remise en cause ; l'obtention de son CAP témoigne de la réalité et du sérieux de la formation qu'elle a suivie ;

- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de sa situation personnelle ; le préfet n'a pas tenu compte de ce qu'elle est tout juste âgée de 18 ans ;

- elle apporte des preuves de son intégration en France ; elle poursuit des études en vue d'exercer un métier dans le secteur des services à la personne ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de douze mois :

- elle est disproportionnée au regard de sa situation personnelle ; elle ne constitue pas une menace pour l'ordre public ; elle souhaite poursuivre sa formation pour exercer un métier.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 avril 2022, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Mme B A a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Martin, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique du 25 mai 2022.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D B A, ressortissante angolaise née, selon son acte de naissance, le 12 novembre 2002, déclare être entrée en France le 25 septembre 2018, à l'âge de 15 ans, accompagnée de sa belle-mère qui l'aurait abandonnée à la gare du Mans. Le 25 octobre 2018, elle a été prise en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance puis, à compter du 9 novembre 2018, placée sous la tutelle du président du conseil départemental de la Sarthe. Durant l'année scolaire 2018/2019, elle a été scolarisée dans un collège en classe de troisième. L'année scolaire suivante, elle a rejoint le lycée professionnel Funay au Mans. Elle a intégré une classe de seconde professionnelle Hygiène Propreté Stérilisation. En 2020/2021, elle a été admise en classe de seconde année de CAP Agent de propreté et d'hygiène. Elle a obtenu son CAP en juin 2021. Le 12 février 2021, elle a sollicité du préfet de la Sarthe la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des dispositions désormais codifiées à l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 23 août 2021, le préfet a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a désigné l'Angola comme pays de destination et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par la présente requête, Mme B A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française. ".

3. Lorsqu'il examine une demande de titre de séjour de plein droit portant la mention " vie privée et familiale ", présentée sur le fondement de ces dispositions, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou entre dans les prévisions de l'article L. 421-35 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public et qu'il a été confié, depuis qu'il a atteint au plus l'âge de seize ans, au service de l'aide sociale à l'enfance.

4. Il ressort des pièces du dossier que, pour refuser à Mme B A la délivrance du titre de séjour sollicité, le préfet de la Sarthe a considéré que l'intéressée ne justifiait pas de sa minorité lors de son placement à l'aide sociale à l'enfance.

5. D'une part, le relevé des empreintes digitales de la requérante a révélé, après consultation du fichier Visabio, que ses empreintes et sa photo correspondaient à celles d'une certaine Mme D C, née le 20 septembre 1996, à laquelle les autorités consulaires portugaises ont confirmé avoir délivré un visa de court séjour le 31 janvier 2018. D'autre part, le préfet de la Sarthe verse au dossier l'avis de la structure d'accueil de l'intéressée. Celui-ci mentionne que Mme B A, qui ne disposait d'aucun document d'état civil, a rejeté à plusieurs reprises la proposition qui lui était faite par ses encadrants de déposer une demande d'asile, sans explication claire. Par ailleurs, elle s'est procurée par ses propres moyens des papiers d'état civil angolais, dont un acte de naissance sur lequel sa signature était censée avoir été apposée en octobre 2019 alors qu'elle se trouvait en France. Reconnaissant par la suite que ce n'était pas sa signature, elle a expliqué cette anomalie par le fait qu'il s'agissait de la signature d'une " madame ". Dans le cadre de la présente instance, la requérante, pour justifier de sa minorité, se borne à se prévaloir de la date de naissance figurant sur son acte de naissance sans apporter plus de précision sur les conditions de son obtention. Dès lors, eu égard au faisceau d'indices concordants rapportés ci-dessus et alors même que le préfet de la Sarthe indique que Mme B A a pris l'initiative de soumettre son acte de naissance à l'expertise de la police aux frontières qui l'a estimé authentique, l'acte de naissance de l'intéressée doit être regardé comme dépourvu de valeur probante. Si elle verse au dossier la copie de son passeport délivré le 7 avril 2021 et selon lequel elle serait née le 12 novembre 2002, un tel document, dès lors qu'il a pu être obtenu sur présentation de l'acte de naissance litigieux, ne permet pas d'établir sa minorité à la date de sa prise en charge par l'aide sociale à l'enfance. Par suite, Mme B A n'est pas fondée à soutenir que le préfet de la Sarthe aurait fait une application inexacte de l'article L. 423-22 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en lui opposant le défaut de justification de sa minorité à la date de sa prise en charge par l'aide sociale à l'enfance.

6. En second lieu, si Mme B A justifie avoir suivi un parcours scolaire honorable, conclu par l'obtention d'un CAP, et s'être investie en tant que bénévole au sein de l'association Tarmac, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressée, célibataire sans enfant, aurait noué des liens d'une particulière intensité sur le territoire français, la production d'une attestation rédigée par deux camarades du foyer des jeunes travailleurs étant à cet égard insuffisante. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet de la Sarthe aurait manifestement mal apprécié les conséquences de sa décision sur sa situation personnelle et en particulier sur son droit au respect de sa vie privée et familiale.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / 1° L'étranger mineur de dix-huit ans (). ".

8. Mme B A, dès lors qu'elle reconnaît elle-même qu'elle avait atteint au moins l'âge de 18 ans à la date de la décision attaquée, ne peut utilement invoquer le bénéfice de la protection instituée par les dispositions, citées au point précédent, en faveur des mineurs de 18 ans.

9. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 6, Mme B A, qui se borne à soutenir qu'elle poursuit ses études en vue d'exercer un métier dans le secteur des services à la personne, n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait, en décidant son éloignement, porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Pour les mêmes raisons, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de la requérante.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant douze mois :

10. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

11. Le préfet, pour justifier l'interdiction de retour sur le territoire français contestée, mentionne les dispositions précitées de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rappelle qu'aucun délai de départ volontaire n'est octroyé à la requérante en raison de l'usage de documents établis à une autre identité que la sienne, que Mme B A a vécu la majeure partie de sa vie hors de France et qu'elle ne justifie pas de liens anciens, stables et intenses en France. Cette dernière, en se bornant à faire valoir qu'elle ne constitue aucune menace pour l'ordre public, qu'elle s'exprime très bien en français et souhaite poursuivre sa formation afin d'exercer un métier ne fait état d'aucune circonstance humanitaire qui aurait justifié que le préfet ne prononce pas l'interdiction litigieuse. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la durée d'un an retenue par le préfet serait disproportionnée.

12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du 23 août 2021.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Le rejet des conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B A entraine, par voie de conséquence, celui de ses conclusions à fin d'injonction.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B A et au préfet de la Sarthe.

Délibéré après l'audience du 25 mai 2022, à laquelle siégeaient :

M. Luc Martin, président,

M. David Labouysse, premier conseiller,

Mme Nathalie Caro, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 janvier 2023.

Le président-rapporteur,

L. MARTIN

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

D. LABOUYSSELa greffière,

V. MALINGRE

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

V. MALINGRE

em

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